Le regard d'un homme féministe sur les poils des femmes, symboles de leur féminité
Cette page est dédiée à toutes les femmes qui bravent une injonction millénaire, une loi non-écrite qui leur ordonne de s'enlever tous les poils du corps, en particulier la pilosité sexuelle, c'est-à-dire les poils des aisselles, du pubis et des aréoles. Par facilité, j'abrège la pilosité sexuelle en PF.
Contrairement à une idée reçue qui est véhiculée depuis des siècles, la PF est un symbole de féminité, au même titre que les seins et les hanches plus larges, qui apparaissent à la puberté. S'enlever les poils sexuels est une infantilisation symbolique, un retour à la fillette impubère qui n'est pas sans rappeler l'éternelle course à la jeunesse que les femmes subissent. Pourquoi vouloir ressembler à une fillette ? N'est-ce pas envoyer un signal de soumission aux hommes ?
Préambule
En donnant à la négation et à l'humiliation de la nature féminine le qualificatif de mode, de beauté et d'élégance, les hommes s'éduquèrent à trouver laid et disgracieux ce qui est naturel et harmonieux.
Extrait du site "Regard conscient" qui s'applique parfaitement à la PF et ce, depuis des millénaires.
Comme la culture de ces sociétés [occidentales] ne permet pas de leur faire porter le voile, qu'elles ont acquis le droit de vote, de s'investir dans la sphère publique, de diriger et d'avoir une sexualité libre et épanouie, contenons donc leur émancipation et le grandissement de leur influence en les faisant se détester elles-mêmes, via, entre autres, la détestation de leur propre corps.
Commentaire issu du défunt forum des Chiennes de Garde (CdG) en 2004. De nombreuses femmes disent détester leurs poils, d'autres parties de leur corps provoquent rarement un tel dégoût.
car il faut bien le dire, le poil pubien de la femme porte en lui la malédiction des origines.
Extrait du mémoire de l'ethnologue Juliette Sakoyan (JS) qui date de 2002, intitulé "De la cire au laser : l’adieu au poil dans la société française contemporaine". Pour mieux comprendre cette phrase, voir la fin du chapitre 6, sur la sexualité.
Aucune femme n'est libre tant que toutes les femmes ne sont pas libres. Dans le même style de vérité, il y a celle qu'aucune femme n'enlève ses poils pour elle-même tant qu'il y a une obligation pour les femmes d'être sans poils. Il n'y a pas de vérité dans la phrase "Je m'épile parce que j'aime ça", quand cette préférence vient uniquement du conditionnement social.
Posté en 2008 par Anji, une féministe anglaise, sur son blog.
Il y a déjà de nombreux sites et forums dédiés à la résistance à l'épilation en tant que norme et je participe d'ailleurs à un forum depuis 2006 : Ecologie libidinale(MIEL)
Mais j'estime qu'il y n'a pas de regard vraiment féministe sur ce thème. Le féminisme fait peur, à tort. Ce n'est rien d'autre que de l'antisexisme qui ne combat pas les hommes mais un système : le patriarcat. Celui-ci règne depuis des millénaires sur la planète, au-delà des clivages culturels, politiques et religieux. Depuis mai 68 en Occident, une conscience collective a émergé pour que cessent les discriminations. Je vais donc parler d'une des injonctions contrôlant le corps des femmes, la dernière qui soit suivie à ce point : l'épilation (j'utilise indifféremment le terme épilation ou rasage malgré le fait que les conséquences ne soient pas les mêmes).
Cette page aurait pu s'intituler "Le dernier tabou concernant les femmes" ou "La répression sexuelle des femmes via le contrôle de leur pilosité" ou "Le po-i-litiquement correct" ou "La rage dépilatoire" ou "Les poils : le meilleur exemple de double standard" ou encore "L'épilation n'est pas une mode mais une injonction".
On évoque souvent la mode et la culture pour qualifier l'épilation, voilà qui est curieux. Ce n'est pas une mode pour les femmes car aucune mode n'est suivie par 100% des femmes occidentales, voir jambes et aisselles glabres en été et la culture est invoquée par certains quand on parle d'excision, de port du voile, de répudiation. Je reviendrai en détail sur la "mode" et la "culture", deux mots pour faire avaler la pilule du contrôle patriarcal du corps des femmes.
Ce thème touche à la sexualité, au contrôle du corps des femmes par les hommes, à la perception de son propre corps et de celui des autres, au puritanisme, à la censure, il dépasse donc largement le cadre de la pilosité. La précision est importante car de nombreuses personnes adeptes de l'épilation évacuent le problème en disant que "tout le monde est libre", sous-entendu qu'il n'y a pas à en parler, que c'est une affaire privée. Mais le féminisme a maintes fois expliqué que le privé est politique. C'est-à-dire que le patriarcat a fait en sorte de culpabiliser les femmes, sur leur physique principalement, afin qu'elles soient toujours inquiètes de savoir si elles vont plaire. Elles sont réduites uniquement à des objets de séduction, le fameux slogan "sois-belle et tais-toi".
Extrait d'un article du défunt forum des CdG intitulé "Promenade avec ma pudeur"
Le privé est politique, en ce que notre individualité et nos rapports interpersonnels sont sous-tendus par des tendances sociales de pouvoir, puisque personne ne peut prétendre échapper complètement à sa situation sexuelle, sociale et culturelle. La domination masculine est là, entre un homme et une femme, plus ou moins brutalement ou subrepticement.
- Qui suis-je ? Je m'appelle Pierre, je suis né dans les années 60 en Belgique et je suis féministe. Je n'ai aucun diplôme universitaire, je ne suis qu'un simple citoyen qui a pris conscience un jour de l'importance de la lutte féministe. Je pense d'ailleurs que l'absence de cursus me permet d'avoir une certaine distance avec un discours policé, très répandu à l'université, du moins en Europe. Ce qui m'intéresse avant tout, c'est le vécu des femmes, ce qu'elles ressentent, leurs émotions, leur peine d'être rejetées parce qu'elles refusent de se plier à un diktat. Cela, on en parle peu dans les hautes écoles. Mais je suis ouvert à toute information afin de compléter ou de corriger cette page. Si vous avez des éléments historiques ou géographiques probants, je serais très heureux d'en prendre connaissance, mon adresse mail se trouve en bas de la page.
- Pourquoi un homme s'intéresse-t-il aux poils des femmes ? Sans rentrer dans les détails de ma vie, j'ai toujours apprécié les femmes qui gardaient leur PF, dès mon adolescence, dans les années 70. Je ne savais pas pourquoi mais quelque chose me disait qu'elles étaient bien plus féminines que celles qui se rasaient les aisselles. (A l'époque, aucune femme ne se rasait le pubis, je le précise pour les plus jeunes qui n'ont pas connu cette période). Puis, j'ai rencontré une femme, au début des années 90 et elle ne s'épilait pas. Je lui ai fait part immédiatement de ce que ça représentait pour moi, j'étais le premier homme à lui dire qu'elle était belle, même avec ses poils. Mais un jour, en 95, elle s'est fait insulter à la piscine. Et ensuite, à la plage. Des intolérant-e-s se moquaient de ses poils (va te raser, j'ai vu le yeti), elle avait aussi droit à des regards de dégoût. Pourtant, elle ne souffre pas d'hirsutisme, elle a une pilosité normale. Or, elle n'avait rien changé à son comportement, ça faisait des années qu'elle allait à la plage ou la piscine avec ses poils. C'est depuis lors que j'ai essayé de comprendre pourquoi des gens se permettaient de verbaliser leurs jugements. On ne peut empêcher les gens de penser des horreurs sur le physique des autres mais quand ils s'agit de PF, il n'y a plus de retenue, on y va et on dit ce qu'on pense. C'est ainsi que j'ai mis le pied dans le féminisme et je ne le regrette pas une seconde.
On me dit parfois que je parle au nom des femmes, que je ne suis pas légitime. Mais comme je suis avec ma femme quand on l'insulte, je suis doublement atteint et nous sommes sur la même longueur d'onde, c'est aussi elle qui parle à travers moi.
Donc, ma démarche qui semble étonner certaines personnes n'est fondée que sur l'aspect humain et le contrôle social que les femmes vivent en permanence, démontrant ainsi que la misogynie est toujours bien présente puisque les hommes font ce qu'ils veulent de leur pilosité mais que pour les femmes, c'est bien pire aujourd'hui qu'il y a 30 ans, par exemple.
Une autre chose étonnante, dès qu'on s'intéresse à la PF, c'est le peu de livres qui en parlent. C'est frappant et peu importe la langue d'ailleurs, ils se comptent sur les doigts d'une main. Pourtant, toutes les femmes ont des poils et ce, depuis leur puberté jusqu'à leur mort. Aucune femme ne peut dire "ce sujet ne me concerne pas". Soit, elle s'épile et on peut alors s'interroger sur ses motivations, soit, elle ne s'épile pas et en fonction de la région du monde où elle vit, elle est honnie ou appréciée.
Mon but est de rendre compte des témoignages que des centaines de femmes m'ont confié et des milliers de témoignages que j'ai lus depuis plus de 10 ans sur ce thème. Ce sont donc elles qui s'expriment souvent sur cette page.
J'ai conscience que beaucoup de femmes dans le monde vivent des choses bien plus graves mais malgré tout, il y a quelque chose de très symbolique dans cette rage dépilatoire en Occident, c'est pour moi une atteinte à la féminité. Je suis persuadé que c'est une excellente base pour comprendre le patriarcat et détricoter la misogynie qui se cache parfois où on ne la soupçonne pas.
- Faut-il être pour ou contre l'épilation ? Je n'aime pas cette façon de présenter les choses, pourtant très fréquente dans les médias. Par facilité, on y demande aux gens s'ils sont pour ou contre telle ou telle chose. Ce qui est aberrant en soi. On a le droit d'avoir un avis différent pour quelque chose à un moment de sa vie ou à un moment de la journée ou pour une partie du corps et pas pour une autre. Concernant l'épilation, je ne suis ni pour, ni contre. Je suis pour que les femmes puissent choisir librement de se raser ou pas, sans que cela n'entraîne de remarques d'autres gens. Or, en Occident, il est virtuellement impossible pour une femme de montrer publiquement ses poils sans que cela ne déclenche une avalanche de réactions allant des moqueries à la désapprobation en passant par la stigmatisation. Tout cela est très dommageable pour l'équilibre psychologique de ces femmes car elles se sentent diminuées alors que justement, en montrant leur PF, elles affichent leur féminité et leur diversité, tandis que les corps glabres des femmes épilées se ressemblent tous. Rien ne ressemble plus à un corps épilé qu'un autre corps épilé.
Il suffit de regarder les médias pour constater l'absence totale de poils sur les corps des femmes (en dehors des sourcils et des cheveux, les cheveux étant des poils). C'est ce que j'appelle le "po-i-litiquement correct". C'est en fait un vieux tabou, la PF a toujours dérangé les hommes mais j'y reviendrai car il est crucial de regarder le passé afin de comprendre ce qu'il se passe depuis le début des années 80.
Aux gens qui doutent de l'ampleur du tabou, je pose une simple question : quand avez-vous vu pour la dernière fois dans la sphère publique une femme avec des poils aux aisselles ? La plupart sont incapables de répondre.
Qu'on ne se méprenne pas, je n'ai rien contre les femmes qui se rasent/s'épilent ni ceux qui les préfèrent, je me bats contre les clichés ridicules qu'on entend sur la PF, résidus ancestraux de misogynie.
Cette page est longue mais c'est volontaire, vous avez ainsi tous les éléments à portée de main. On peut lire les chapitres individuellement, ils ne sont pas liés. Je conseille néanmoins vivement de lire d'abord le chapitre sur la place des femmes dans la société occidentale au cours de l'histoire afin de mieux comprendre les allusions constantes que je fais au patriarcat. C'est important car dans le cursus classique, le patriarcat est très peu évoqué ou minimisé. Or, il est la clé de la compréhension du rapport hommes/femmes et détermine encore aujourd'hui le quotidien des hommes et des femmes.
Si vous faites partie des femmes qui pensent sincèrement s'épiler sans pression, pour elles-mêmes, je vous invite à lire d'abord les chapitres intitulés "le libre arbitre et l'influence des images" ainsi que "la pression sociale". Le but de cette page n'est pas de faire changer d'avis celles qui s'épilent, il ne s'agit pas d'instaurer une norme à la place d'une autre, comme certaines personnes le pensent mais de permettre à tout le monde de bien comprendre que la PF n'est pas une simple question de poils, c'est beaucoup plus complexe.
Si vous arrivez sur cette page depuis le blog de Clémentine, voir ma réponse à la fin du chapitre 25.
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Il y a un saut de page avant chaque chapitre afin qu'à l'impression, il commence en haut d'une page mais cela ne se voit pas à l'écran, il faut faire un "Aperçu avant impression" pour s'en rendre compte.
Lorsque du gras apparaît dans une citation, c'est moi qui ai rajouté l'attribut. Je ne corrige pas les fautes de français ou de frappe lorsque je cite quelqu'un. Les nouveautés depuis le 1er janvier 2011 sont sur fond orange.
L'hébergeur voila.fr a changé les noms de domaine de ses sites, cela implique un changement d'URL pour mon site.
Voici la nouvelle adresse : http://pgriffet.voila.net
1. La place des femmes dans la société occidentale
2. L'utilité des poils
3. L'épilation des femmes dans l'histoire ancienne
4. L'épilation des femmes du Moyen Age au 20e siècle
5. L'épilation des femmes dans l'histoire récente
6. La sexualité
7. La PF dans les médias (hors cinéma)
8. La PF au cinéma
9. La PF hors de l'Occident
10. La pornographie et les images érotiques
11. L'attrait pour les corps glabres
12. L'hirsutisme
13. L'épilation des hommes
14. Les hommes qui préfèrent la PF
15. Le libre arbitre et l'influence des images
16. La pression sociale
17. Le point de vue de féministes
18. La PF et les autres diktats du corps
19. Les ados et la PF
20. L'épilation et la culture musulmane
21. Les inconvénients de l'épilation
22. La place de la PF dans la littérature
23. La place de la PF dans l'art
24. Les femmes du show-biz qui affichent leur PF
25. Le discours des intolérants
26. Les naturistes, les écolos et l'épilation
27. Pilosité et animalité
28. Les femmes qui ne s'épilent pas
1. La place des femmes dans la société occidentale
Dans notre culture, aucune partie du corps des femmes n'est laissée naturelle ou sans modification. A aucun élément du corps n'est épargné l'art de la douleur ou de l'amélioration. De la tête au pied, chaque partie du visage des femmes, chaque section de leur corps sont sujets à la modification, l'altération. Cette altération est un processus continu et répétitif. Il est vital pour l'économie, la partie principale de la différenciation hommes-femmes, la plus immédiate réalité physique et psychologique du fait d'être une femme. Dès l'âge de 11-12 ans, les femmes vont passer une grande partie de leur temps, leur argent et leur énergie à s'enserrer, s'épiler, se maquiller et se désodoriser.
La féministe Andrea Dworkin, en 1974.
Vaste sujet. Il existe des centaines de livres qui en parlent. Ce qui me semble important, c'est de comprendre que pendant des millénaires, les femmes n'ont pas été au contrôle de leur vie, donc de leur corps. Lorsque des lois ont été promulguées, ce sexisme était ancré et aucune femme ne pouvait y échapper. En vrac, je citerais l'interdiction d'aller à l'école après un certain âge, l'interdiction d'exercer certains métiers ou certaines fonctions, l'interdiction de choisir son mari, l'interdiction de divorcer. Plus subtil car plus rarement coulé dans la loi, les interdictions et injonctions concernant le corps.
Voici néanmoins comment la loi française régissait l'habillement des femmes. Un décret de la police de la ville de Paris, datant de 1800, stipulait à l'époque que "les femmes n'avaient pas le droit d'être habillées comme des hommes". Sous-entendu, pas le droit de porter le pantalon. Ce décret a été modifié au fil du temps et vers 1900, il précisait que l'interdiction était toujours de vigueur, sauf si les femmes étaient à cheval ou conduisaient un vélo ! En 1969, quelqu'un a signalé au préfet qu'il serait temps de supprimer le décret. Réponse "on va le laisser, on ne sait jamais ce qui peut se passer avec la mode".
Aujourd'hui, il est toujours d'application à Paris et les policières sont en contradiction avec la loi vu qu'elles sont obligées par un autre point de règlement de porter le pantalon !
Eh oui, le sexisme et les injonctions sont encore bien présentes. On notera dans le texte initial qu'il est indiqué qu'une femme ne peut être habillée comme un homme. Ce qui signifie qu'elle est inférieure à l'homme qui lui, peut s'habiller comme il veut.
Une loi non-écrite et issue des religions interdisait aux femmes de "bonne famille" d'être tête nue dans la sphère publique. Extrait de l'excellent article du sexologue Gérard Zwang, consacrée aux mutilations sexuelles
On sait que chez les monothéistes la chevelure des femmes est un tel élément de tentation, donc de péché, que juives, musulmanes et longtemps chrétiennes ne devaient paraître en public que la tête voilée. Ce signe de "modestie", de repentir, était imposé par les imprécations des prophètes hébreux et des Pères de l'Église contre la femme, fille d'Ève qui avait commis le fameux péché originel. La loi coranique est restée intransigeante, ce qui occasionne de perpétuels conflits en terre laïque d'immigration (affaires dites du foulard islamique).
Le rasage crânien est encore plus radical que le voile pour donner à la femme une apparence à la fois sénile et masculine. Donc exclue de la compétition sexuelle, sinon dans un contexte pervers, sadique ou masochiste. C'est pour les punir d'avoir séduit les ennemis occupants allemands que des françaises furent tondues à la Libération. Quant aux nonnes catholiques ou bouddhiques, leur rasage est un moyen évident pour attenter à leur attrait corporel. Chez les Juifs orthodoxes, en particulier originaires d'Europe centrale, les femmes mariées doivent se tondre les cheveux en signe d'humilité et de soumission au mari, puis sont contraintes de porter une perruque dans la vie sociale.
En Europe occidentale, c'est seulement depuis 1930 environ que les femmes peuvent sortir "en cheveux" (sans voile sur la tête), c'est donc très récent.
Autre exemple : le corset. Aucune femme saine d'esprit ne peut se sentir bien dans un corset, certaines femmes sont d'ailleurs mortes suite à la compression des organes internes. Mais des hommes pervers ont décrété un jour que les femmes devaient avoir une taille de guêpe, c'est de la folie pure. Et certaines femmes, dans l'espoir de plaire à des hommes et d'être "reconnues", ont porté ce véritable instrument de torture.
Je pourrais encore allonger la liste mais ce n'est pas le but, il faut juste avoir à l'esprit que les modifications corporelles et l'habillement étaient sous le contrôle des hommes.
Je mets ces pratiques dans le sac "patriarcat", même s'il est clair que c'est la religion qui décidait mais comme les religions ont toujours été dominées par des hommes, ce n'est jamais qu'une forme de patriarcat qui se cache derrière un écran de fumée. Attention, je ne confonds pas les religions et la spiritualité. Cette dernière n'a rien à voir avec ce que les hommes appellent "religion", elle mérite qu'on s'y attarde mais ce n'est pas le sujet.
En fait, les femmes ont longtemps été considérées comme une sous-catégorie. Et ce mot n'est pas choisi au hasard. Si l'on remonte à la Grèce antique, il y a 2500 ans, d'illustres personnages décrétèrent que les femmes n'avaient pas de cerveau ou plutôt, que leur cerveau était situé dans leur utérus !
Voici un extrait particulièrement choquant de misogynie issu de l'article Masculin/Féminin : Quand la science naturalise l'ordre social
Pour les femmes, en effet, point d'invention de la science, point de miracle grec ! L'antiquité les montre dépossédées d'elles-mêmes, exclusivement vouées, de par les imperfections de leur constitution, à la fonction procréatrice (ou à la prostitution quand elles sont esclaves).
Dans le cadre conceptuel d'Aristote, la femme est un être de matière qui aurait tendance à proliférer de façon anarchique et monstrueuse si elle n'était maîtrisée et dominée par la force du pneuma de la semence masculine, semence stockée dans la tête de l'homme dont le pneuma apporte le souffle, mais aussi l'esprit, la forme humaine, l'identité, la vie, valeurs nobles opposées à la matière féminine indifférenciée. La naissance d'une fille signe l'échec du masculin à cause de la tendance féminine à l'anarchie ce qui constitue la première étape vers la monstruosité. Ce faisant, Aristote n'invente rien : Hippocrate soutenait déjà un siècle auparavant que l'utérus des femmes leur tient lieu de cerveau.
Que dire devant un tel ramassis d'horreurs ? Cela permet de mieux comprendre pourquoi les femmes étaient vues comme des êtres de seconde zone. A quelqu'un qui n'a pas de cerveau, on ne laisse pas le choix de décider de ce qu'il fait de sa vie et de son corps, on lui impose tout. On le considère comme un handicapé mental et on fait des choix à sa place. C'est pour ça que quand on me dit "les femmes s'épilaient déjà dans l'Antiquité", je réponds "quel intérêt de faire référence à une période où elles ne décidaient rien puisque l'épilation n'était pas leur choix mais celui des hommes ?".
Je trouve d'ailleurs assez curieux que les anciens Grecs soient présentés comme les inventeurs de la démocratie alors que l'assemblée était interdite aux femmes. La démocratie qui omet volontairement la moitié de la population ? Drôle de conception de la démocratie. Certes, c'était déjà un pas en avant de demander l'avis des hommes du peuple mais le mot démocratie me paraît très malvenu dans ce contexte.
Quand je lis que Hippocrate, Aristote et autres étaient de grands hommes, je suis choqué. Ce sont les mêmes qui décrétaient que les femmes n'étaient rien du tout. Alors pourquoi aujourd'hui cette mémoire sélective, au détriment des femmes concernant le passé, sinon pour entretenir le patriarcat ? Mais c'est un autre débat.
On pourrait penser que c'est très ancien, que la situation a évolué depuis longtemps mais il n'en est rien. Dans l'article que je vous conseille vivement de lire, il est clairement expliqué que c'est seulement vers 1850 que les médecins ont enfin reconnu que les femmes avaient aussi un cerveau ! Certes, plus petit que celui des hommes, cette différence de taille expliquant leur infériorité ! On voit donc bien que pendant des millénaires, hommes et femmes ont été éduqués dans l'idée que les femmes étaient des individus de seconde zone. On parle souvent de l'héritage judéo-chrétien qui influencerait nos comportements, j'affirme que cette ineptie concernant le cerveau des femmes conditionne encore aujourd'hui certaines attitudes machistes, par atavisme.
Sur la page wikipedia sur la prostitution en Grèce antique, on trouve ceci
Le pseudo-Démosthène (Contre Nééra, 122) proclame au {IVe siècle av. J.-C.} devant les citoyens assemblés en tribunal : « nous avons les courtisanes en vue du plaisir, les concubines pour nous fournir les soins journaliers, les épouses pour qu'elles nous donnent des enfants légitimes et soient les gardiennes fidèles de notre intérieur. » Si la réalité est sans doute moins caricaturale, il n'en reste pas moins que les Grecs n'éprouvent guère de scrupule moral au recours courant à des prostituées.
De là vient la fameuse phrase "la maman ou la putain", encore bien ancrée dans les esprits. Une femme est soit exemplaire, soit une prostituée. Il n'y a pas d'autre état possible.
Il est difficile pour nous au 21ème siècle d'imaginer ce qu'était la vie des femmes dans le passé. Je compare souvent la situation des femmes avec celles des Noirs aux USA du temps de la ségrégation (avant 1960) ou des Noirs en Afrique du Sud (avant 1990), du temps de l'apartheid. En fait, les femmes ont vécu une forme de ségrégation ou d'apartheid pendant des siècles et elles n'avaient d'autre choix que la soumission puisqu'elles étaient élevées dans l'idée qu'elles étaient d'office inférieures aux hommes.
Donc, toute référence au passé doit obligatoirement intégrer le contexte de cet apartheid, sans quoi, on a une vision biaisée de la situation.
Pour ceux que cela intéresse, je vous renvoie à la littérature féministe qui décortique en détail tout ce que j'ai expliqué dans ce paragraphe.
2. L'utilité des poils
Difficile de passer à côté car un des arguments invoqués par les pro-épilation, c'est que les poils ne serviraient plus à rien, ne seraient qu'un reliquat de notre passé "animal". Il est évident que c'est une ineptie. Voici quelques éléments pour justifier leur utilité.
Extrait d'une page du site Vassilia.net
D’une façon générale les poils aident à :
Contrôler la sudation.
Contrairement à une idée simpliste, quand il fait extrêmement chaud, on est plus à l’aise en tee-shirt que complètement à poil. Pourquoi ? Parce que le tissu va absorber la sueur et la conserver ralentissant ainsi le phénomène de déshydratation du corps. Le poils jouent exactement le même rôle !
Capter la température extérieure
Les poils font partie intégrante du sens du toucher et plus particulièrement du sens thermique, ce sont leurs récepteurs qui nous avertissent de la température et de ses écarts locaux et de ses variations.
Protéger :
Les poils du pubis protègent les parties génitales contre les chocs et les frottements.
Optimiser la sensibilité
Les poils augmentent la sensibilité et la sensualité du toucher et par conséquent des caresses : chaque poil est relié à une glande sébacée, cette dernière envoie de l’huile sur la surface de la peau et la lubrifie en permanence participant ainsi a en conserver la douceur. (C’est aussi la glande sébacée qui permet de garantir une totale imperméabilité de la peau).
Participer à la communication émotionnelle
Et surtout, et cela est beaucoup moins connu, les poils participent à la communication émotionnelle entre les personnes en raison de l’émission de phéromones : Quand vous rencontrez une personne inconnue dans la rue, votre cerveau enregistre son image, la compare avec sa base de données afin de contrôler si elle est bien inconnue, enregistre éventuellement sa voix si elle parle, son odeur si on est capable de l’identifier... mais il enregistre aussi l’émission des phéromones qu’elle émet, si ces phéromones sont reçues favorablement, il y a amorce d’échange entre les deux individus... Qu’on ne s’y trompe pas : dans la vie de tous les jours, cet échange se limitera à un regard, au mieux à un sourire... Par contre si les deux personnes sont dans un lieu « de drague » l’échange va se concrétiser par une amorce de discussion, et comme pendant celle-ci les phéromones vont continuer à émettre, les choses risquent d’évoluer dans le bon sens...
Si vous coupez les poils, plus de phéromones, on ira pas jusqu’à dire que les choses deviennent impossibles, mais on se supprime une fonction et une facilité !
Petit conseil aux femmes célibataires et épilées, en mal d'amour : laissez pousser vos poils, cela attirera forcément des hommes !
Extrait du site Ecologielibidinale
Les êtres humains ont des poils sur toute la surface du corps sauf sur la paume des mains et sous la plante des pieds. Leurs poils sont développés à des endroits où les singes n'ont guère de poils (zone génitale) ! La pilosité humaine est donc spécifique, elle n'est pas un résidu. Au contraire elle a été sélectionnée par l'évolution. Or n'est sélectionné que ce qui rempli une fonction.
Sur la page wiki consacrée au poil, on peut lire ceci
Sous les bras et autour des organes génitaux les poils semblent avoir la fonction de roulement à billes, diminuant l'échauffement et les inflammations, ainsi que l'{évaporation} de la {transpiration}, et peut-être la diffusion d'{hormones}.
Les poils, cheveux et autres {phanères} pourraient aussi contribuer à la détoxication de l'organisme, on y trouve, par exemple, une partie de toxiques tels que le plomb, le mercure ou l'arsenic absorbé via l'alimentation ou la respiration qui s'y accumulent. Dans les oreilles et le nez, des poils jouent le rôle de filtre et d'alerte en cas de pénétration (insecte, objet..)
Sur la page wiki consacrée aux poils pubiens, on peut lire ceci
Certains pensent que les fonctions des poils pubiens incluent la dissémination de {phéromones} et la protection contre les frictions lors de {rapports sexuels}. Les poils pubiens forment également une protection naturelle contre les microbes auxquels une vulve épilée serait plus vulnérable.
Par ailleurs, des études semblent démontrer que la vue d'un pubis recouvert de poils aurait pour conséquence d'augmenter/créer l'excitation masculine.
Sur la page en anglais consacrée à l'épilation du pubis féminin, il y a des photo de pubis en gros plan. La femme au pubis complètement rasé est particulièrement mince, il n'y a aucune saillie des hanches et les grandes lèvres ne sont pas visibles. Du coup, il y a un doute, cela pourrait tout aussi bien être le pubis d'une fillette, je trouve cette ambiguïté très malsaine.
Et à la page épilation, on trouve ceci
Même si elles sont méconnues, le poil remplit différentes fonctions auxquelles l'épilation s'oppose. Ce type de considération est usuellement totalement ignoré des partisans de l'épilation et les conséquences d'une épilation définitive le sont tout autant.
Voici ce que dit Claude Gudin à propos de l'utilité des poils sur le site secondsexe.com
Le poil est également vecteur des sensations, c’est le capteur sensoriel qui relie au système nerveux. Une peau sans poil ou duvet a moins de chance de ressentir les caresses à leur juste valeur...Mais ce qu’on perd de plus important en se débarrassant de ses poils, ce sont les phéromones. A la base des poils il y a des glandes qui fabriquent des bonnes odeurs (par opposition à celles que l'on a si on ne se lave pas) et qui jouent un rôle capital dans la séduction et l'attraction sexuelle. Quand on est amoureux en général on adore l'odeur de son partenaire. Quand on s'épile ou se rase, on perd la composante olfactive de l'érotisme.
Toujours sur le site secondsexe.com, Saskia Farber a rédigé un article intitulé Odeurs, effluves, parfums : la valse des sens, dont voici un extrait
Le parfum comme fluide est relié à la sensualité et à la sexualité féminine libérée, au pouvoir du corps comme réceptacle précieux de fluides et sécrétions vitales. C'est au XVIIIe siècle que le seuil de tolérance olfactive s'abaisse avec l'émergence des parfums et l'éveil d'une conscience hygiéniste instaurant un nouveau rapport aux odeurs. À cette même époque, les psychiatres avertissent les notables contre le coup de foudre olfactif les poussant à se rapprocher de jeunes femmes de couche sociale inférieure. "L'atmosphère de la femme devient l'élément trouble de son sex-appeal. Susciter le désir sans trahir la pudeur, tel est le nouveau rôle dévolu à l'olfaction dans le jeu amoureux." (4) Si actuellement tout semble être mis en œuvre afin de désodoriser le corps, cela commence par la guerre contre les poils et l'engouement massif pour l'épilation intégrale. Or la pilosité joue un rôle primordial dans l'instauration d'une relation sexuelle, il exacerbe la libido. Le pouvoir érotique des poils serait lié non seulement à la vue mais aussi à l'odeur. En effet, ils conservent les odeurs corporelles résultant des sécrétions des glandes apocrines. La libido ou le désir sexuel chez la femme adulte dépendant plus certainement des androgènes (responsables du développement pileux) que des oestrogènes. Androgènes, poils et désir restant inextricablement connectés. Remplacer les effluves charnelles par des parfums synthétiques s'avèrerait donc néfaste pour la libido. Contre toute attente, elles ne sont pas vectrices de désagrément mais bien de plaisir.
Je rajoute encore quelques éléments.
Les poils pubiens des femmes sont fort décriés ces dernières années. Ils ne sont pas une "garniture inutile" mais une barrière contre les mycoses et autres bactéries. De nombreuses femmes pratiquant le rasage du pubis se plaignent d'infections car le rasage fragilise la peau. Si vous doutez, posez la question à un gynécologue.
Voici ce que disait l'un d'eux sur un blog en 2008 : le gynecologue que je suis peux vous certifier que cette frondaison represente un rempart efficace aux vilaines bacteries.
On peut donc en conclure que garder ses poils pubiens est plus hygiénique que de les enlever, contrairement à tout ce qu'on lit et entend partout. La vérité médicale n'est pas toujours où on l'imagine.
Concernant le contrôle de la sudation, je rajouterais que sans poils, on provoque une élévation de la température corporelle. C'est une des facultés des poils, réguler la température. Donc, des athlètes qui s'épilent font à mon avis une erreur sur le plan des performances puisqu'ils vont avoir plus vite chaud, se déshydrater plus rapidement et ainsi, perdre du temps, peu importe la discipline. Or, on voit de plus en plus d'athlètes (hommes et femmes) aux aisselles épilées. Il n'y a donc aucun médecin pour leur dire cette évidence ? Malheureusement, les médecins sont aussi contaminés par l'absence de poils dans la sphère publique et n'y voient pas un problème.
Pour plus d'infos afin d'éviter les odeurs de transpiration, voir le Blog de Raffa qui donne des solutions écologiques.
Le témoignage suivant a été posté en 2008 par une esthéticienne sur le forum du magazine "Flair", concurrent de "Marie-Claire" et "Elle", en Belgique. Il est intéressant car inattendu et courageux, il confirme la déshydratation suite à l'arrachage des poils. On y lit la contradiction entre une pratique qui dérègle le corps et le fait que ce soit le gagne-pain de la personne.
Je suis aussi une fervente de l'épilation ( une esthéticienne avec des poils c'est pas une bonne pub....) Mais malgré tout , je suis très consciente que je dérègle complètement ma thérmo régulation... Pour ceux qui ne le savait pas ben voila, les poils ça sert à garder la transpiration à la surface de la peau qui en s'évaporant diminue la chaleur du corps; Donc en arrachant, rasant les poils on risque des transpirer excessivement à des endroits inhabituels par exemples la tête, les fesses.
Il y a aussi le cas particulier des cheveux, qui sont des poils (selon les dermatologues). Il ne viendrait à l'idée d'aucune femme de se raser le crâne car ses cheveux seraient "inutiles". On peut parfaitement vivre sans cheveux, même s'ils ont leur utilité. Seuls les hommes ont la liberté de se les enlever ou pas.
Les femmes ont peur de voir tomber leurs cheveux et pour cause. La symbolique du crâne rasé est très forte, comme rappelé au début, tout le monde sait que c'était une punition ou le signe d'une grave maladie. Mais la différence, c'est que le pubis est intime et les cheveux sont "publics", on a tous en tête ces images de femmes humiliées en 44. Plus loin dans le temps, c'est le pubis qu'on rasait pour punir les femmes mais on n'en a pas d'images qui frapperaient les esprits. En fait, les gens devraient avoir la même réaction face à un pubis rasé que face à un crâne rasé, étant donné que ces deux pratiques étaient des punitions.
Curieusement, se raser le pubis est souvent présenté comme une "libération", comme si les poils emprisonnaient les femmes. J'attends toujours de voir la mode des femmes aux crânes rasés, par contre. Vu que l'industrie cosmétique glorifie les cheveux des femmes, ça ne risque pas d'arriver.
En fait, la différence de traitement entre cheveux et poils sexuels est simple à comprendre : les cheveux sont là à la naissance, ils ne sont donc pas liés à la puberté, contrairement à la PF qui arrive en même temps que les seins.
En forçant les femmes à se raser, on les infantilise symboliquement. J'entendais une femme ayant subi l'ablation des seins suite à un cancer dire que quand elle a vu son torse pour la première fois après l'opération, elle avait l'impression d'être redevenue une fillette, elle n'était plus une femme. Mais pourquoi les femmes qui s'enlèvent la PF n'ont pas le même raisonnement alors que le "package" pubertaire inclut la PF ? Pourquoi s'acharner à enlever ces poils et à les détester ? C'est que je vais expliquer dans les chapitres suivants.
3. L'épilation des femmes dans l'histoire ancienne
Je ne vais évidemment pas énumérer la liste du matériel utilisé pour l'épilation ni même les dates et les lieux. Ce qui m'intéresse, ce n'est pas l'acte d'épilation en soi mais la raison pour laquelle on s'épile. Donc, les sites qui listent l'historique de l'épilation n'ont pour moi aucun intérêt étant donné que la pratique n'est pas contextualisée.
C'est comme si, à notre époque, on justifiait le travail 16 heures par jour sous prétexte qu'il y a eu des gens dans le passé qui travaillaient autant. Mais c'était des esclaves et ce ne sont pas eux qui décidaient d'être esclaves ! Comme ce ne sont pas les femmes qui décidaient de s'épiler ou de rester à la maison alors qu'elles auraient peut-être voulu travailler ou apprendre à lire et écrire.
On n'a que très peu de traces écrites des pratiques d'épilation dans l'Antiquité. Sauf pour la Grèce Antique. Pour l'Egypte, c'est plus difficile d'avoir des preuves mais le contexte patriarcal était bien sûr présent et conditionnait l'éventuel rasage. Il y a aussi le fait que quand on dit "les femmes s'épilaient dans l'Antiquité", il est omis de mentionner quelles femmes. Je veux dire que la pratique était sans doute répandue dans la couche élevée de la société, pas chez la plèbe. Or, cette couche représentait un très petit % de la population, celui qui intéressait évidemment les écrivains. Il ne faut pas oublier que pour une majorité de gens pendant des millénaires, la préoccupation principale était de trouver de la nourriture pour la journée et non pas de se demander quelle partie du corps on allait transformer pour être "à la mode". La survie passait avant l'apparence. Aujourd'hui, dans les sociétés occidentales, tout le monde est censé avoir à manger tous les jours, on se préoccupe donc beaucoup plus de son apparence car on a plus de temps à y consacrer.
Comment connaître le contexte chez les anciens Grecs ? En lisant Aristophane. Ses écrits sont à télécharger librement ici
Il aurait été intéressant d'avoir des récits écrits par des femmes. Malheureusement, comme je l'ai déjà expliqué, on n'a quasi rien du tout étant donné que peu d'entre elles étaient instruites et que les moyens de conservation des textes étaient coûteux, on les réservait donc aux hommes.
Mais les textes d'Aristophane sont très parlants sur l'atmosphère qui régnait.
Extrait de "Lysistrata", dialogue entre Lysistrata et Kalonikè (2 femmes)
- Moi, Kalonikè, le coeur me bout, et je souffre mille maux, pour nous autres femmes, de voir nos maris nous regarder comme des êtres malfaisants.
- Et nous le sommes, de par Zeus!
Cette petite phrase qui a l'air anodine est pour moi significative de l'époque : les femmes ne sont que des tentatrices, responsables de tout ce qui va mal. Et Kalonikè acquiesce, "nous les femmes, sommes des êtres malfaisants".
Certes, Aristophane est dans la fiction mais quel intérêt aurait-il d'écrire des choses pareilles, sinon parce que c'était la réalité ? Et encore, c'est un homme. Peut-être que si les femmes avaient eu le droit d'écrire à l'époque, on serait très surpris de voir que la plupart vivaient un calvaire.
Sur la page wiki mentionnée plus haut, on trouve ceci
Ensuite, les convenances sociales interdisent à une femme bien élevée de se montrer dehors, alors que la scène théâtrale montre un extérieur : les seules femmes se montrant normalement dans la rue sont logiquement les prostituées.
Le décor est planté, les femmes sont confinées chez elles ou se retrouvent au gynécée (le harem des Musulmans), entre femmes.
Aristophane évoque l'épilation dans plusieurs de ses pièces.
Dans "Les femmes aux fêtes de Dèmètèr", Aristophane dit ceci
TROISIÈME FEMME.
J'en jure par Aglauros, femmes, vous avez perdu le sens ou vous êtes sous l'influence d'un philtre, ou victimes d'un malheur étrange, pour permettre que cette peste vous insulte toutes. S'il y en avait une parmi vous... Eh bien! allons-y nous-mêmes avec nos servantes, prendre quelque part de la cendre, lui épiler le bas-ventre, afin qu'elle apprenne, étant femme, à ne pas parler mal des femmes dorénavant.
MNÈSILOKHOS.
Pas d'épilation, femmes! Si en toute franchise il est ici permis à chaque citoyenne de dire son avis, et si j'ai exposé ce qui me semblait juste à l'égard d'Euripidès, dois-je, pour cela, être épilée et punie par vous?
On peut en déduire qu'une femme ayant "fauté" (selon des critères qui nous sembleraient sûrement bizarres) pouvait être punie par une épilation pubienne à la cendre ! Je ne pense pas qu'Aristophane l'ait inventé, ce devait être pratique courante.
On voit donc bien que l'épilation du pubis, loin d'être un choix, est véritablement une punition. En fait, c'est une infantilisation puisque sans poils pubiens, une femme rappelle la fillette impubère qu'elle a été.
D'autre part, dans "l'Assemblée des femmes", il explique que des femmes se réunissent dans le but d'aller à l'assemblée, réservée aux hommes. Pour ce faire, elles se déguisent mais surtout, laissent pousser leurs poils.
QUATRIÈME FEMME.
Moi, d'abord, j'ai rendu mes aisselles plus hérissées qu'un taillis, comme c'était convenu. Quand mon mari me quittait pour aller à l'Agora, je me frottais d'huile tout le corps, en plein air, et je m'exposais debout au soleil.
CINQUIÈME FEMME.
Moi, de même: j'ai commencé par jeter le rasoir hors de la maison, afin de devenir toute velue et de ne plus ressembler en rien à une femme.
On peut en déduire que les aisselles des femmes sont généralement rasées, les tenues dévoilant les aisselles, ce qui est normal à cause du climat.
On notera qu'une femme avec des poils n'est plus une femme. Or, toute femme adulte a des poils ! On voit donc comment la norme sociale imposant l'épilation est très ancienne. Cela fait penser aux commentaires qui pullulent aujourd'hui sur Internet concernant la PF : une femme ne l'est vraiment que sans poils ! C'est totalement aberrant.
Le sexologue Gérard Leleu explique ceci à propos des anciens Grecs : ils voyaient du sang couler du sexe des femmes. Mais comme je l'ai dit par ailleurs, les femmes étaient une monstruosité pour eux, une erreur de la nature. Or, le sang qui coule du corps d'un homme, c'est souvent pendant un combat, un acte héroïque, il est "actif". Chez les femmes, ça coule subitement, "passivement". Ce qui les dégoûtait et leur faisait peur. D'où leur répulsion pour le sexe des femmes, et les poils qui vont avec. Selon lui, ce serait la raison de la pilophobie des anciens Grecs. Il évoquait aussi l'animalité et le côté barbare des poils (les envahisseurs à l'époque avaient de longs cheveux et des barbes) mais je ne suis pas tellement d'accord avec cette interprétation.
Donc, la PF, symbole même de la féminité avec les seins, doit disparaître. C'est une façon de se différencier corporellement des femmes : elles ont des seins que les hommes n'ont pas mais leurs poils semblent en faire des hommes. On les oblige donc à enlever la PF pour les infantiliser. Je rappelle au passage le statut nourricier des seins : ils sont nécessaires pour nourrir les bébés, on les tolère donc et sur les statues grecques, que voit-on ? Les hommes représentés ont des poils sexuels mais pas les femmes ! Les sculpteurs n'ont pas le droit de représenter la réalité du corps des femmes.
Plus tard, dans les écoles d'Art de l'Antiquité à la Renaissance, on interdisait aux élèves de représenter la PF, car trop érotique, donc taboue, c'est du puritanisme. La pilophobie est donc très ancienne et le phénomène actuel n'est pas du tout nouveau, il n'est pas dû à la publicité, comme certains le pensent. Il n'y avait pas de publicité du temps des Grecs, les femmes obéissaient tout simplement aux hommes en s'enlevant la PF. La pub influence le comportement des gens mais imaginer que sans la pub, les femmes cesseraient subitement de s'épiler relève d'une grande naïveté et d'une méconnaissance totale du fonctionnement inconscient des humains, l'inconscient régit 90% de nos comportements.
J'ai décrypté les écrits d'Aristophane concernant l'épilation forcée des femmes ici
Un commentaire intéressant, trouvé sur un site de la BBC, en 2007, concernant l'Egypte ancienne.
In ancient Egypt it was common practice as the presence of any body hair at all meant you could only belong to the slave class.
A smooth and hairless body was the standard of beauty, youth and innocence for a woman in Egypt.
En français : dans l'Egypte ancienne, il était courant d'entendre que la présence de poils sur le corps prouvait une appartenance à la classe des esclaves.
Un corps lisse et sans poils était un standard de beauté, de jeunesse et d'innocence pour une Egyptienne.
Cette dernière phrase contient tout ce qu'il faut pour oppresser les femmes : elles doivent être "belles" mais c'est quoi, la beauté ? Ça se décrète ? D'autre part, cela induit que les femmes doivent toujours être en posture de séduction car sans cela, elles n'ont aucun intérêt. Et le corps des femmes, à l'état "naturel", n'est pas beau. Voir la citation du début.
Jeunes, sous-entendu qu'une femme de 30 ans à l'époque était bonne pour le rebut et innocente, c'est-à-dire comme une fillette, obéissante et soumise. En la forçant à s'épiler, elle ressemblait donc à une petite fille. Rien n'a changé en 2500 ans.
Autre contexte, sur la Rome Antique. Extrait d'un sujet de l'émission "Les maternelles" sur France5 en 2007, intitulé "L'épilation à travers les âges".
A Rome, les jeunes gens de la bonne société se faisaient épiler les jambes, les plus raffinés n'hésitaient pas à se faire retirer les poils sur tout le corps. Diverses techniques étaient alors utilisées : la coquille de noix incandescente, la résine de pin ou le sang de chauve-souris pour raser les sourcils. Ces recettes perdurent jusqu'au Moyen Age. La chute de l'Empire romain permettra aux poils de retrouver leur place sur les corps occidentaux.
On remarquera la référence de la classe sociale, c'est l'élite qui s'épile, pour se différencier de la plèbe.
Suite de l'extrait
Avec les croisades, les Occidentaux découvrent des techniques d'épilation venues d'Orient et d'Afrique : des cires douces et des gommes naturelles. Les femmes ont pour habitude de s'épiler le visage, dégageant ainsi un front immense, signe que l'humain s'éloigne de l'animal. Elles utilisent pour cela du sang de grenouille ou de la cendre mélangée à du vinaigre.
L'épilation pubienne est alors une nouveauté venue d'Orient, très appréciée par les femmes de la noblesse.
A nouveau, on fait référence à la noblesse, signal clair de la "lutte des classes", jusque que dans la culotte. A noter la référence à l'animalité, justifiée par l'épilation des sourcils. Mais pourquoi les femmes doivent s'éloigner de l'animal et pas les hommes ?
Dans une interview sur RMC en 2009, Jean Da Silva, en parlant de son livre sur l'épilation, disait ceci
du 13ème au 16ème siècle en Europe, dans les étuves en particulier, hommes et femmes se faisaient épiler périodiquement par des barbiers. La pratique a disparu à la fin du 17ème siècle pour ne réapparaître qu'avec les premières représentations de nu, au début du 20ème.
Il ne précise pas quelle partie de la population se rend dans les étuves, j'ai du mal à croire que cela concerne tout le monde. Il a écrit un livre sur l'épilation dont je reparlerai.
Extrait du mémoire de JS
Le Moyen-Âge réactualise l'âge d'or du bain de l'Antiquité : aux thermes succèdent les étuves qui seront très fréquentées à Paris. Ces dernières, et les pratiques de l'eau plus généralement, sont rapportées d'Orient par les croisés. C'est dans ce renouveau hygiénique que des manuels de toilette commencent à paraître, destinés souvent à l'hygiène intime des femmes. Dans les étuves, les barbiers-étuvistes proposent de faire « le poil proprement » (Beaupré et Guerrand, 1997 : 50), ils pratiquent l'épilation du pubis, héritée elle encore de Palestine via les croisades. Déjà, se dessine l'ambiguïté des poils pubiens dont le but est pour les Occidentaux de « cacher les parties honteuses », alors que « les femmes d'Italie et du Levant l'arrachent comme une chose malpropre et messéante » (manuel de 1699, cité par Beaupré et Guerrand, 1997 : 50). La pratique de l'épilation intime avait cours au Moyen-Âge et jusque dans la seconde moitié du 16e siècle, en témoignent les écrits d'un aventurier de cette époque, Verville (cité par Beaupré et Guerrand, 1997 : 51). Il raconte que la femme d'un avocat parisien, partie aux étuves avec trop peu d'écus, en revient avec seulement la moitié du pubis épilée.
On notera la référence aux pratiques venues d'Orient, donc du monde Musulman, j'y reviendrai. Un bémol également sur "les femmes d'Italie", sans doute les courtisanes et sûrement pas la plèbe.
4. L'épilation des femmes du Moyen Age au 20e siècle
Un élément important est le climat. Nous avons vu qu'en Grèce, les tenues des femmes dévoilaient les aisselles et donc exposaient les poils, provoquant le rejet des hommes. Mais dans les contrées que nous appelons Europe occidentale, le climat était et est toujours moins propice à avoir des tenues pareilles. De plus, à cause de la religion, toutes les parties du corps des femmes sont cachées sous des tas de vêtements, on ne voit que les mains et le visage. Une femme ne montre son corps et donc ses poils que dans l'intimité, contrairement au 20ème siècle où le corps des femmes s'est dénudé petit à petit pour en arriver aujourd'hui à une exposition maximale de chair.
C'est donc moins le fait de garder ses poils que de les montrer qui pose problème. Si une femme veut garder ses poils, qu'elle ne le montre surtout pas en public, voilà comment on pourrait résumer la loi non-écrite pilophobe.
Voici encore un extrait de JS
La pratique des étuves s'est estompée dès le 16e siècle en raison d'une part des maladies contagieuses et des épidémies, et d'autre part de l'influence de la religion catholique qui considérait ces lieux comme propices aux dérèglements des mœurs ; à cause aussi de la critique médicale qui accusait cette pratique d'être responsable de l'amollissement des chairs. La période de la Renaissance annonce donc le tabou de l'eau et celui de l'hygiène intime, qui entraînent la disparition progressive des bains, et peut-être aussi celle de l'épilation. Pour autant, les manuels de soins et de toilette ne se lassent pas de prescriptions hygiéniques quant aux parties intimes et évoquent les préoccupations des femmes qui « ne négligeaient aucun des soins dus à leur sexe et le traitait exactement comme leur chevelure » (Beaupré et Guerrand, 1997 : 54). C'est dire que l'hygiène appelle l'attention aux parties intimes, qui appelle l'attention à la pilosité pubienne, que l'on peut alors, soit épiler, soit entretenir à l'exemple des cheveux, auquel cas - nous allons le voir - l'entretien a une finalité davantage érotique qu'hygiénique.
C'est à partir du 18e siècle que le statut de l'eau change à nouveau, avec l'essor de l'orientalisme (Fontanel, 2001 : 106) : c'est l'avènement des bains privés, et peut-être aussi celui du traitement privé des poils. L'exemple des cheveux fait office également pour les poils axillaires : au 19e siècle, quand le linge mouillé ne suffit pas à laver les aisselles trop velues, il est conseillé non pas de les raser, mais de passer un peigne plusieurs fois, voire de la poudre d'iris (Perrot, 1984 : 120). Ici c'est la caractéristique de l'odeur qui est invoquée pour une attention plus prononcée aux poils. Plus fondamentalement, on peut dire que la réflexion hygiénique engage celle sur la pilosité, pour preuve, ces propos d'un auteur inconnu :
« La femme est plus douce et plus propre que l'homme parce que la nature, […] a inventé le merveilleux secret de la purifier tous les mois et de jeter au dehors, mais par voie secrète, tout ce qui peut s'y rencontrer de superflu et d'impur, au lieu que l'homme, qui n'a point cet avantage, le rend par les pores qui se trouvent aux parties les plus apparentes, ce qui produit en lui […] ce poil rebutant et cette barbe hideuse dont il est recouvert et qui ne sont autre chose que les excréments d'une chair vile et impure. » (cité par Beaupré et Guerrand, 1997 : 57)
Le poil prête donc à suspicion, car de même que les autres sécrétions excrémentielles du corps, il sort par les orifices, il vient d'un intérieur douteux. Cette association du poil avec la saleté est récurrente et persiste encore aujourd'hui. Certains traités médicaux du 19e siècle insistent sur la nécessité de « se laver quotidiennement les parties recouvertes de poils qui sont le siège de sécrétions particulièrement abondantes et malodorantes » (Beaupré et Guerrand, 1997 : 93). C'est donc dans l'évolution des pratiques de soins hygiéniques, - en concomitance avec l'évolution du statut de l'eau - que s'instaurent différents rapports au corps, et que l'on voit apparaître l'épilation comme une de ces pratiques. Ici, elle se restreint essentiellement aux parties intimes, précisément parce que ces dernières sont l'un des objets principaux des réflexions sur la propreté ; par ailleurs, elle se pratique dans un lieu public par un tiers, et l'on peut supposer que la fermeture des étuves a cantonné l'épilation à la sphère privée, inaugurant l'auto-épilation.
On notera le lien poils vs saleté, qui remonte à plusieurs siècles. C'est évidemment aberrant puisque les fanas de l'épilation ne s'arrêtent pas subitement de se laver le corps. Ce ne sont pas les poils qui font que le corps sent, c'est la dégradation de certaines bactéries sur la peau, qu'il y ait des poils ou pas.
Mais par delà la perspective hygiénique de l'épilation, il y a celle de l'apparence, de la sensualité de la peau douce (qui prendra son apogée au 20e siècle), ou inversement, du poil soyeux. On se souvient que les femmes se faisaient épiler le corps en entier aux étuves, pourtant, à la même époque, les prostituées parfument leur pilosité pubienne et l'ornent de faveurs - d'où l'expression d' « accorder ses faveurs » (Beaupré et Guerrand, 1997 : 54 ; Fontanel, 2001 : 70). Ici encore, on remarque l'analogie avec les cheveux dès lors que les poils se font parure ; dans les deux cas ils sont à la fois parure et support à d'autres parures telles le parfum ou des rubans. Les propos de B. Fontanel suggèrent l'opposition entre les femmes de bonne société et celles de « mauvaises vie » dans le traitement des poils pubiens, cette différence est un précieux indice quant à l'ambiguïté des poils de cette zone, que tantôt l'on garde pour leur fonction érotique, tantôt l'on arrache à des fins hygiéniques, voire peut-être aussi érotiques.
En ce qui concerne l'épilation, déjà, il est intéressant de noter que les mœurs courtoises du 18e siècle - époque, nous dit P. Perrot de relativisme du dimorphisme sexuel (p. 56) - engagent les hommes de noblesse à pratiquer une épilation complète pour le mariage. C'est l'époque des « petits-maîtres », ces messieurs tout tournés vers leur paraître, que l'on considère mi-homme/mi-femme, précisément parce que la beauté et l'attention au corps sont des préoccupations proprement féminines… Ainsi le constat de Caraccioli : « La barbe comme les moustaches étaient autrefois le fard de l'homme, et maintenant, il est charmé d'avoir un visage efféminé » (cité par Perrot, 1984 : 56). La période pré-révolutionnaire étant celle de la société de cour, l'être se ramène au paraître, et l'exigence de l'apparence ne fait pas de distinction de sexes.
Au contraire, le 19e siècle annonce la fin de l'hyperesthésie masculine et le renouveau du dimorphisme sexuel, c'est donc que ces deux caractéristiques sociales s'excluent mutuellement (Perrot, 1984 : 126). Ce siècle est celui de l'occultation de l'aspect matériel et trop humain du corps, on se couvre de poudre de riz pour atténuer la nudité suggérée par les couleurs naturelles de la peau. Les cheveux sont l'objet d'une extrême attention, alors que les poils, nous dit P. Perrot, « sont largement laissés à leur exubérance », sauf sur le visage où le duvet des lèvres est considéré comme une erreur de la nature, de sorte qu'on lui applique une pâte épilatoire pour « refouler les avancées intempestives d'une végétation qui devrait se cantonner à son territoire socialement admis » (Perrot, 1984 : 151). C'est donc au niveau du visage que l'attention aux poils est la plus minutieuse, les sourcils sont entretenus avec de la brillantine, suivant encore une fois l'exemple des cheveux. A contrario du visage, la toison du sexe et la pilosité axillaire sont laissées en friche. Ces deux types de pilosité possèdent un caractère érotique évident, et il ne viendrait à l'idée d'aucune femme de les supprimer.
On peut donc dire qu'au 19e siècle, le poil est plus souvent parure que parasite. Mais cette parure a une fonction érotique évidente, on est même tenté de se demander si la sensualité n'est pas la condition sine qua non au statut de parure du poil. On songe à la description que fait Zola du sexe de Nana, tant de fois citée quand il est question de l'érotisme du poil. Dans ce passage, l'érotisme s'origine dans le registre de l'animalité, et par là même suscite en quelque sorte de l'effroi, sinon, un sentiment d'étrangeté. Si ce statut de parure érotique du poil pubien paraît évident en raison de sa localisation et de l'analogie qui en découle, celui conféré aux poils axillaires est moins évident, pourtant ces derniers sont également un haut lieu de sensualité, et leur absence interpelle, voire choque franchement. Dans l'un des écrits que cite Perrot (p. 153), on peut lire cet effroi que procure le glabre des aisselles
« Vous souvient-il du répugnant spectacle offert par de telles actrices dont les aisselles étaient rasées ? Oh ! l'absence scabreuse de la touffe de poils, riante comme un nid sous les bras ! Combien l'absence de ce point sur l'i était déplorable, obscène presque ! » (A. Méricant, La pudeur dans l'art et la vie)
On peut sérieusement se demander quel est le processus qui a inversé symétriquement les caractéristiques de l'obscène - c'est-à-dire finalement l'érotisme sous des manifestations jugées dégoûtantes et dangereuses - eu égard à la pilosité. Plus près de nous - et certes, dans un autre contexte - nous songeons aux camps nudistes des années 80 où « l'apparition d'une femme […] qui s'était rasé les poils du pubis était généralement jugée ''dégoûtante'' » (Duerr, 1998 : 141).
Par contre, dès le début du 20e siècle, les jeunes filles ont pour habitude de brûler à la bougie les poils de leurs aisselles avant d'aller au bal (Fontanel, 2001 : 79). Mais c'est avec l'épilation d'autres zones pileuses, telles les jambes, que l'esthétique du lisse prendra tout son sens. Et nous nous engageons alors dans l'élan pilophobe généralisé du 20e siècle, qui ne va pas sans une attention toute particulière à la peau. Et Perrot de conclure, qu' « avec la disparition de la robe longue et de tout un érotisme du mollet, coïncide une attention inédite à sa dépilation… […] épilée, hydratée, tonifiée, raffermie, assouplie, adoucie, gommée, lissée, bronzée, la peau, montrée dans sa perfection laborieuse, esquive en effet sa nudité puisqu'elle se présente idéalement comme un nouveau vêtement, sans faille, sans couture, sans accroc, sans plissure, sans usure. Et taillé en un V impeccable, la toison pubienne elle-même se transmue en cache-sexe qui ne cache rien » (p. 205). Ajoutons que la toison pubienne elle-même tend à disparaître, et par là-même, tout un érotisme du poil, qui précisément cache, tout en suggérant. Dès lors, on peut se demander ce qui a changé dans le rapport esthétique au corps (le sien et celui des autres) pour que les catégories de l'érotique se modifient à leur tour, et inversement. Et en effet, selon les zones pileuses élues aux fonctions de suggestion érotique, c'est tout un modèle de rapport au corps qui s'éclaire, et avec lui, les catégories sensorielles à l'œuvre dans ce rapport.
On notera que les femmes sont conscientes du caractère érotique des poils axillaires et pubiens, au 19e siècle. JS se pose à juste titre la question de ce qui a provoqué un tel renversement de valeur. Je dirais qu'en fait, on en est revenu au 21e siècle à la pilophobie des anciens Grecs.
La citation sur l'effroi face à une aisselle féminine lisse montre bien à quel point pour certaines personnes, la PF avait sa place. Dans le chapitre sur le cinéma, j'expliquerai pourquoi ce sont les actrices qui ont les premières enlevé leurs poils, au début du 20e siècle, suivies rapidement par des danseuses de cabaret, voir Joséphine Baker, par exemple, qui exhibe ses seins mais dont le corps est glabre.
Ce que JS explique concernant les jeunes filles brûlant leurs poils à la bougie avant d'aller au bal est à prendre avec des pincettes. Je pense qu'une certaine frange de la population le faisait mais comment savoir quelle proportion ?
J'ai analysé plus longuement le mémoire de JS ici
Voici une autre analyse très intéressante d'une chercheuse américaine, en 1982
Christine Hope, for example, argues that few US women, prior to 1915, removed their leg or underarm hair. This may have been because so little of women’s bodies was on public display in the US at the time. Indeed, those parts that were displayed—the face, neck and arms— were targeted by hair removal advertisements, and beauty books of the mid- to late- 1800s assumed that any visible hair, not on the head, was an affliction requiring treatment. The move toward more extensive hair removal among North American women appears to have accompanied a transition in cultural standards of feminine beauty.
Traduction : Christine Hope explique que peu d'Etasuniennes s'épilaient les jambes ou les aisselles avant 1915. C'est sans doute parce que le corps des femmes était très peu exposé en public à cette époque aux USA. Par contre, les parties du corps exposées - le visage, le cou et les bras - étaient déjà visées par les publicités de produits dépilatoires et les livres de beauté de la moitié à la fin du 19e siècle supposaient que toute pilosité ailleurs que sur la tête était une affliction nécessitant un traitement. L'élan vers plus d'épilation parmi les femmes d'Amérique du Nord semble avoir accompagné une transition dans les standards culturels de la beauté féminine.
C'est très intéressant car c'est la démonstration flagrante que la PF dérange uniquement quand on la voit. Dès qu'une partie du corps est exposée publiquement, elle doit être glabre. Ce qui explique en partie aujourd'hui la mode du pubis glabre, à cause des strings et des maillots de plus en plus échancrés. On notera aussi que la publicité a toujours joué sur le côté culpabilité : les poils, il faut absolument les traiter comme un problème.
Joan Ferrante disait ceci en 1988, dans une étude sur l'hirsutisme
During the witch-hunts in France it was common for suspects to be shaved prior to their torture, the belief being that hairiness came about through consorting with the devil. Not only did shaving allow interrogators to search for signs of Satan, but it was also thought that the loss of her hair would deprive the woman of strength and protection.
Traduction : durant la chasse aux sorcières en France, il était habituel pour les suspectes d'avoir le pubis rasé avant de se faire torturer, selon la croyance que la pilosité venait suite à un pacte avec le diable. Le rasage permettait aux inquisiteurs de chercher des signes sataniques mais on pensait que la perte de leurs poils priverait ces femmes de leur force et de leur protection.
Un exemple de plus montrant que le rasage ou l'épilation du pubis n'est pas du tout un choix, une liberté ou une mode mais une torture, à noter la relation faite entre les poils féminins et le diable, ce qui rejoint la malédiction dont parle JS.
5. L'épilation des femmes dans l'histoire récente
Nous voilà donc au 20e siècle. Deux faits marquants se produisent à cette époque : l'apparition du cinéma et la première publicité pour un rasoir adapté aux femmes.
Le cinéma, en tant que nouveau média, a été très vite considéré comme subversif. Les USA de la fin du 19e siècle sont puritains, dominés par les religieux protestants, connus pour être très rigoristes. Dès le début d'Hollywood, les puritains mettent en place un comité de censure afin d'éviter que les réalisateurs ne montrent des images de femmes dénudées. Il y a tout de même quelques films qui montrent des femmes entièrement nues mais ça ne dure pas longtemps. Parmi les règles à respecter, il y en a une qui nous concerne : interdiction formelle de montrer la PF. Et qui fait partie de ce comité ? Des hommes. Je reviendrai plus en détail sur le cinéma dans le chapitre qui y est consacré.
Voici le texte qui figure sur la première pub
Summer Dress and Modern Dancing combine to make necessary the removal of objectionable hair.
En français : des vêtements d'été et la danse moderne se combinent pour rendre nécessaire la suppression des poils indésirables.
La pression est mise immédiatement sur les femmes, "il est nécessaire d'enlever vos poils indésirables". Mais qui écrit ce texte ? Un homme, évidemment.
Voici le texte d'une autre pub pour un rasoir, elle date de la période 1915-1920 et semble moins violente, quoique très directive.
The Woman of Fashion says the underarm must be smooth as the face, The full charm of the Decollete costume is attained when the underarm is perfectly smooth.
Traduction : la femme à la mode est sûre que l'aisselle doit être aussi lisse que le visage. Le décolleté déploie tout son charme quand l'aisselle est parfaitement lisse.
Une autre pub de 1924 disait
Perhaps, because of an old-fashioned scruple, you have hesitated to rid yourself of the disfigurement of underarm hair. Are your arms constantly pinned to your sides? Or do you scorn to wear the filmy or sleeveless frocks that the vogue of the day decrees? In either case, He is apt to think you lifeless and behind the times. He will notice you holding yourself aloof from the swing of convention
En français : à cause de scrupules démodés, peut-être avez-vous hésité à vous débarrasser de ce défigurement que sont les poils des aisselles. Vos bras sont constamment collés à vos flancs ? Ou vous rechignez à porter des tenues légères et sans manches qui sont en vogue ? Dans les deux cas, un homme pensera que vous êtes démodée et manquant de vie. Il constatera que vous vous tenez éloignée du courant conventionnel.
Défigurement pour des poils, uniquement chez les femmes ? C'est quoi ce délire ?
Dès le départ, on culpabilise les femmes. Je n'ose imaginer une pub pareille aujourd'hui, cela provoquerait un scandale. De telles pubs provoquaient un malaise chez les femmes, on leur fait comprendre que sans le produit xyz, elles ne seront que des "mochetés". La pub a toujours joué sur la culpabilité mais quand en plus, elle surfe sur un tabou millénaire, ça donne la situation actuelle où la PF est tout simplement bannie des médias.
On voit donc comment des hommes, il y a 100 ans, ont reproduit le schéma pilophobe des anciens Grecs, sans même le savoir consciemment, entretenant ainsi le schéma patriarcal de contrôle du corps des femmes par les hommes.
La différence avec les Grecs, c'est la notion d'argent qui intervient pour la première fois puisque l'industrie des marchands de rasoirs s'empare d'un marché gigantesque, celui des femmes.
La machine infernale est lancée et plus personne ne l'arrêtera.
Dans un article du "Monde" de mars 2010, on peut lire ceci Selon le Wall Street Journal, en 2008, l'industrie mondiale de l'épilation a réalisé un chiffre d'affaires de 1,8 milliard de dollars (1,3 milliard d'euros).
On est donc face à un lobby très puissant qui n'est pas prêt à renoncer à cette manne inespérée.
Oser remettre en question l'épilation est un blasphème pour ce lobby qui balaie tout ça d'une main "ce sont les femmes qui veulent se raser, nous ne faisons que répondre à une demande". Ce n'est pas faux, sauf que le "libre arbitre" invoqué n'existe pas, pour toutes les raisons expliquées plus haut. Quand on baigne dans un monde de femmes sans poils depuis son enfance, on ne peut faire autrement que de se soumettre à la norme tout en étant persuadé de choisir librement.
Aux USA donc, le commerce de rasoirs pour femmes est florissant. De plus en plus de femmes se rasent les aisselles. Les jambes viendront plus tard, une fois que les bas deviendront transparents et qu'on verra donc les poils au travers. Dans les années 1960, plus de 90% des Etasuniennes se rasent les aisselles !
En Europe, la situation évolue plus lentement mais malgré tout, ce qu'il se passe aux USA finit par arriver ici. La pression épilatoire existait déjà en France, avant la WW2.
Sur le blog de Michelle Julien, une féministe qui a consacré un billet à ma page (qui n'est malheureusement plus accessible), on peut voir une pub pour une "eau" qui dissout les poils. Elle est parue dans le magazine "Votre Beauté" en juin 1935 ! La femme qui pose a les bras en l'air et les aisselles glabres. Le texte commence par ceci
Les vilains poils superflus que vous vous obstinez à garder, rendent certains gestes très naturels (comme lever les bras) indécents et ridicules
On peut voir la pub ici
Cette phrase est d'une violence extrême, il y a les mots vilains et superflus pour les poils et pour la femme, si elle ose montrer ses poils, elle est indécente et ridicule.
En faisant des recherches sur l'eau Taky, j'ai trouvé une autre pub plus ancienne, datant de 1931, on peut la voir dans des archives du journal Ouest-France, voici une partie du message
Une Femme Qui Défie la Critique va vous dire son secret.
La plus jolie femme choque désagréablement si sa nuque ses bras ou même ses jambes à travers les bas, montrent un système pileux trop fourni qui retient en outre les odeurs de la transpiration.
L'EAU TAKY forme avec la Crème Taky, universellement connue et la Poudre Taky, un ensemble de produits épilatoires incomparables et indispensables a toute femme à la mode.
Sur France-Inter lors de l'été 2006, une émission parlait du 70ème anniversaire des congés payés. On y entendait des pubs qui passaient dans les cinémas (la radio était encore rare). J'ai sursauté quand j'ai entendu une voix d'homme dire
Mesdames, vous irez sur les plages cet été mais n'oubliez pas de vous épiler (ou raser, je ne sais plus) pour enlever ces poils disgracieux.
Le lavage de cerveau était déjà bien en place. J'imagine déjà la scène : une femme va au ciné avec son mari en 1936. Elle voit un film américain avec des vedettes féminines épilées qui font rêver son mari. Ensuite, elle voit la pub à l'entracte qui la culpabilise. Que fait-elle en rentrant à la maison pour ne plus se sentir "sale" ?
Mais les images d'archives de l'INA montrent que les choses ne sont pas aussi simples. On peut y voir des femmes avec des poils aux aisselles, sur les plages où le "peuple" se rend en masse, dès 1936. Néanmoins, le ver est dans le fruit et petit à petit, la pression augmente. Comme toujours, c'est parmi l'élite de la société que l'épilation devient monnaie courante.
Plus tard, dans les années 1950, les femmes portent de plus en plus de tenues dévoilant les aisselles, même en dehors des vacances d'été. Ce qui rend les poils visibles et donc, certaines commencent à les enlever. Je parle de la France et de la Belgique.
Voici un témoignage du blog d'Hélène, dont je reparle plus loin, cela concerne la France : dans les années 50, quand j’étais petite,je me souviens avoir vu beaucoup de « grandes personnes » arborer sans complexe des aisselles velues sous des manches courtes.
En Allemagne et en Italie, très peu de femmes se rasent, comme on peut le voir dans les documentaires tournés dans les années 50 à 70, ainsi que dans les films, j'en reparle dans le chapitre cinéma.
Durant mon adolescence dans les années 70, j'ai été attentif à la pilosité des filles de mon âge mais aussi des femmes, les femmes non épilées étaient encore majoritaires. A cette époque, j'allais chaque été à la piscine en plein air (en Belgique) et aussi en France, à la mer. Presque aucune femme ne s'épilait les aisselles et ça ne choquait personne. Les femmes avaient un partenaire, étaient belles et désirables, beaucoup semblent l'oublier ou sont trop jeunes pour avoir connu cette époque. Aucune de mes petites amies de l'époque ne s'épilait. La différence, c'est que les épilées à l'époque (qui étaient donc minoritaires) n'étaient pas insultées comme le sont aujourd'hui celles qui ne s'épilent pas.
Durant les années 80, j'ai constaté en été que sur les plages françaises, belges et espagnoles, la PF commençait à se faire discrète. J'ai croisé quelques femmes pas épilées dans la vie courante, elles étaient déjà moins nombreuses. Dans les années 90, elles devenaient rares et depuis 95 environ, c'est exceptionnel d'en voir une, c'est à partir de cette date que ma femme a subi les premières insultes.
Néanmoins, il existe des îlots de résistance. Sur le forum du site onpeutlefaire.com, voici ce que disait une femme en 2010
je vis dans un coin où de trrèèèèss nombreuses personnes ont fait un "retour à la terre" depuis 40 ans (et ça continue) et ça passe aussi par un retour au naturel : les filles des néo-ruraux ne sont pas normalisés de la meme façon et surtout, quand l'environnement pullulent de femmes non épilées, le poids de la norme est inexistant (aussi bien pour les hommes que pour les femmes).
En fait, il s'agit des départements Est-Pyrénées (Ariège, Aude, Pyrénées Orientales) plutôt le sud de ces départements.
Pour l'Allemagne et l'Italie, le phénomène a été plus tardif. Il était fréquent de voir la PF sur les plages en été dans les années 90 et au début des années 2000. Mais même dans les deux bastions européens de la PF, elle a quasi disparu complètement en été.
Il faut faire la distinction entre les femmes qui exposent leurs aisselles et celles qui ne le font jamais. Je parle évidemment des premières. Parmi les secondes, il est clair que certaines ne se rasent pas mais on ne peut le vérifier. Sauf en recueillant leur témoignage, ce que je fais depuis plus de dix ans. Pour avoir la paix, elles ont toujours des manches et ne vont pas à la piscine ou à la plage. Bien souvent, elles regrettent la pilophobie car elles aimeraient pouvoir mettre un maillot, aller nager avec leurs poils, sans que personne ne s'en prenne à elles.
Depuis quelques décennies, l'épilation est devenue une norme sociale intégrée. Ce qui signifie que l'acte d'épilation est considéré comme "normal", au même titre que le fait de se laver et n'est donc pas une seule seconde remis en question. Il est très fréquent d'entendre des femmes dire qu'elles se rasent par hygiène. Mais elles se lavent les aisselles, c'est très rare qu'elles voient la contradiction dans leurs actes. Si réellement c'était plus hygiénique de ne pas avoir de poils, les médecins prescriraient l'épilation.
Voici malgré tout un témoignage montrant la contradiction, totalement assumée, issu du site du magazine "Elle", voir lien dans le chapitre sur les intolérants.
Beaucoup lient leur détestation des poils à des motifs hygiéniques. Cécile : « Les poils, où qu'ils se situent, retiennent la transpiration et le reste. » Mais elle reconnaît que cette raison tient peu, puisqu'elle se lave tous les jours. Etre lisse de partout, comme au premier jour de sa vie, serait son idéal, même si elle n'a encore jamais rencontré de bébé qui naisse déjà propre.
Et oui, ressembler à un bébé, c'est du jeunisme même pas camouflé. Mais un bébé n'a aucune autonomie, il fait ses besoins comme un animal. Est-ce donc ça que cherche cette femme, redevenir un être dépendant ?
Très peu reconnaissent le côté sexuel des poils. Quand je dis à des fanas de l'épilation qu'avec des poils aux aisselles, elles affichent leur maturité sexuelle, c'est l'étonnement ou alors, l'incompréhension totale. Elles ont zappé le fait que comme les seins, la PF apparaît à la puberté. Pour elles, la PF est un "truc" inutile, moche, sale à enlever au plus vite. Voilà le résultat de millénaires de rejet de la PF par des hommes ayant peur des femmes, peur de leur sexualité, voir le chapitre suivant.
Pour d'autres chiffres sur la norme de l'épilation féminine dans différents pays, voir le site de Miel
En 2004, Séverine Capeille et Serge Rivron analysaient la "mode" des pubis rasés sur le site sistoeurs.net
SC : On est passé des femmes à poils et à vapeurs au tout sexe-épile ! Sociologiquement parlant, on pourrait tenter un parallèle entre les années 70 pleines d'espoirs aux poils drus, et les années 2000 tondues par la désillusion reine et les disettes budgétaires.
SR : C'est tentant comme explication, la métaphore est amusante et marche bien ; mais je ne suis pas convaincu que ça suffise. Le sexe, même s'il a de plus en plus tendance à être mis sur la place publique, est par excellence le lieu corporel de l'intime, avec le trou du cul qui l'est encore plus, mais dont vous me disiez qu'il est aussi victime de la mode sans poils (encore qu'on ne doive pas en trouver beaucoup par ici). Contrairement à l'impression que veulent dégager mes baladeurs des sables*, le fait de se "dépoiler" le sexe n'est pas du tout indifférent, ça engage formellement l'individu qui pratique ça, même s'il est sollicité par une mode dans un contexte social donné.
SC : C'est en tout cas une mode qui répond parfaitement à l'injonction de jeunisme qui nous est faite depuis une quinzaine d'années. Cette mode habille, ou plutôt déshabille, une génération d'"adulescents". On y retrouve aussi le côté "manga", avec ses personnages sans identité sexuelle marquée. Le poil, qui contient toute la carte génétique de l'humain, serait perçu comme une trace dégoûtante, une imperfection, un obstacle vers l'idéal de déshumanisation exalté par la peau lisse de l'éphèbe…
SR : Les poils en liberté, c'est vrai, ça évoque une soumission au naturel qui n'est plus du tout de mise dans l'idéologie actuelle. Les années 68-75, c'est aussi l'éclosion des seins nus au bord de l'eau, où s'affichait nettement ce qu'on pourrait appeler une revendication des femmes à la naturalité mammaire ; c'est l'époque de la "libération sexuelle" et du "retour à la nature" qui a aussi engendré un fabuleux essor du naturisme. Montrer ses poils, au fond, ça disait un peu "on est des animaux comme les autres".
SC : Aujourd'hui, la nature a changé de nature ; elle n'évoque plus le réconfort souverain, l'harmonie à atteindre, mais le danger omniprésent : réchauffement climatique, pluies torrentielles, tremblements de terre, canicule, épidémies. Alors on fait disparaître les poils, on tond, on rase, on épile. C'est peut-être ça : on chercherait dans son corps non plus l'animal, mais l'invisible, on chercherait à le mettre à jour, à voir l'Autre en soi, et que les autres se perdent dans la vision de votre nudité absolue.
SC : Nous sommes bien loin, décidément, de ce désir de retrouver un état d'enfance qu'on pouvait voir dans le fait de se vouloir le corps sans poils…
SR : Loin et proche, parce que l'enfance, c'est aussi le moment où le corps est livré totalement au monde, sans défenses. C'est à dire un moment où l'on est, fantasmatiquement au moins, le véritable jouet du désir. Or s'arracher la toison pubienne, c'est à la fois redevenir physiquement imberbe, mais c'est aussi mettre son sexe sous le nez de l'autre, le soumettre à son désir.
*les baladeurs des sables sont des naturistes presque tous épilés que Serge Rivron avait croisés l'été précédent.
6. La sexualité
Le poil est assimilé au sexe ( en état de marche puisque le poil apparait à la puberté, de plus)
Le poil sous les aisselles est, même si on ne l'aime pas, a une charge sexuelle.
Je me rappelle d'une de mes belle soeur, blonde aux cheveux longs et frisés qui arrivait à éléctriser l'atmosphere dans les déjeuners de familles
lorsqu'elle levait ses bras pour soulever ses cheveux et qu'elle dévoilait des aisselles un peu rousses.
Témoignage d'une féministe du forum des CdG, en 2006.
Malgré tout cela, elle est restée traumatisée, et n'a pas pu inclure ses poils dans son intégrité féminine, jusqu'à ce qu'un psychologue lui explique que le refus des poils chez la femme de la part des hommes correspond à une peur inconsciente de la femme et de la mère.
Témoignage sur doctissimo.fr en 2004, à propos d'une ado traumatisée par quelques poils sur ses bras ! A noter le commentaire du psy sur la peur.
Au rituel de l'épilation et à son usage quasi exclusif (au regard de l'histoire) par la femme, Marc-Alain Descamps suggère deux autres explications, qui se rejoignent dans une même opposition à la sexualité. La première a trait directement à la répression sexuelle de la femme qui doit apparaître lisse et pure, vierge ou angélique, la seconde à son infantilisation. "Etre épilée, pour une femme, c'est ressembler à une petite fille impubère", souligne-t-il. Et plus encore lorsqu'il s'agit d'épiler le triangle pubien, symbole par excellence de la sexualité féminine.
Extrait d'un article publié dans "Le Monde", en 2005.
Ce chapitre est sans doute le plus important de tous. En effet, c'est parce que les poils des aisselles, du pubis et des seins (on les oublie souvent) sont des caractères sexuels secondaires qu'ils dérangent les hommes. Si vous avez lu le chapitre sur l'histoire ancienne, vous aurez compris que les hommes avaient peur des femmes. Elles étaient considérées comme des monstres, des erreurs de la nature mais nécessaires pour la procréation. Le sang qui coulait du sexe des femmes effrayait les hommes, ils associaient les poils à cette peur.
C'est Hippocrate qui pensait que les femmes privées de relations sexuelles étaient "hystériques" (du grec hustera, utérus) et qu'en leur introduisant des objets dans le vagin, on allait les calmer. Cette horreur a duré jusqu'au début du 20e siècle ! On y avait développé une série d'appareils très sophistiqués à introduire dans le vagin, pour combattre l'« épuisement nerveux et hystérique » des femmes. Voir ici pour plus de détails, surtout le point 2 "IDÉOLOGIE DE LA JOUISSANCE ET TECHNOLOGIE DE L'ORGASME".
Cette méconnaissance totale du fonctionnement réel du corps vient tout simplement de la peur qu'inspiraient les femmes. Leur sexualité a toujours été réprimée et en les forçant à enlever leurs poils, on les rendait infantiles puisque leur corps redevenait celui de la fillette impubère, à l'exception des seins qu'on tolérait. Les poils étaient l'apanage des hommes, pas question de les tolérer chez les femmes.
Voici ce que dit Gérard Zwang (voir lien plus haut) de l'aspect sexuel de la PF.
Le poil n'est nullement un apanage masculin, en particulier le poil sexuel, il faut le redire régulièrement. C'est sa disposition dans les zones cibles qui indique virilité ou féminité adulte. L'indice pileux féminin est triangulaire à sommet inférieur. C'est lui qui entraîne la réaction d'orientation du regard, avant la main et le reste. La pilosité bien développée signe la maturité sexuelle d'une femme avec laquelle l'accouplement est possible : elle déclenche donc le désir.
L'homme normal est habituellement rebuté par l'aspect chauve de la zone génitale féminine. C'est en général la conséquence de la maladie, et surtout de la sénilité. Une femme dépourvue de poils pubiens est une vieille femme n'inspirant plus le désir. C'est pourquoi la tonte sexuelle a de tout temps été infligée comme punition, surtout entre femmes. Pour défigurer une rivale, ou pour châtier une prostituée qui n'a pas obéi aux règlements du Milieu. Avant la libéralisation de l'interruption de grossesse, et sans nécessité d'asepsie depuis la mise au point de désinfectants liquides efficaces, les femmes devant subir un curetage évacuateur après avortement étaient systématiquement et entièrement rasées. Il fallait les punir d'avoir "tué leur bébé". Dans un cas comme dans l'autre on s'attaquait à un signal déclencheur très puissant, destiné à susciter le désir masculin, et on espérait bien mettre la femme "hors course" avant la repousse pileuse.
Il est clair que l'épilation pubienne était une punition. Comment expliquer alors qu'aujourd'hui, elle soit vue comme une libération, une pratique normale dans le sens d'une norme intégrée ? Pourquoi cette inversion ? Parce qu'on n'a pas d'images de femmes qui se faisaient raser le pubis de force. Personne n'a donc de représentation qui montrerait immédiatement la cruauté de l'acte. Comme je l'ai expliqué au chapitre sur l'utilité des poils, les femmes craignent la perte des cheveux car c'est le symbole des femmes ayant couché avec l'ennemi et nombreux sont ceux qui ont vu ces images atroces de femmes tondues publiquement en 1944 et ensuite, exhibées sur des chariots dans toute la ville, pour qu'elles soient humiliées jusqu'au bout.
Une autre explication serait ce retour au corps infantile, qui a fait fantasmer beaucoup d'hommes. Il faut se rappeler que l'inceste et la pédophilie sont des pratiques anciennes. Les filles étaient mariées très jeunes à des hommes souvent plus âgés, habitués donc à voir des corps impubères. Cette frénésie du pubis rasé ne serait donc qu'un atavisme, une espèce de fantasme sur la fillette du temps passé qui se soumettait alors que les femmes d'aujourd'hui ne se soumettent plus, en apparence du moins.
En se rasant le pubis et peu importe les motifs apparents invoqués, une femme envoie un signal de soumission. Elle s'infantilise, redevient l'enfant qui a besoin d'être guidée par son partenaire.
C'est le paradoxe de l'époque actuelle : les femmes ont acquis les mêmes droits que les hommes, s'affirment dans tous les domaines mais concernant le corps, l'infantilisent comme jamais il ne l'a été. J'en reparlerai plus loin, la blondeur, la minceur et l'aspect glabre renvoient à l'enfant. Un homme fantasmant sur une blonde, mince et épilée intégralement est dans la pédophilie inconsciente car il est excité par ce qui caractérise la fillette impubère.
Les seuls à revendiquer l'épilation du pubis étaient les pratiquants de SM : l'épilation fait partie du rituel de soumission. Se faire raser le pubis y était la dégradation ultime, rendant les femmes infantiles, comme dans le passé.
Extrait de la page parlant de la première pub (voir chapitre 5)
Dr. Rita Freedman, nationally known author, speaker and women's psychology expert, writes in her book, Beauty Bound, "Body hair signals sexual maturity as well as dominance. Females are socialized to censor body hair, just as they are taught to repress their sexuality. The silky legs and hairless underarms of a child-woman connote her sexual innocence, even as they make her more sensuous- part of a social myth of female beauty which serves to keep women in their place as 'the fair sex,' powerless, weak and properly submissive."
Cela a été écrit en 1986. Je traduis : la pilosité signale la maturité sexuelle mais aussi l'autorité. Les femmes sont socialisées pour censurer leur pilosité, comme elles sont éduquées pour réprimer leur sexualité. Les jambes lisses et les aisselles sans poils d'une femme-enfant connotent son innocence sexuelle, même si ça la rend plus sensuelle, ce qui fait partie du mythe social de la beauté féminine qui sert à maintenir les femmes à leur place en tant que 'beau sexe', sans pouvoir, faible et soumis.
Commentaire trouvé sur le site de la BBC, suite à un documentaire sur la pilosité
There seems to me to be something both worrying and obscene about the societal requirement for adult women to remove the body hair that proclaims them sexually mature adults and turn themselves into facsimiles of pre-pubertal girls. Kate Corwyn, Bristol.
Traduction : il y a quelque chose d'inquiétant et d'obscène concernant les femmes adultes à propos de l'injonction sociétale leur imposant d'enlever leurs poils qui font d'elles des adultes sexuellement matures alors qu'elles se transforment en fac-similés de fillettes prépubères.
Les esprits sont contaminés par l'absence de PF dans les médias. Sur la page Wikipedia consacrée à la puberté, voici ce qu'on pouvait lire en 2007 :
Pour la femme : "développement des seins et de la vulve; développement de la pilosité pubienne; début des menstruations, qui sont le critère usuel de puberté chez la femme."
Aucune mention des poils aux aisselles ! Un des membres du forum auquel je participe a modifié l'article en rajoutant ce qui manquait. Cela paraît anodin mais cet "oubli" montre bien qu'on a intériorisé la notion "une aisselle féminine est lisse". C'est vrai que Wikipedia n'est pas toujours un exemple à suivre mais si sur quelque chose comme la puberté, on omet déjà de décrire correctement les changements corporels, il ne faut pas s'étonner que les jeunes soient choqués de voir des poils aux aisselles sur le corps des femmes.
Un témoignage du forum de "Psychologies magazine", datant de 2007.
Si à l’âge de 45 ans j’ai décidé de m’épiler complètement, c’est justement parce que j’accepte mieux mon corps et mon sexe de femme, et la sexualité qui va avec; c’est parce que j’accepte d’exposer ce sexe au regard de l’autre, dans mon intimité, parce que j’ai envie de le parer, ce sexe, de temps en temps avec des jolis dessus, ouppps, dessous. Essayez donc un mini-string avec des poils qui dépassent de partout!! Et puis, qui aime se retrouver avec des poils dans la bouche lors des caresses buccales intimes; ni moi, ni mon amant en tout cas, et j’apprécie aussi qu’il s’enlève quantité de poils.
Et en ce qui concerne le sexe de petite fille, croyez-moi, après avoir enfanté deux fois, ma vulve n’a plus rien à voir avec celle d’une petite fille.
Une autre façon de porter son regard sur l’épilation intégrale, serait peut-être de considérer ces femmes qui veulent voir, s’approprier, ressentir, partir à la découverte de leur propre sexe, de leur propre plaisir, car malgré les dossiers, les livres, l’éducation sexuelle à l’école, et la libération des mœurs (entre nous, surtout celle de la pornographie), combien sommes-nous encore à devoir nous libérer de la honte d’être une femme sexuée. S’épiler intégralement n’est donc peut-être pas la marque de la honte, mais celle de la volonté de se libérer de cette honte incrustée dans l’inconscient collectif de notre société, et donc les spécialistes sont aussi dépositaires.
Ce témoignage faisait référence à un article du magazine intitulé "Peur des poils, peur du sexe ?" où Marc Alain Descamps disait ceci : Les femmes ne connaissent plus leur corps, elles ont honte de leurs poils, de leur odeur, de se toucher
L'article peut être consulté ici
J'ai expliqué à cette femme en quoi la honte d'être une femme sexuée n'était pas la sienne mais celle du patriarcat. C'est la PF qui a été taboue pendant des siècles et non pas l'épilation, se libérer de ce tabou aurait donc été d'arrêter de s'épiler le sexe. D'autre part, elle est contradictoire en disant accepter son corps tout en le transformant. Comme si un Noir disait "j'accepte ma couleur de peau et je me colore en blanc".
Après des échanges très animés, elle a fini par reconnaître que c'est son amant du moment qui lui avait demandé de se raser intégralement et qu'elle n'en aurait peut-être jamais eu l'idée. On voit bien à quel point certaines femmes sont aveuglées et croient être subitement "libres" parce que sans poils. Les poils n'ont jamais emprisonné personne. C'est l'éducation, la société qui emprisonnent. On notera au passage qu'elle se justifie en disant que sa vulve n'est plus celle d'une petite fille. Rien que le fait de le dire pose question. C'est surtout symboliquement que le sexe rasé renvoie à la fillette. Heureusement que son sexe est différent de celui d'une fillette. Mais vu de loin, la confusion est possible.
Le poil dans la bouche semble être un gros problème pour beaucoup de gens depuis la prolifération de la pornographie gratuite. Dans les années 80, je parlais de cunni avec des copains de mon âge et aucun ne se plaignait d'hygiène douteuse ou de poils dans la bouche, on était surtout content de donner du plaisir aux femmes. C'est une évidence que les pornos ont "sali" les poils. Avoir un poil en bouche, ça m'est arrivé une ou 2 fois en 25 ans de vie sexuelle, il n'y a vraiment pas de quoi en faire un plat. Etant donné qu'il n'y a pas de poils sur le clitoris, la personne qui serait gênée par les poils ne sait peut-être pas s'y prendre pour donner du plaisir ?
D'autre part, quand j'embrasse les cheveux de ma femme, je pourrais aussi avoir un cheveu en bouche. Dois-je lui demander de se raser le crâne pour m'éviter cet inconvénient ?
Sur le forum de Psychologies magazine, une femme résumait bien la situation en 2006
au final qu'est-ce qui est plus désagréable, s'oter un poil de la bouche ou arracher un poil à une muqueuse fragile et délicate?
Même wikipedia est tombé dans le piège. A la page consacrée au cunnilingus, on lisait ceci
De plus, l'épilation partielle ou totale du pubis évite à celui ou celle qui prodigue le cunnilingus d'ingérer des poils.
Cette ineptie a été rectifiée entre-temps. Les poils pubiens des femmes ne sont pas une "garniture inutile", ils sont une barrière contre les mycoses et autres bactéries. De nombreuses femmes pratiquant le rasage du pubis se plaignent d'infections car le rasage fragilise la peau.
Sur cette même page, on trouve ceci
En Occident, sous l'{Empire romain}, le cunnilingus était déprécié car il était considéré comme une soumission de l'homme envers la femme{[4]}. Preuve de cette condamnation morale, {Suétone} impute cette pratique à l'empereur {Tibère} dans l'inventaire des turpitudes sexuelles qu'il lui attribue{[5]}.
Que faut-il comprendre ? Non pas qu'aucun homme ne faisait de cunni à sa femme mais il ne s'en vantait pas auprès d'autres gens car il aurait été vu comme soumis à sa femme. Et ça, c'était impensable à l'époque. Quand aujourd'hui, des hommes refusent un cunni, ils ne font que perpétuer une vieille loi misogyne, sans même le savoir en conscience.
On rencontre beaucoup d'hommes qui disent aimer les poils pubiens mais pas du tout ceux des aisselles. Pour moi, c'est contradictoire. Etant donné que les poils à cet endroit poussent en même temps qu'au pubis, je les trouve tout autant féminins et à leur place que les poils pubiens.
Les femmes qui montrent leurs aisselles naturelles en public affichent d'une certaine façon leur pubis, c'est donc un signe très fort envoyé aux autres : "je suis une femme adulte et sexuée et je le prouve". Certaines femmes m'ont dit ne pas vouloir montrer leurs poils aux aisselles en public car c'était pour elles une forme d'impudeur, ce que je comprends car le pubis est intime, par définition, alors que les aisselles s'exposent plusieurs fois dans l'année, elles deviennent donc "publiques".
Malgré que je sois opposé à l'épilation pubienne, je trouve malgré tout qu'il y a une logique dans la préférence pour l'épilation conjointe des aisselles et du pubis.
Info trouvée à la page Axilisme de Wikipedia
L’axilisme est une pratique {sexuelle} consistant pour un homme à se masturber à l’aide des aisselles de son ou sa partenaire. La peau des aisselles étant sensible aux stimulations chez certaines personnes, les deux participants peuvent y prendre du plaisir et le rapport pourra aboutir à un {orgasme}.
Le contact des {poils} (ceux de la {verge} et ceux des {aisselles}) et les {phéromones} qui se dégagent de ces régions semblent être un stimulant {érotique} pour les adhérents à cette pratique, d’autant plus que les femmes qui s’{épilent} les aisselles sont majoritaires, et qu’un parallèle peut être établi entre la pilosité des aisselles et celle du pubis.
Une anecdote macabre concernant les poils pubiens des femmes m'a frappé. En 2008 au Royaume-Uni, un tueur en série s'en prenait à des prostituées, il les tuait et ensuite, leur rasait le pubis ! La symbolique du geste est très forte, je trouve. C'est réellement leur maturité sexuelle qu'il mutilait.
Un homme fréquentant des clubs échangistes à Paris me disait que presque toutes les femmes y sont épilées intégralement. Comme si le libertinage signifiait automatiquement être glabre.
Voici ce que dit Catherine Blanc sur l'aspect sexuel des poils
Catherine Blanc, sexologue, donne son point de vue sur cette traque du poil :« Les poils sont le symbole de la maturité sexuelle. Ils nous renvoient à quelque chose de très animal. Dans les années 70, la sexualité était dans la rue. On manifestait dans la rue, on faisait presque l’amour dans le rue et on était « toutes touffes dehors » : c’était la révolution sexuelle. Or on n’est plus dans la révolution mais dans la liberté sexuelle. Le problème de la sexualité n’est pas réglé, on en a toujours peur, mais il est maîtrisé. La chasse au poil, c’est une maîtrise de son image, de sa sexualité. C’est une façon de s’approprier sa propre sexualité. Chez la femme, c’est aussi le symbole de l’éternelle jeunesse. On a peur de vieillir, donc ce retour à un sexe de petite fille rassure sur son propre chemin vers la Mort. Mais je pense que c’est une mode jusqu’à la prochaine lubie pour avoir l’impression de maîtriser sa sexualité. »
Je ne suis pas d'accord avec la dernière phrase, l'épilation des femmes n'a jamais été une mode mais une injonction et rien n'indique le moindre retour en arrière pour une simple raison : ne pas s'épiler, ça ne rapporte rien. On m'a d'ailleurs déjà dit "mais vous allez mettre des gens au chômage si les femmes arrêtent de s'épiler". A noter la pauvreté de l'argumentation.
Voici ce que dit le sexologue Gérard Zwang à propos du sexe des femmes dans son livre "Le Sexe de la Femme", en 1979.
Se prenant pour le parangon des vertus humaines, le mâle n'a pas encore pardonné à la femme ni d'être différente de lui tout en lui ressemblant, ni, surtout, de posséder une subjectivité autonome malgré sa moindre force physique. De là découlent, depuis la mauvaise foi jusqu'à l'agression armée, ces déshonorantes conduites de haine contre le sexe de la femme.
Tout est reproché à la vulve et au vagin, de leur anatomie comme de leur physiologie : navrante litanie !
Le sexe de la femme est velu : d'une façon générale, la femme n'a pas le droit de posséder du poil ; c'est gênant, disgracieux, sale. Pourtant l'homme ne se sent nullement incommodé par sa propre pilosité ; bien au contraire il en tire gloire, se trouvant d'autant plus séduisant et viril que velu : le poil, bien avant Samson, était déjà le symbole de la force masculine. Depuis des millénaires, les femmes de nombreuses contrées s'épilent avec assiduité le Mont et les grandes lèvres. C'est pour complaire au mâle, émondant une toison outrecuidante qui lui fait offense, qui empiète sur sa prérogative pileuse. La plupart de nos contemporaines (sauf les malheureuses créatures que sont les femmes arabes) ont renoncé à ce ridicule déboisage. Les civilisées n'en continuent pas moins à pourchasser "le poil superflu" des jambes, de la face, des sourcils ; encore plus systématique et révélateur le rasage des aisselles : ce creux des bras, odorant, humide et velu, rappelle par trop le creux des cuisses, y conserver du poil constitue une coupable négligence. Dans un chapitre particulièrement odieux du livre qu'il a eu le front d'appeler L'Erotisme, Bataille explicite la joie sadique qu'éprouvent ceux qui lui ressemblent à dénuder, dévoiler les parties pileuses de la femme et à lui faire honte de cette animale pilosité. Animale... si l'on veut, car si Bataille n'avait pas été un parfait ignorant en zoologie (comme en paléontologie) il aurait su que la vulve des quadrupèdes et même des anthropoïdes est glabre. Le poil vénusien et vulvaire est un ornement spécifiquement humain, spécifiquement féminin.
On peut lire la suite ici
J'ai trouvé un texte très intéressant de la psychanalyste Jacqueline Schaeffer, intitulé le tabou du feminin qui décrit précisément la crainte que le sexe et les poils des femmes inspirent aux hommes, et ce, depuis des millénaires. Voici quelques extraits.
Ces peurs et ces tabous se concentrent sur la femme qui, écrit Freud, « est autre que l'homme,... incompréhensible, pleine de secret, étrangère et pour cela ennemie »... Il s'agit d'une terreur primaire. Les mesures d'évitement se portent aussi bien sur le toucher que sur le « voir ».
Mais on sait que, devant un homme, l'exhibition est soit insultante soit terrorisante. Dans l'Antiquité et de notre temps - comme ce fut le cas lors de la guerre d'Espagne et au cours de certains génocides - des femmes ont fait honte et fait reculer les hommes d'un peloton d'exécution et d'autres, prêts à tous les massacres, en retroussant leur jupe. Comme pour leur dire : « Regarde d'où tu viens ! » Et le Diable lui-même, chez Rabelais, s'enfuit devant une femme qui lui exhibe son sexe. Une terreur sacrée ! On trouve des représentations de Baubo, « vulve mythique personnifiée », dans de nombreuses civilisations. Une Gorgone étrusque sur un char, qui exhibe son sexe et tire la langue d'une énorme bouche dentée, devait inspirer la terreur aux ennemis. Elle maîtrise des fauves, comme la Maîtresse des Animaux sauvages, souvent identifiée à Artémis, et à la Grande Mère des Dieux, c'est-à-dire à Rhéa, épouse de Kronos, mère de Zeus et de divers autres Olympiens. La tête de Méduse, une des Gorgones, qui ornait le bouclier de Persée, renvoyait l'image d'un visage entouré de serpents à la bouche ouverte déformée et avide, dont le regard pétrifiait l'adversaire. Freud fait de cette figure la représentation du sexe de la mère, entouré de poils pubiens, provoquant l'effroi de la castration et sa représentation en son contraire par la multiplication.
L'évolution de l'homo erectus, lorsque l'homme s'est redressé debout au-dessus de la savane, a transformé à la fois l'inclinaison de son cerveau, mais aussi le sens de sa sexualité. Jean-Didier Vincent précise que, dans cette station verticale le sexe féminin qui était visible est devenu invisible. Ce sexe que même nue la femme ne laisse pas voir. Bien dissimulé sous le tissage des poils pubiens. Seul le sexe masculin est visible.
C'est en regard de leur angoisse pour un sexe féminin intérieur, invisible et irreprésentable que les filles et les femmes ont recours à un investissement de la « féminité ». Une féminité de surface, celle de la parade ou de la mascarade, celle des robes, talons, bijoux, parfums, maquillages. Si le surinvestissement narcissique des hommes porte sur le pénis, c'est leur corps tour entier que les filles et les femmes investissent, accroché à la réassurance du regard de l'autre. Cette féminité visible fait bon ménage avec la logique phallique. Elle consiste en effet à valoriser, selon le même modèle, ce qui se voit, ce qui se montre et s'exhibe, ce qui s'extériorise et a pour but de rassurer l'angoisse de castration, celle des femmes comme celle des hommes. Ce visible de la féminité est en fait un voile mis sur le creux informe, insaisissable, irreprésentable du sexe féminin, sur son inquiétante ouverture, sur ses débordements de liquidités, sur le sang qui s'en échappe. L'exaltation des rondeurs féminines, de la forme exquise du sein vient contre-investir cette angoisse de l'informe. Cachez ces poils ! La répression. Le tabou s'exerce alors sur l'objet qui est censé cacher, en lieu et place de celui qui doit être caché. S'agit-il d'un retour de l'élément refoulant en lieu et place du refoulé ? Je dirai qu'il s'agit davantage d'une répression. C'est la pilosité qui subit l'opération de répression de ce qu'elle était censée dissimuler. Encore la toison pubienne ! Le poil qui a marqué l'advenue de la puberté, du surgissement du sexuel génital recueille l'héritage de l'obscénité du sexe féminin. Ce qui est appât sexuel, ce qui doit demeurer caché se déplace sur les poils, sur les cheveux.
Une patiente musulmane qui présente un symptôme vaginique dit : « Quand on m'a coupé les cheveux, j'ai eu l'impression de ne plus avoir de sexe ». Sous le voile des musulmanes intégristes, aucun cheveu ne doit dépasser, aucun signe de tentation féminine ne doit être manifeste. Leurs pubis sont soigneusement épilés, rasés. Les femmes mariées dans la religion juive ont la tête rasée et portent perruque. Les inquisiteurs chasseurs de sorcières, au Moyen Âge, rasaient les femmes hystériques, supposées cacher le diable fornicateur dans leurs poils pubiens. Au Japon, paradis de l'industrie du sexe et des sex-shops, les poils pubiens sont encore aujourd'hui tabous : les films occidentaux sont censurés de mosaïques, livres et revues sont nettoyés de leurs détails hirsutes. Dans les années 1960, un cinéaste nippon fit scandale en filmant à la fois les poils pubiens et les aisselles de son héroïne. Signe d'érotisme. Apollinaire, dans les tranchées de 1915, écrivait à Madeleine : « Ta toison est la seule végétation dont je me souvienne ici où il n'y a pas de végétation ». Certains rites assimilent la chevelure, les poils pubères et le sang.
En 2010, le premier livre en français consacré à la pilosité féminine est enfin sorti ! Il s'agit de « Défense du poil - Contre la dictature de l'épilation intime », du journaliste Stéphane Rose, aux éditions La Musardine.
Voci la quatrième de couverture
Les sexes féminins foisonnants des années 70, c'est fini ! Après avoir plébiscité le maillot brésilien puis le «ticket de métro», en 2010, les femmes succombent en masse à l'épilation intégrale. Si la presse féminine en fait chaque semaine son beurre dans ses pages «beauté» ou «bien être», le phénomène mérite d'être sorti du cadre de l'intime pour être observé à l'échelle sociétale. Pornographie omniprésente, culte de la jeunesse, hygiénisme rampant, industrie cosmétique agressive se cachent en effet derrière le masque du consentement des femmes à se séparer des derniers poils qui leur restaient sur le corps. Amateur de sexes touffus et chantre de la diversité des corps, Stéphane Rose a mené l'enquête pour comprendre les raisons de ce tsunami dépilatoire. À la croisée de l'enquête journalistique, de l'éloge érotique du poil et du pamphlet sans concession, son livre se veut un plaidoyer pour la réimplantation des poils pubiens dans les petites culottes.
Voici ce que disait Stéphane Rose sur le site rue89
Camille : Quand as-tu commencé à réfléchir au poil comme un sujet engageant, sinon politique ?
Stéphane Rose : Pour être honnête, mon point de départ n'était ni engagé, ni militant : c'est juste le constat frustré d'un mec qui aime les poils pubiens, et qui à chaque fois qu'il découvre un nouveau sexe de femme, tombe sur un sexe épilé. J'ai donc cherché à comprendre pourquoi.
J'ai commencé, pour m'amuser, à mener une enquête sommaire dont les conclusions m'ont tellement effrayé que j'ai voulu en faire un livre.
En découvrant que l'épilation était utilisée comme une arme par diverses forces oppressantes et aliénantes pour l'humain (pornographie, presse féminine, industrie cosmétique, hygiénisme…), mon point de vue est devenu politique et engagé.
C: Penses-tu que les sexes tout épilés se veulent un rappel de la pré-puberté ?
SR: Non, car ce serait nier l'érotisme bien réel du sexe glabre. On peut très bien s'épiler en s'inscrivant dans une démarche érotique visant à s'offrir de nouvelles sensations et/ou en offrir à ses partenaires.
Mais, puisque le poil est un signe de la maturité sexuelle, s'épiler durablement et définitivement (comme c'est le cas quand on le fait au laser) signifie, il me semble, renoncer à cette maturité, bref devenir un perpétuel enfant.
Ce qui va bien dans le sens des courants hygiénistes qui nous contraignent à combattre les poils, mais aussi les rides, le gras et tout ce qui égratigne l'idéal juvénile associé au corps désirable.
Il est sincère : sa démarche n'est ni engagée, ni militante. C'est respectable mais un peu dommage. Cela donne l'impression qu'il ne parle des poils des femmes que du point de vue d'un homme, avec tout ce que cela comporte. Mais ce qui est regrettable, c'est que son livre ne traite quasiment que des poils pubiens, pas ceux des aisselles, des aréoles et des jambes, qui apparaissent pourtant à la puberté aussi. Car des défenseurs des poils pubiens, il y en a des masses. C'est bcp plus rare de trouver des hommes (ou des femmes) qui trouvent une charge érotique aux autres poils du corps féminin.
Voici son blog où il en parle, j'y ai d'ailleurs posté des commentaires, et des liens vers des sites parlant du livre
En 2007, une auteure anglaise a publié un livre intitulé : "The last taboo: women and body hair" de Karin Lesnik Oberstein, prof à l'unif de Reading (Royaume-Uni).
Il semble que ce soit le tout premier sur le sujet, peu importe la langue !
On peut voir la couverture ici
Commentaires à propos du livre :
This is the first academic book ever written on women and body hair, a subject which has, until now, been seen as too trivial, ridiculous or revolting to write about. Even feminist writers or researchers on the body have found remarkably little to say about body hair, usually not mentioning it at all. If women's body hair is noted, it is either simply to accept its removal as an inevitable aspect of female beautification, or to argue against hair removal as a return to a 'natural' and un-oppressed female body. The only texts to elaborate on body hair are guides on how to remove it, medical texts on 'hirsutism', or fetishistic pornography on 'hairy' women. 'The last taboo' asks how and why any particular issue can become defined as 'self-evidently' too silly or too mad to write about.
7. La PF dans les médias (hors cinéma)
Il y a un chapitre spécialement consacré au cinéma car c'est le premier média ayant diffusé des images à grande échelle et il a un rôle non négligeable dans la pilophobie actuelle.
Quels sont les autres médias ? Dans l'ordre chronologique d'arrivée, on peut citer les pubs dans la rue, les magazines féminins, la radio, la télé, Internet et très récemment, les téléphones portables.
Comme je l'ai déjà dit, la première pub pour un rasoir montrant une femme aux aisselles lisses remonte à 1915, aux USA. Je ne sais pas de quand date la première en Europe, sans doute dans les années 20 ou 30, étant donné qu'au cinéma en 1936, il y avait déjà des pubs incitant les femmes à enlever "les poils disgracieux".
Les premiers magazines féminins datent des années 1930, j'ignore si les femmes représentées montraient jambes et aisselles et dans ce cas, si elles étaient rasées. Si quelqu'un a des références, ce serait sympa de me les communiquer. Il est clair que depuis les années 1960, toutes les femmes qu'on voit dans ces revues sont lisses.
La radio a pris son essor avant la WW2, il y avait peut-être également des spots de pubs pour les rasoirs. Là encore, si quelqu'un a une référence, merci de me le signaler. Ce qui est intéressant, c'est de voir comment la radio devient un instrument de manipulation pilophobe. J'ai eu l'occasion d'écouter des radios libres de 2005 à 2007, le soir, dans des émissions selon le principe de "la libre antenne". C'est-à-dire que les auditeurs appellent pour parler d'un problème et l'animateur, ses collaborateurs et les autres auditeurs en discutent.
Les radios concernées étaient FunRadio, NRJ, Skyrock. Je précise que je les écoutais parfois dans les années 90 et le thème de l'épilation n'était jamais abordé.
Voici le compte-rendu d'une séquence d'une émission sur NRJ, un soir de 2006.
Un gars d'une vingtaine d'années (A1)téléphone pour se plaindre de "l'énorme touffe" (sic) de sa copine et demande comment faire pour la convaincre de s'épiler.
L'animateur principal qui s'appelle Michaël a 24 ans (M), il y a 2 autres animateurs et une animatrice. Je les appellerai NRJG ou NRJF (pour la fille). D'autres auditeurs (A2,A3) appellent ainsi qu'une fille (AF)
A1 : j'ai un problème, ma copine a une énorme touffe entre les cuisses, je trouve ça moche mais je l'aime et je tiens à elle
M : tu n'en as jamais parlé ?
A1 : non, je ne sais pas comment lui dire qu'elle devrait s'épiler sans la vexer
M : dis-lui que tu préfères quand c'est lisse, c'est surtout plus propre
NRJF : ça va pas non, ne lui dis surtout pas ça car elle va croire que maintenant, elle est sale
M : ouais m'enfin, c'est tout de même mieux
NRJF : ce n'est pas une raison pour dire que c'est plus hygiénique
NRJG : ouais mais moi, je me taille les poils du pubis, sinon, ça ressemble à une jungle et c'est plus propre
A2 : salut à tous, il n'a qu'à faire un jeu érotique en bandant les yeux à sa copine et en prenant une tondeuse
M : oui, c'est génial comme idée
NRJF : mais vous êtes dingues, elle va s'en rendre compte
NRJG : non, je trouve ça génial
A1 : ouais mais elle va entendre le bruit de la tondeuse, ça va pas le faire
NRJF : elle va surtout se rendre compte que tu lui coupes quelque chose et ça peut faire mal
AF : salut, j'ai 22 ans et je n'ai que le ticket de métro, si ta copine t'aime, elle devrait le faire par amour pour toi
M : ouais, c'est vrai ça, elle peut bien faire ça pour toi
A2 : j'ai dit ça à plein de meufs et elles se sont toutes épilées pour moi, je trouve ça plus propre
A3 : vous avez vu sur RTL9, ils passent des trucs pourris avec des femmes pleines de poils ("la série rose")
M : ouais c'est horrible mais bon, c'était à la mode dans les années 80
A2 : c'est quand mieux sans poils, c'est plus propre et plus érotique
M : ouais, moi je préfère le ticket de métro ou carrément, l'intégral. Tu te rends compte, tu tombes sur une fille super jolie, tu te retrouves au lit et là, tu vois qu'elle ne s'épile pas, ça me bloquerait complètement
Conclusion, l'auditeur allait essayer de le dire à sa copine de façon diplomatique.
Cela peut sembler anodin comme discussion mais si l'on regarde de plus près, on a droit à tous les clichés et on parle bien peu de la principale intéressée qui n'a peut-être pas du tout envie de s'épiler le pubis. C'est ça le plus terrible : au lieu de dire "es-tu sûr qu'elle a envie de le faire", on ne fait que lui conseiller plein de méthodes, dont certaines sont débiles.
On notera le fait que le gars dit l'aimer mais que ferait-il pour sa copine ? Arrêter de passer des heures sur sa console de jeu au lieu d'être avec elle ? Voir moins ses copains relous ? C'est à sens unique la plupart du temps, le gars débarque avec ses exigences (je veux que tu sois blonde, que tu aies des gros seins, que tu t'épiles, que tu sois mince) et "par amour", la fille n'a qu'à se plier. Pincez-moi, je rêve.
L'argument hygiène revient bien sûr et à part l'animatrice qui rouspète, les garçons ont l'air de trouver que oui, c'est plus propre.
Il paraît que les poils étaient "à la mode" dans les années 80, ils oublient que dans nos contrées, ça fait des millénaires que les femmes ont des poils au pubis et que c'est depuis 10 ans que ça change. Le mot "érotique" est lâché, pas un seul pour se rendre compte que le sexe épilé d'une femme est le même que celui d'une fillette.
On pourrait me dire "oui mais ce n'est pas représentatif". J'espère bien mais sur les autres radios, lorsque ce thème est abordé, c'est toujours le même topo. En sachant que ces 3 radios ont une audience assez importante chez les 12-25 ans, on peut s'inquiéter du lavage de cerveau permanent que subissent déjà les très jeunes.
On notera aussi que pour les aisselles, c'est plié, plus aucune femme d'une vingtaine d'années n'a de poils à cet endroit.
Je trouve normal qu'on dise "je préfère un pubis épilé parce que j'estime que c'est plus esthétique" mais c'est tout le discours autour que je ne peux accepter.
La radio devient donc un instrument de contamination mentale, avec un discours à sens unique, rejetant la PF avec tous les arguments idiots qu'on entend d'habitude.
La télévision s'est répandue dans les ménages européens dans les années 70. De nombreuses pubs étaient déjà diffusées, malgré le peu de chaînes. Paradoxalement, les pubs pour les rasoirs ou produits dépilatoires étaient très peu nombreuses, pour ne pas dire rarissimes. Mais le lavage de cerveau se faisait puisque toutes les femmes qu'on voyait dans les pubs étaient lisses, peu importe le produit vanté. Sans le vouloir, les vendeurs de voitures, de fromages, de savons, faisaient de la pub pour l'épilation en ne montrant que des femmes lisses. Le bombardement d'images a été crescendo dans les années 90 et c'est maintenant au tour d'Internet d'être contaminé par les stéréotypes misogynes.
Quand une firme de cosmétiques fait de la pub pour un rasoir féminin en disant réveillez la déesse qui est en vous, soyez belles, on dit aux femmes : avec des poils, vous êtes laides et en vous épilant, vous atteindrez la perfection. Chez une femme pas trop bien dans sa peau, ça marche à tous les coups.
Dans les pubs pour les produits dépilatoires, la femme est déjà lisse ! Comme si une pub pour une tondeuse à gazon montrait un jardin à l'herbe déjà coupée, ce serait aberrant. Alors que quand on voit une pub pour un rasoir masculin, l'homme y a une barbe de quelques jours. Les publicitaires censurent la PF, comme leurs lointains ancêtres.
Du coup, l'inconscient enregistre que "femme=aisselles lisses" et quand une "déviante" ose montrer des poils, cela provoque des réactions outrancières. Montrer la PF en Occident aujourd'hui, c'est un acte subversif.
Internet permet néanmoins d'avoir accès à des images de femmes naturelles mais ce sont bien souvent des sites à caractère érotique ou pornographique. Sur les sites "mainstream", les femmes sont minces, lisses et souvent blondes.
La censure est parfois là où l'on ne l'imagine pas, comme le démontre cet extrait d'un commentaire du forum des CdG, dans un sujet sur les poils féminins, en 2006
En parlant de pilosité féminine ça me rappelle quelque chose que j'ai vu en couverture d'un magazine. Un magazine sérieux , "L'Histoire" propose un dossier sur la prostitution. Sur la couverture un photo du début du XXème siècle, une femme qui a sa main derrière la tête. Je réalise qu'elle n'a pas de poils sous les bras, ça me paraît vraiment très bizarre... J'ouvre le magazine , quelques pages plus loin où ils présentent leur dossier il y a une reproduction en plus petit de l'image qui a servit à faire la couverture. Sur cette miniature , cette femme a des poils sous les aisselles :oS
Alors là, je dis c'est pas bien joué de la part d'un magazine qui se soucie de réalité historique de gommer ce détail.
C'est là qu'on voit le tabou dans toute sa splendeur, il est probable que les rédacteurs du magazine se sont dits "si l'on montre des poils en couverture, ça va faire fuir le lecteur potentiel". C'est une supposition mais je ne dois pas être loin de la vérité.
Il existe un blog consacré aux femmes gardant leurs poils aux aisselles : les ronds sous les bras
René, l'auteur du blog, y écrit quelque chose qui en dit long sur le tabou de la PF
Je suis très choqué ! Deux femmes sur trois s'épilent les aisselles tout le temps, deux sur dix uniquement quand ça se voit et une sur dix (voire!) ne les épilent jamais.
Le poil gêne, c'est évident, mais je n'imaginais pas que ça irait jusqu'à cet avertissement de Google qui dit:
"Le blog que vous souhaitez afficher peut comporter des éléments exclusivement réservés aux adultes."
cet avertissement est placé, habituellement, pour les sites pornographiques... comme s'il y avait des images tendancieuses sur mon blog !!
Dingue, non ?
Et oui, montrer les poils aux aisselles des femmes, c'est réservé aux adultes. On croit rêver.
Un autre blog du même genre : hairyarmpitswomen
Il y a régulièrement de nouvelles photos, de femmes lambda. On peut y voir de nombreuses Asiatiques, c'est la confirmation de ce que j'ai déjà constaté dans des docus, elles gardent souvent leurs poils. Certes, elles en ont moins que les Occidentales mais tout de même.
On m'a déjà rétorqué "je n'ai pas la télé, je n'écoute pas la radio, je ne lis pas de magazine, je ne vais pas au cinéma". Sous-entendu, je ne suis pas influencé-e. Oui mais non. Dès qu'on sort de chez soi, on est littéralement agressé par les pubs sur les murs ou les culs des bus. Il y a les femmes de l'entourage : mère, soeur(s), cousines, copines, etc. La pression est permanente et il est impossible d'y échapper.
Cela fait penser à ce qu'il se passe dans les pays intégristes comme l'Iran ou l'Afghanistan : étant donné que toutes les femmes y sont voilées, l'inconscient de tous les gens enregistre que c'est la norme. Du coup, dès qu'une femme non-voilée apparaît, c'est le tollé. La différence entre l'Iran et nos pays occidentaux, c'est que nous vivons en démocratie et on ne jettera pas de pierres sur la "déviante" montrant ses poils. Mais le raisonnement est exactement le même : on rejette une femme qui ne se plie pas aux injonctions machistes qui refusent que les femmes montrent des attributs de séduction ou carrément, des attributs sexuels. Je reviendrai plus tard sur le lien entre le voile islamique et la peau lisse.
La pub n'en rate pas une pour pousser les femmes à croire qu'être sans poils, c'est naturel.
2 chercheuses féministes, Merran Toerien et Sue Wilkinson expliquent ceci dans une étude sur la PF
That women must make both the effort to be hairless and make the state of hairlessness appear ‘natural’ is illustrated by a magazine advertisement for the Phillips ‘‘Ladyshave and Care.’’ Juxtaposing a picture of a woman’s shaved legs with one of a flower, the ad reads: ‘‘Nature has many surfaces that are smooth and soft. Just like a woman’’ (in Marie Claire, 1999, p. 119)
Traduction : Le fait que les femmes doivent faire l'effort d'être glabres et faire en sorte que l'état glabre apparaisse comme naturel est illustré par une pub pour un rasoir Phillips. En juxtaposant l'image de jambes féminines lisses avec une fleur, la pub dit : "La nature a beaucoup de surfaces qui sont lisses et douces. Exactement comme les femmes". (Marie-Claire, 1999)
Cette attitude est bien sûr typique de la pub, nous raconter des bobards mais dans le cas précis de la PF, cela s'inscrit dans le tabou et le lavage de cerveau car beaucoup de femmes ont tellement bien intégré la norme qu'elles disent sans sourciller qu'une jambe est naturelle sans poils !
La peau épilée n'est pas plus douce que la peau pas épilée, la perception est différente. Je fais référence à la douceur de la peau non épilée en la comparant à la chatte(l'animal), justement. A-t-on déjà entendu quelqu'un dire "j'ai rasé mon chat, il est plus doux maintenant" ? Et un crâne rasé, est-ce plus doux qu'une masse de cheveux ? Poser la question, c'est y répondre. Beaucoup d'hommes préfèrent toucher un duvet qu'un corps rasé ou épilé qui de toute façon, va finir par piquer. La sensation de "douceur" de la peau épilée/rasée est éphémère, la douceur du duvet ou des poils qu'on a laissé pousser est réelle, lorsqu'ils ont atteint leur longueur maximale.
En 2007, dans un dépliant du magasin Di (chaîne de produits cosmétiques en Belgique), voici comment on introduisait une pub pour des produits dépilatoires.
Depuis que la femme est... femme, elle n'a de cesse de vouloir éliminer ses poils disgracieux qui la rendent l'égale de l'homme, là où, précisément, elle ne souhaite pas l'être, c'est-à-dire sur les jambes, sous les aisselles et, horreur, au-dessus de ses douces lèvres. La nature, son alliée, lui offre le plus beau des présents dans cette lutte acharnée : la cire.
Tous mes efforts d'expliquer l'histoire de l'épilation réduits à néant en une phrase par ces marchands de crème. Ce sont les hommes qui ne voulaient pas que les femmes soient leur égale et non l'inverse ! C'est à croire que ces gens ignorent que la société était machiste et patriarcale et que donc, les femmes ne décidaient rien du tout. Puis, par une entourloupe, ils retournent la situation en évoquant un produit "naturel", la cire, comme pour faire passer la pilule avec l'argument écologique. C'est aussi la "nature" qui a fait que les femmes ont des poils, elle n'aurait pas pu faire en sorte que les femmes n'en aient pas ? Ah mince, non, comment on va vendre nos produits alors si les femmes étaient glabres ?
Dans une pub pour un rasoir féminin, Gillette diffusait un spot à la télé en 2007
On voit d'abord une femme qui court et ensuite, une femme qui chante avec des flammes à arrière-plan. La voix off dit
En chaque femme sommeillent force et passion, activez-les avec Vénus.
Puis, on voit une femme qui passe le rasoir sur sa jambe déjà épilée et la voix off dit
son gommage révèle une peau douce et lumineuse, vous vous sentez encore plus radieuse,
on voit alors plusieurs femmes aux aisselles épilées, au bord de l'eau, manifestement très joyeuses. En incrustation au bas de l'écran, on lit
révélez la déesse qui est en vous
Cette pub de 30 secondes seulement contient tous les clichés habituels associant le rasage à quelque chose de positif (force, passion, déité carrément). On remarquera que le mot rasage n'est pas utilisé mais plutôt gommage, on "gomme" les poils pour avoir une peau douce et lumineuse ?? La peau avec des poils peut aussi être très douce, imagine-t-on une pub incitant à se raser le crâne pour qu'il soit doux ?
Le message de fin indique bien qu'une femme épilée est une déesse, contrairement à celle qui a des poils qui n'est qu'une simple mortelle, je suppose.
En conclusion, les médias entretiennent le tabou ancestral. Il est hors de question de montrer la PF et quand on en parle, on s'en moque ouvertement. Au moment d'écrire ces lignes(début 2010), un documentaire consacré aux poils est diffusé en France : "Tous à poils !" d'Anne-Sophie Levy-Chambon, voici ce qu'elle dit après 10 minutes.
Et oui, la beauté est lisse, et même quand il ne dépasse pas, le poil dérange. Non seulement, on ne veut pas le voir, mais on ne veut pas non plus en parler. Dans mon enquête, j'ai sollicité toute la presse de charme et de beauté pour savoir si le poil était devenu interdit dans les magazines. Et personne n'a accepté de me rencontrer.
Je ne suis pas surpris de ce refus, même si son statut de journaliste aurait dû lui permettre d'ouvrir certaines portes. En tout cas, ceux qui doutent du tabou ou qui minimisent son importance ont maintenant une preuve formelle.
8. La PF au cinéma
Les organes génitaux de la femme ne doivent pas se traduire, sous une étoffe, ni en ombre, ni en sillon. Toute allusion au système pileux, y compris les aisselles, est proscrite.
Cette phrase est extraite du "Code Hollywood" (ou code Hays), une liste de recommandations mais surtout, de censure car le cinéma était considéré comme décadent.
Chaque nouveau média a été considéré comme subversif, dès son apparition. En effet, c'était l'inconnu et les puritains craignaient que ce média ne débauche les gens, les détourne de la religion, des "bonnes moeurs". C'était une vaste hypocrisie puisque la prostitution était autorisée et même encouragée, afin que les hommes puissent assouvir des fantasmes avec d'autres femmes que leur épouse, la sexualité avec celle-ci étant uniquement pour la procréation.
Donc, les premiers films sortent vers 1896 et dès le début, des "ligues de vertu" protestent. Voici ce que j'ai trouvé il y a quelques années sur un site anglophone.
I researched some of this for a gender communication class and thought it might be useful for you. Part of the pressures to get women to shave came from the "New York Society for Suppression of Vice" type organizations because they figured the best way to censor movies would be to make it so that movies could not show body hair on women. To get by this, some very smart movie people shaved the women there by getting away with more revealing clothing like what you mentioned.
Traduction : certaines pressions pour que les femmes se rasent viennent d'organisations comme la "Société New-Yorkaise pour la suppression du vice" (ou "légion de la décence") parce qu'ils pensaient que le meilleur moyen de censurer des films était d'interdire qu'on ne montre la PF. Pour éluder le problème, certaines personnes ont demandé aux actrices de se raser les aisselles et les jambes afin de révéler d'autres parties du corps.
Je rappelle qu'à cette époque, les femmes "de bonne famille" ne montrent même pas une cheville, c'est considéré comme choquant. Alors montrer les jambes ou les aisselles, c'est inconcevable.
Voici maintenant une explication sur ce qu'était ce comité de censure, écrit par Hélène Charlery.
William Hays est à l’origine du Code de Production qui formata le cinéma hollywoodien dans la première moitié du XXe siècle. En 1922, il fut nommé à la tête de la Motion Picture Producers and Distributors Association (MPPDA),organisation regroupant plusieurs producteurs et studios hollywoodiens désireux de faire taire les nombreuses protestations à l’encontre de l’industrie, que l’on jugeait alors pernicieuse et décadente. Afin de faire taire les critiques, William Hays établit en 1927 les « Don’ts and Be Carefuls ». Dans cette série de conseils et de recommandations, il regroupa les diverses objections faites dans les bureaux de censure locaux. Le cinéma n’étant soumis à aucune censure nationale, chaque État avait le droit de formuler des objections sur une oeuvre cinématographique et de créer un comité de censure au niveau local ou au niveau de l’État. William Hays prit judicieusement en compte les remarques de ces comités et imposa un contrôle lors de la lecture du script, avant la production et la réalisation du film. Il parvint progressivement à convaincre les producteurs d’adopter ces mesures. Ces derniers comprirent en effet rapidement que répondre aux attentes des censeurs avant la fabrication d’un film représentait des coûts moins importants que de procéder à la coupure des scènes, une fois le film réalisé.
En fait, chaque coupure de scène dans un film était facturée au réalisateur. Il prenait donc à la lettre toutes les recommandations dont certaines sont farfelues (pas de blasphèmes) et d'autres, racistes (pas de scène de baiser entre Noirs et Blancs).
Ce qui m'intéresse dans le code Hays, c'est évidemment la censure de la PF et on verra que cette censure existe encore, malgré la disparition du code Hays dans les années 50. C'est d'ailleurs le seul élément qui subsiste, ce qui peut sembler curieux mais en fait, ça s'explique par la censure ancestrale. Hays n'a rien fait de plus que les censeurs grecs et ceux du Moyen Age.
Ce qui fait que même dans les films muets des années 1920, les actrices ont les aisselles lisses alors que les femmes lambda ne se rasent pas encore régulièrement. Le cinéma est précurseur, en quelque sorte et comme c'est le seul loisir populaire et accessible à tous à l'époque, il fait rêver hommes et femmes. Les hommes aimeraient avoir comme femme telle ou telle actrice. Les femmes voudraient ressembler à une actrice et donc, commencent à se raser. En 1933 sort "King Kong" et Fay Wray, l'actrice qui joue le rôle de la femme capturée par le singe a les aisselles bien lisses.
On pourrait penser que ça ne concerne que le cinéma américain. Il n'en est rien car les réalisateurs européens, s'ils veulent voir leurs films projetés aux USA, doivent se soumettre au code Hays également. Ce qui donne des films français dont les actrices principales ont les aisselles lisses alors que presque aucune femme lambda ne se les rase ! Insidieusement, les Européens sont donc contaminés par le cinéma, qui représente évidemment une part de rêve, à cette époque tourmentée des années 30. Par contre, si l'on regarde bien les figurantes qui exposent leurs aisselles, on voit qu'elles ont des poils. Ce qui signifie que les actrices principales avaient des consignes à respecter mais on était moins regardant concernant les seconds rôles et les figurantes.
Dans les années 50, presque tous les films italiens montrent des actrices aux aisselles naturelles. Comme le code Hays meurt lentement, ça passe à Hollywood, même si certaines dents grincent. Par contre, dans les films français, c'est mitigé. Exemple, Brigitte Bardot qui n'a de poils aux aisselles que dans 2 films, un de ses premiers quand elle a 18 ans en 1952 et un autre en 1962, dans une scène probablement tournée une deuxième fois plus tard et elle ne s'était pas rasée car dans les autres scènes du film, elle est lisse. Très peu d'actrices françaises de l'époque arborent des aisselles naturelles. C'est le résultat du code Hays, les réalisateurs français ont pris l'habitude de s'y soumettre et ne changent pas d'avis malgré la disparition du code Hays.
Dans les années 70 et 80, on peut voir la PF de certaines actrices françaises : Jeanne Moreau, Bernadette Lafont, Béatrice Dalle, Sandrine Bonnaire, Juliette Binoche, Marie Trintignant, Isabelle Huppert, Emmanuelle Seigner. Ça fait jaser mais certains réalisateurs s'en moquent et transgressent le tabou. Malheureusement, ces mêmes actrices, dans les années 90 et 2000 ont perdu leurs poils.
Pendant ce temps aux USA, les aisselles restent bien lisses dans les films. Il faut dire que les Etasuniennes s'épilent de plus en plus. Mais dans les années 90, une étape est franchie dans l'intolérance. Hollywood a refusé qu'un film anglais ("The Winter Guest") soit diffusé aux USA car Emma Thompson y avait des poils aux aisselles ! Il fallait que le réalisateur retouche les séquences pour qu'on enlève les poils.
En janvier 1998, on lisait ceci dans l'Associated Newspapers Ltd.
Hollywood bosses are reported to have airbrushed Emma Thompson's underarm hair out of the film The Winter Guest, which premiered last night. The American distributors apparently found the sight of Emma's hairy armpits in the film a trifle distasteful and have called for the offending armpit hair to be airbrushed out.
Traduction : Les patrons hollywoodiens auraient fait effacer les poils aux aisselles d'Emma Thompson dans le film The Winter Guest, qui est sorti hier soir. Apparemment, les distributeurs américains ont trouvé un rien déplaisante la vue des aisselles poilues d'Emma dans le film et ont demandé à ce que ces poils d'aisselles choquants soient retouchés.
C'est de la censure avérée. Le pire, c'est que ces pontes ne sont pas du tout dérangés par des gens se faisant dézinguer dans des scènes gore. Mais quelques malheureux poils et c'est le scandale.
Puis, c'est au tour de Julia Roberts (JR) de subir les foudres de la presse après être apparue publiquement avec des poils aux aisselles.
Voici ce qu'on pouvait lire dans "The Sun" le 29 avril 1999, sous la plume d'Emily Simpson dans un article intitulé "Pitty woman"
When Julia Roberts, appeared in 1999 at a film premiere with unshaved underarms, her body hair - rather than her lead role in the film - became the focus of (negative) media attention. Tom Loxley, features editor of the magazine Maxim, was one of her many critics:
«What is Julia thinking? The only place men want to see hair is on a woman's head. Under the arms is unacceptable. From hairy armpits it is only a small step to The Planet Of The Apes.»"
Qu'on pourrait traduire ainsi: Quand JR apparut en 1999 à une première avec les aisselles non-épilées, c'est sa pilosité - plutôt que son rôle dans le film - qui a attiré l'attention négative des médias. Tom Loxley, éditorialiste du magazine Maxim, l'un de ses nombreux détracteurs disait :
qu'est-ce qu'elle croit Julia ? Le seul endroit où les hommes veulent voir des poils, c'est sur la tête d'une femme. Sous les bras, c'est inacceptable. Entre les aisselles poilues et la planète des Singes, il n'y a qu'un pas."
Je crois que s'il y a quelqu'un qui mérite d'aller sur la planète des primitifs, c'est bien ce triste sire et non une femme qui montre un des attributs de sa féminité. Je fais souvent allusion à une loi non-écrite interdisant aux femmes d'avoir des poils : la pensée de cet homme l'exprime clairement et il se permet de dire aux femmes ce qu'elles doivent faire pour "plaire" aux hommes. De plus, il parle au nom de tous les hommes et pense qu'ils ont tous le même avis, c'est significatif de la censure qui ne dit pas son nom. Pour mieux comprendre, il suffit d'inverser la situation : imaginons une journaliste qui dirait de Sébastien Chabal : "que croit-il, les femmes ne veulent que des hommes aux cheveux courts et sans barbe." On lui répondrait à juste titre qu'elle est mal placée pour parler au nom de toutes les femmes et que rien n'interdit aux hommes d'avoir des cheveux longs et une barbe fournie (ou le crâne rasé).
On voit bien que cent ans après les premiers comités de censure, rien n'a changé. Le code Hays est mort depuis longtemps mais les femmes n'ont pas le droit de montrer des attributs de féminité.
Autre exemple célèbre, Kate Winslet a les aisselles épilées, dans "Titanic" (la scène où Leonardo di Caprio la peint). C'est évidemment totalement anachronique. Le réalisateur James Cameron s'est posé la question de savoir si l'actrice devait apparaître naturelle, comme les dessins représentant des femmes nues qu'on voit dans la scène. Elle n'y voyait aucun inconvénient car elle avait déjà montré sa beauté naturelle dans d'autres films. Mais il a décidé que ce n'était pas "beau", que ça ne correspondait pas aux critères de notre époque. Il a surtout craint que son film ne passe pas car il sait très bien qu'à Hollywood, les poils qu'on voit pendant 10 secondes auraient éclipsé le reste du film.
L'actrice australienne Toni Collette a aussi subi les foudres d'Hollywood. En avril 2002, elle disait ceci, info trouvée sur le site imdb.com, la Bible du cinéma.
"I remember one time, when a big Los Angeles studio had serious concerns about my underarm hair. I was about to begin shooting a film and they wanted me to shave off my hair. I was told a series of hysterical meetings followed, because it's just not accepted in Hollywood that actresses should have hair under their arms. I wasn't fitting in with the norm."
Traduction : je me souviens qu'un grand studio de LA avait un sérieux problème avec mes poils aux aisselles. Je devais commencer à tourner et ils voulaient que je me rase. On m'a dit qu'une série de réunions hystériques ont suivi, car on n'admet pas à Hollywood que des actrices aient des poils sous les bras. Je n'étais pas dans la norme.
Malheureusement, les réalisateurs français ne font pas mieux, soit par ignorance, soit volontairement, quand il s'agit de tourner des films "historiques". C'est aussi anachronique de montrer une femme épilée jusqu'en 1960 que si elle avait un téléphone portable ou un piercing ! Ou bien, de voir "Les brigades du Tigre" avec des hommes sans barbe ou moustache. Tout le monde trouverait ce dernier cas aberrant et pourtant, personne ne réagit quand on voit des femmes du passé au corps lisse. Dans "Faubourg 36", il y a une scène dans un lavoir où les femmes sont sans manches et quand elles lèvent les bras, leurs aisselles sont lisses ! C'est invraisemblable. Quand on regarde les documents de l'INA de l'époque avec des "vraies" gens, on voit bien que les femmes ne s'épilaient pas. J'ai écrit à différents réalisateurs (pas facile de trouver leur adresse mail d'ailleurs) et certains m'ont avoué ne pas connaître ce "détail", ils pensaient de bonne foi que les femmes s'épilaient depuis toujours ! Même les historiens consultés ne le savent pas tous, comment en vouloir alors aux réalisateurs ?
En 2008, j'ai vu la BO du film "Les femmes de l'ombre", de J-P Salomé, censé se dérouler en 1944 et toutes les actrices sont épilées ! J'ai expliqué l'incohérence dans un mail à l'historien auquel le réalisateur a fait appel (Olivier Wieviorka, prof à l'ENS de Cachan) et il m'a remercié en disant que c'était très intéressant et qu'il allait l'envoyer au réalisateur. Ainsi, ils sont informés et j'espère que pour leurs futurs films, ils tiendront compte de ce "détail". En plus, les poils sont un accessoire gratuit, ça change des costumes et voitures anciennes.
Ce qui est surprenant, c'est que cet historien est présenté comme un spécialiste de la guerre. Or, il suffit de regarder les documents de l'INA datant de l'époque, montrant des femmes en maillot : il n'y en a aucune qui s'épile ! Cela en dit long sur le bourrage de crâne qui fait qu'on ne voit pas ce "détail", une amnésie qui est un résidu atavique.
Il y a d'autres incohérences, comme le feuilleton "Lost". Dans une interview, on demandait à l'acteur Josh Holloway s'il aurait pu faire la pub d'une marque de rasoir et il répond que non car dans "Lost", il a toujours une barbe de 3 jours et qu'il ne pouvait donc pas apparaître bien rasé, à moins que, pour être crédible, l'avion écrasé aurait dû contenir des tonnes de rasoir et de mousses à raser. Rien de particulier sauf qu'il ne parle pas des jambes et aisselles des femmes parfaitement lisses, le journaliste ne relève même pas. Preuve que la notion d'épilation pour les femmes est tellement bien intégrée que l'on ne voit même plus le paradoxe. Un peu comme si les poils des femmes ne poussaient pas sur l'île. Leurs vêtements sont déchirés, ils sont sales mais les femmes sont lisses ! A croire que le seul commerce sur l'île, c'est un salon d'esthétique.
C'est dans les documentaires qu'on voit encore de temps en temps des femmes aux aisselles naturelles. Ce sont de "vraies" gens à qui on n'impose pas de se raser, ce qui prouve que les femmes pas épilées existent, même si elles sont très minoritaires.
Concernant le pubis, le cinéma classique est le dernier endroit où l'on en voit des naturels, voir aussi ce que j'explique dans le chapitre sur la pornographie et les images érotiques. Les actrices "normales", dans les scènes de nudité frontale, montrent la plupart du temps un pubis naturel mais dans la jeune génération, il n'est pas rare de voir des pubis rasés. Je pense à Emma de Caunes, Sara Forestier, Marie Gillain, Linda Hardy, Verena Mundhenke.
Mais cette différence entre cinéma classique et porno étonne les fanas de l'intégrale. Voici une question posée dans un sujet ouvert en 2005 sur doctissimo.fr
Pourquoi quand on voit une comedienne nue au cinema elle a toujours des poils au minou facon annees 70 (gros barbu sans epilation)?
On voit directement le côté élégant (gros barbu) et aussi, la référence aux années 70, comme si les femmes s'étaient épilées depuis toujours, avaient stoppé en 70 et recommencé en 2000.
Une réponse loin de la réalité : j'ai lu qque part que c'est une sorte de "cache sexe" en faux poils.... pour respecter leur pudeur.
En fait, ce ne sont pas de faux poils, elles ne se rasent pas le pubis, tout simplement. Mais la jeune génération est tellement habituée à ne plus voir de poils pubiens qu'ils imaginent donc que les femmes plus âgées font pareil et que les réalisateurs sont obligés d'utiliser des faux poils.
Il existe une liste recensant les films où des actrices ont des aisselles naturelles, la Cinema Pitlist mais son auteur a arrêté en 2002. Il y a maintenant le complément à la Pitlist.
Il existe un blog qui répertorie les actrices ayant montré leurs aisselles naturelles dans les films, avec de nombreuses captures d'écran.
9. La PF hors de l'Occident
Je ne vais pas parler de chaque pays mais plutôt indiquer quelques tendances. En sachant que de toute façon, il y a partout des femmes qui ne s'épilent pas mais qui ne le montrent pas spécialement en public à cause de l'habillement.
En Europe orientale, les choses changent dans le mauvais sens. Pendant longtemps, les femmes ne s'y épilaient pas. Mais depuis les années 90, avec la chute du Mur, il y a eu contamination des esprits. Les femmes russes et ukrainiennes sont parmi les plus stéréotypées et celles qui essaient de trouver un mari en Occident sont toujours soigneusement épilées.
En Afrique, la situation des femmes poilues est particulière. Disons plutôt, l'Afrique Noire non musulmane.
Info trouvée sur un blog de France-Inter
Savez vous qu'au Cameroun les femmes "cultivent" avec fierté leur pilosité, considérée par les hommes, comme quelque chose de hautement érotique et excitant (poils solitaires sous le menton chez les femmes de notables des grandes chefferies Bamiléké, femmes aux torses velus). Mon exemple n'est pas une vue de l'esprit ou un fantasme comme on peut en entendre parfois, mais du vécu après trois années passées dans ce formidable pays.
J'en parlais sur un forum de simplicité volontaire avec une Blanche ayant vécu en Afrique qui disait ceci des Africaines
Je confirme qu'en Afrique c'est érotique les poils : plus elle en a, plus elle est belle !!! d'ailleurs les Africains recherchent les femmes qui ont beaucoup de cheveux (puisque forcément, dans la rue c'est la seule partie qu'on voit) dans l'espoir qu'elles soient aussi velues sur les jambes, les aisselles, le sexe, etc. Ils se moquent des blanches des magazines car ils trouvent ça ridicule le manque de poils, pas érotique du tout.
Je ne parle que de l'Afrique centrale : Congo-Brazzaville, Cameroun, Angola, Centrafrique et l'Ouest du Congo démocratique. Ces pays ne sont pas musulmans. Je ne connais pas bien les traditions des autres régions et en général elles sont très éloignées.
Autre témoignage
Une amie qui a vécu au Cameroun (il y a environ 20 ans) m'avait raconté que là-bas une femme qui avait du poil sur le torse en était fière et le montrait (dans son décolleté).
Voici le commentaire d'une Africaine qu'on trouve sur la page de témoignages du forum de MIEL, il date d'avril 2008
C'est avec beaucoup de plaisir que je suis tombée sur votre site.
En ce qui me concerne, je dois dire que ma pilosité n'a jamais été l'objet de complexe pour moi. Je suis originaire d'un pays de l'Afrique Centrale, où les femmes velues sont plutôt appréciées et filent souvent des complexes à celles qui sont dépourvues de poils. En tout cas, c'est assez courant de voir des femmes arborant sans complexe (voire même fièrement!) leur pilosité.
Personnellement, je n'ai pas une pilositié très "touffue", mais elle est par contre repartie sur au moins les 75% de mon corps. Et je dois même dire que depuis que j'ai eu la "stupide idée" d'enlever au "rasoir" 3 poils qui, à l'âge de 13 ans (j'en ai 29) étaient apparus son mon menton, j'ai maintenant et hélas, plus de 3 poils parsemés au menton et au cou ...
Ceci dit, même si je regrette beaucoup cette inconsciente erreur , j'ai fini par le prendre ainsi. Il m'arrive "très très occasionnellement", d'utiliser une crème dépilatoire pour mon menton et mon cou. Sinon, je n'ai aucune gène à me présenter "telle que je suis physiquement", les 98 autres pour cent de ma vie.
L'intérêt pour les avis d'autres personnes sur ce sujet, m'est recemment venu, car je suis fiancée à un français (qui d'ailleurs m'aime tel que je suis!) et je serai très bientôt appellée à le rejoindre; d'où ma curiosité de savoir comment réagissent "en général" les occidentaux à ce sujet, qui je le répète est complètement BANAL en Afrique.
C'est assez rassurant de voir que les mentalités évoluent et que la TOLERANCE, et LA NATURE reprennent leur ENFIN leur droit ...»
Dans d'autres pays non-musulmans d'Afrique Noire, comme le Liberia, la Côte d'Ivoire, le Bénin ou le Burkina Faso, c'est pareil. Mais il semble y avoir un retournement de tendance. Sur le forum de MIEL, un habitant du Burkina Faso expliquait en 2009 que de plus en plus de femmes "modernes" se rasent les aisselles, influencées par les images de femmes occidentales, ce sont plutôt les jeunes qui sont concernées.
Pour l'Afrique musulmane, j'en parle dans le chapitre consacré à la culture musulmane.
En Asie, il y a une certaine tolérance à la PF, pour ne pas dire une indifférence. Mais les Asiatiques ont globalement moins de poils que les Européens. En Chine et en Corée du Sud, la PF est acceptée et dans des documentaires tournés là-bas, j'ai pu voir plusieurs femmes de tous les âges ayant des poils aux aisselles, sans que personne autour ne semble s'en offusquer. On voit aussi des femmes épilées, il y a donc les deux, ce qui est bien pour la diversité.
En Inde, cela dépend de l'endroit. Là où il y a un climat tropical, hommes et femmes s'épilent les aisselles mais dans d'autres régions, les femmes gardent leurs poils car elles savent qu'ils ont un pouvoir érotique. On a un autre rapport à l'odeur dans ces contrées qu'en Occident. Mais les femmes sont pudiques et la tenue traditionnelle (le sari) cache les aisselles, c'est donc réservé à la sphère privée. Mais lors de baignades dans le Gange, on voit des femmes se dénuder partiellement et les poils sont alors visibles.
En Australie, il y a eu des résistantes à l'épilation mais malheureusement, comme les autres pays occidentaux, le corps des femmes y est maintenant souvent lisse. En Nouvelle-Guinée, dans certaines tribus, les femmes gardent leurs poils, comme j'ai pu le voir dans des docus récents (2005).
Le Japon a une relation particulière avec la PF, qui a été très longtemps interdite dans les films, ce n'est que depuis le début des années 2000 que l'interdiction a été levée, surtout pour le pubis. Un peu tard car à cette même époque, la "mode" des pubis épilés commençait. Les Japonais fantasment sur les fillettes et en sont fiers, les mangas ne montrent que des personnages androgynes, sans poils. C'est donc un des endroits du monde le plus allergique à la PF.
Le Canada vit une situation identique aux USA : il est virtuellement impossible d'y croiser des femmes pas épilées.
Pour l'Amérique Centrale et l'Amérique du Sud, je n'ai pas beaucoup de témoignages. Au Mexique à une certaine époque, les Mexicaines étaient fières de garder leurs poils pour se différencier des Indiennes qui en avaient peu. Cette époque est révolue. A Cuba, malgré l'extrême pauvreté des gens et le refus de la culture occidentale, les aisselles des femmes sont bien lisses.
A Haïti, la situation est différente. J'ai pu voir plusieurs fois des documentaires montrant des femmes pas épilées. Le récent tremblement de terre a fait qu'il y a eu chaque jour des images venant de ce pays et j'ai eu confirmation qu'elles s'épilent assez peu.
En Amérique du Sud, il y a le Brésil où toutes les femmes sont soigneusement épilées. Dans des pays plus pauvres comme le Paraguay, j'ai vu un reportage récent tourné à la campagne et les femmes y sont épilées également. Donc même quand on est pauvre et loin de la ville, l'épilation semble être pratique courante.
Si vous avez des infos précises sur une région du monde que je n'ai pas citée et où il y aurait des résistantes à l'épilation, merci de me le signaler.
10. La pornographie et les images érotiques
En tant que féministe, je suis choqué par la pornographie telle qu'elle est présentée depuis les années 90, via les chaînes câblées de la télé (Canal+ en France et en Belgique) et via Internet qui l'a fait entrer massivement et gratuitement dans les foyers. La pornographie n'a rien de choquant en soi mais comme je l'ai déjà dit maintes fois, nous vivons dans un monde patriarcal et les premiers producteurs de films X, dans les années 70, étaient des hommes de "l'ancien monde", formatés par l'idée que les femmes n'étaient que des objets sexuels.
Les premiers films X sont androcentrés (centrés sur le plaisir des hommes), sans surprise. On voit donc des femmes lascives, qui ne pensent qu'à se faire pénétrer et un homme viril, puissant, qui va les amener au septième ciel avec certitude. Ce qu'on ne montre pas, c'est la préparation nécessaire, surtout pour les femmes. Elles doivent subir des lavements, des lubrifications pour qu'au moment de la pénétration, ça ait l'air d'entrer tout seul.
Mais le machisme n'est jamais loin. Ainsi, l'éjaculation faciale n'est selon les psys qu'une atteinte à la beauté des femmes. Les hommes sont inconsciemment jaloux de cette beauté et en aspergeant de sperme le visage des femmes, ils détruisent symboliquement cette beauté. C'est une interprétation discutable mais elle cadre parfaitement avec la peur ancestrale que les femmes provoquent chez les hommes.
Pour ce qui est de l'épilation, la plupart des actrices ont les aisselles épilées mais pour le pubis, il est très souvent laissé naturel. Quoique. Dans le fameux "Gorge profonde", on voit Linda Lovelace se raser le pubis, c'était en 1972 !
Quand on sait qu'elle a été obligée par son mari qui était son producteur de subir les scènes de fellation, l'acte de rasage prend une autre signification. L'épilation pubienne a aussi son public, les SM, j'en ai déjà parlé dans le chapitre sexualité. Des producteurs tournent des films dit "normaux" mais aussi, des films SM, où l'on rase intégralement les femmes, en signe d'humiliation. Cela a malheureusement donné l'idée à certains d'entre eux d'introduire la pratique avant de la généraliser à tous les films et cela, dès le début des années 90.
Voici un extrait de ce que disaient les sociologues québécois Richard Poulin et Amélie Laprade à ce propos, en 2006, sur le site sysiphe.org, dans un article sur l'hypersexualisation des jeunes filles et l'infantilisation des femmes.
Une des techniques d'infantilisation (qui est apparue à la fin des années quatre-vingt) utilisée par la pornographie est l'épilation totale du pubis (acomoclitisme), comme si la femme mise en scène était d'âge prépubère. Cette technique a également pour fonction de mieux montrer les parties génitales, car la pornographie vise une « extrême visibilité » . Aujourd'hui, chez bon nombre de mes étudiantes de deuxième année universitaire, il est normal d'épiler le pubis. Pour des raisons d'hygiène, prétendent certaines, comme si le corps naturel de la femme était « sale ». Ce préjugé ne tombe pas du ciel, il suffit de regarder le nombre de publicités qui enjoignent les femmes de se laver, de se parfumer, de se « déodorer », de s'épiler, de tarir tout fluide émanant de leur corps, etc. Hier synonyme de sexualité chez les femmes, le poil pubien est désormais anti-érotique. Comme si la femme ne devait pas être une femme, mais se devait de rester fillette. De nos jours, les poils pubiens sont associés à la souillure, aux mauvaises odeurs. Le sexe glabre (ou presque) est une norme (10). En mai 1994, le magazine Vingt ans donnait déjà ses instructions pour l'épilation à la jeune fille qui, venant à peine d'achever sa puberté, se retrouvait à traquer ses poils pubiens.
Dans la pornographie actuelle, un pubis non épilé fait partie des bizarreries, au même titre que la zoophilie et l'ondinisme. Sur les sites pornographiques, cette catégorie est nommée « Hairy » en anglais et « Poilues » ou « Hirsutes » en français. Les marchands de pornographie constatent que les « cassettes de femmes poilues ne se vendent plus » .
Il faudrait un livre pour commenter ce passage. La catégorie "poilues" est aberrante puisque toutes les femmes ont des poils. Imaginerait-on une catégorie "femme avec 2 bras et 2 jambes" ou "femme avec des seins" ?
C'est clairement considéré comme du fétichisme. Or, le fétichisme est le fait d'attribuer un caractère érotique à ce qui n'en a pas, tout le contraire de la pilosité sexuelle, en somme. A la limite, le fétichiste est celui qui exige un pubis épilé.
On notera aussi le fait que dès 94, un magazine incite les jeunes filles à se raser intégralement, au moment où la pornographie a commencé son lavage de cerveau.
Qu'on ne se méprenne pas, je ne suis pas pour que toutes les femmes dans la pornographie et l'érotisme ne se rasent plus. Mais je pense qu'il est possible de trouver un équilibre entre les corps infantilisés et les corps naturels. Il y a bien des blondes et des brunes, des grandes et des petites, des gros seins et des petits seins, des piercings, des tatouages ou aucun des deux. Le seul point commun entre ces femmes, elles n'ont de poils que sur la tête et au-dessus des yeux !
Les partisans de l'intégrale évoquent souvent l'esthétique. Mais depuis quand décrète-t-on ce qui est esthétique ? N'est-ce pas subjectif ? Personnellement, je trouve qu'un pubis rasé n'est pas inesthétique mais il renvoie tellement à la fillette impubère que je suis incapable d'y voir un quelconque érotisme.
Parfois, les femmes gardent quelques poils, comme une espèce de caution pour dire "vous voyez, on n'enlève pas tout, on n'est pas des petites filles". C'est le ticket de métro, je préfère l'appellation plus réaliste de "moustache d'Hitler". Ce petit toupet est ridicule, on dirait un oubli, comme si la tondeuse était passée à côté.
L'expression "femme à poil" devrait d'ailleurs s'orthographier a-poil pour indiquer l'absence de pilosité.
En 2010, pour trouver des femmes naturelles dans la pornographie, il faut se rabattre sur des sites "spécialisés". Il y en a beaucoup, preuve que la demande est grande, alors pourquoi les producteurs de X n'incluent pas quelques femmes naturelles dans leurs films ? Pour les infantiliser, je ne vois pas d'autre explication. Certaines actrices se font aussi réduire la taille des grandes lèvres (nymphoplastie) pour justement, donner un aspect plus juvénile au sexe et ce, à la demande des producteurs. Mais certaines femmes réalisatrices de X, comme Ovidie, essaient malgré tout de créer une pornographie "féministe" où le plaisir n'est plus uniquement androcentré et où les femmes ne sont pas rasées intégralement mais c'est vraiment marginal et j'émets des doutes sur la démarche féministe qui pourtant, a sa place dans la pornographie et l'érotisme.
Dans les films X, les hommes ont souvent le sexe épilé mais la motivation est différente : le pénis paraît plus long sans poils. Cela entretient d'ailleurs le complexe de la taille chez beaucoup d'hommes mais c'est une autre histoire.
Dans l'article du magazine "Elle" de janvier 2010, on lit ceci
Comment l’uniformisation se propage-t-elle ? « Par les films pornos », disent en choeur les esthéticiennes de quartier, qui constatent une augmentation constante de la demande d’épilations intégrales ou sous forme de ticket de métro, et ce malgré la douleur. Toutes les clientes n’en sont pourtant pas des spectatrices assidues et peu d’entre elles les citent comme source.
Voici un commentaire assez lucide d'un homme sur son attrait pour les corps glabres, il vient d'un blog, en 2005.
personnellement j'aime le sexe de femmes épilé de maniére integrale ou avec juste un petit trait, je trouve cela excitant, cela est dut je suppose a ma découverte de la sexualité via magazine et autres filme classer x ou toute les femmes sont présenter ainsis...
mais je n'ais rien contre une femme non épilé a partire du moment ou c'est entretenue et couper court (trés court). pour ce qui est des aisselles et des jambes j'avoue étre plutot intransigeant... a blanc
Il est assez rare d'ailleurs de lire ce genre de témoignage. La plupart des hommes qui disent consommer des films X refusent de reconnaître l'influence de ceux-ci sur leurs goûts ou pratiques.
Pour les images érotiques, il s'est passé à peu près la même chose que pour les films X mais il est nécessaire de préciser le contexte historique.
En dehors de l'art, il n'y avait pas de poils représentés sur le corps des femmes mais il n'y avait pas non plus de fente vulvaire, comme si les femmes n'avaient pas le droit d'avoir un sexe ! Non seulement, on ne représente pas les poils mais même le sexe n'a pas voix au chapitre ! Cette négation même de la féminité est extrêmement grave, c'est comme une excision symbolique.
Aux USA, c'est au début des années 1970 que l'interdiction est levée et en France, c'est Giscard d'Estaing en 1975 qui a autorisé qu'on montre des poils pubiens et la fente vulvaire. Dans les années 1950 paraissait la revue érotique «Paris-Hollywood», une espèce de Playboy avant l'heure, voici une couverture datant de 1952. Mais elle ne publiait pas de photos sans les retoucher car il y avait une censure draconienne interdisant toute représentation du sexe féminin et de la toison pubienne. Les photos de femmes entièrement nues étaient retouchées et le bas du ventre des modèles apparaissait lisse et dépourvu de tout détail. Mais depuis le milieu des années 90, les pubis féminins perdent à nouveau leur toison dans ces magazines et dans les films X. On voit bien en quoi c'est un retour au puritanisme, la parenthèse pileuse aura duré moins de trente ans.
Sur la page wikipedia consacrée aux guerres pubiennes, on a le détail des dévoilements du corps des playmates, concernant Playboy et Penthouse, fin des années 1960.
Le site sexactu.com a analysé l'évolution des pubis féminins dans le magazine Playboy. On évoque les Miss Playboy des années 71 à 2008 avec une photo pour chaque année. L'article s'appelle la fin de L'origine du Monde, il y a ± 50 commentaires qui datent de 2008.
Voici comment le sujet est introduit
Ce site retrace l'histoire du pubis via l'évolution des playmates. Mise à plat, l'évolution est rapide. On peut la réduire à trois dates :
- 1992 : les playmates commencent à envisager de ratiboiser le buisson,
- 1999 : le ticket de métro devient la norme,
- 2005 : disparition totale du poil.
Et voici deux commentaires :
- Cette mode du pubis féminin rasé met en évidence un paradoxe apparent : sexuellement, les jeunes femmes n’ont jamais été aussi « impures » (multiples partenaires, diversification des pratiques sexuelles, etc.) et jamais elles n’ont essayé autant d’afficher leur « pureté » (vulve parfaitement épilée, port de pantalons d’un blanc immaculé, etc.). Souci de paraître plus pures et fiables qu’elles ne le sont réellement ? A méditer du point de vue de la psychologie évolutionniste.
- Le « déshabillage » du pubis et de la vulve a banalisé l’image des lèvres vaginales.
Les regards se sont neutralisés. C’est à dire, que comme pour les seins dénudées des femmes sur les plages, une norme s’est imposée, quand à la forme des lèvres montrables.
Ces lèvres, celles de la très grande majorité des actrices du cinéma et de la vidéo pornographiques, deviennent un exemple pour les autres femmes de ce doit être la conformation de la partie externe du vagin. Une manière en somme d’être « sexy » pour elles.
Les lèvres donc, se doivent d’être très fines et ne pas déborder de la vulve. Même le capuchon du clitoris ne doit pas être proéminent.
Ainsi, depuis quelques années s’est développée une chirurgie sexuelle. On réduit le bombement des lèvres à l’entrée du vagin, on enlève le capuchon du clitoris, on diminue même le volume apparent de la vulve. Ces opérations esthétiques paraissent de plus en plus demandées.
Dépouillée de sa pilosité, sa nudité réduite à la fleur de la peau, c’est comme s’il n’y avait plus rien que l’apparence. Si la révélation est absolue, elle semble s’accompagner d’un retour de l’inquiétude. Ce n’est plus une moralité tourmentée par le dévoilement impudique du corps mais la nudité devenue spectacle s’expose à l’évaluation esthétisante des regards.
Voici le lien direct vers les pages du Playboy
J'ai eu confirmation de la tendance vers le rasage intégral dans les images érotiques. Il y a une chaîne du groupe AB qui diffuse en Belgique des séquences érotiques venant d'un certain Louis de Mirabert, qui a d'ailleurs un site Internet. On y voit des femmes se caresser langoureusement dans un décor paradisiaque, parfois seules, parfois à deux ou à trois, un homme intervient de temps en temps mais on ne voit pas son sexe. Les femmes sont très différentes : des petites, des grandes, des Blanches, des Métisses, des Noires, des blondes, des brunes, des petits seins, des gros seins. Seul point commun : pas de poils aux aisselles, le pubis étant parfois avec le ticket de métro et même dans ce cas, les poils sont très courts mais bien souvent complètement lisse. Là, on n'est pas dans le porno puisqu'il n'y a pas d'acte sexuel et malgré tout, aucune trace de poil. On peut laisser des messages sur son site, j'en ai profité en 2007 pour dire que c'était bien de montrer des images érotiques mais je m'interrogeais sur l'absence de poils, mon message est resté une heure et a été supprimé ! Il était pourtant bref et pas du tout critique, je posais simplement une question. Comme quoi, ça dérange qu'on mette le doigt sur une certaine vision de "l'esthétique" des femmes et plutôt que de me répondre comme il le fait suite aux éloges d'autres gens, il a préféré éluder le problème. Cela rejoint ce que dit la réalisatrice du docu "Tous à poils !", une preuve de plus du tabou.
Autre confirmation grâce à Lila, une femme qui pose comme modèle pour des peintres et des photographes et qui a choisi de ne pas se raser le pubis. Elle a ouvert un sujet sur le forum de Miel en 2008. Je lui ai demandé si on lui faisait des remarques positives ou négatives sur son choix.
les remarques désobligeantes sont courantes des photographes et des autres modèles, certaines attaques vont très loin. Certains ont été jusqu'à me proposer de me raser avant la séance, comme si c'était un oubli involontaire de ma part ... charmant. Sur des commentaires sur mes photos, il n'est pas rare de lire, beau sourire ...blablabla ... mais tu aurais pu t'épiler tout de même. J'ai heureusement aussi beaucoup de photographes et de peintres qui m'ont encouragé.
J'ai aussi demandé si les autres modèles s'épilaient toutes, si elle avait vu une évolution les dernières années et si les remarques venaient plutôt des jeunes ou des plus âgés.
- Oui, la plupart des modèles ont le pubis épilé et de plus et plus , je m'explique : il y a de cela encore 3 ans la mode chez les modèles était le "ticket de métro", maintenant c'est la version zéro poil...
- Les remarques viennent de toutes les tranches d'âge mais à y réfléchir , les plus directes viennent des plus jeunes ( 20-30 ans )
- Pour l'évolution , oui, c'est très net, j'ai d'ailleurs bcq d'amis photographes qui sont dans le métier depuis plus de 25 ans et qui regrettent bcq la période naturelle.
Mais certaines transgressent le tabou des poils aux aisselles, comme Vita/Orlando, une étudiante qui pose pour des photos érotiques. Ce qui est étonnant et plutôt rare, c'est qu'elle se rase parfois le pubis intégralement, tout en gardant les poils aux aisselles.
Sur sa page d'accueil, elle dit ceci Mon corps est modifié par des tatouages et des piercings, je ne m'épile pas les aisselles, sauf si je le décide. Je n'entends pas être une belle femme lisse, les choses sont bien plus complexes que ça.
Je donne encore d'autres éléments à propos de l'épilation pubienne sur le forum de MIEL
Pour ceux qui n'ont pas l'habitude voir des pubis féminins au naturel, un blog en montre plus de 200, dans une pose proche de celle du tableau de L'origine du monde
Cela vaut la peine de parcourir plusieurs pages pour apprécier la diversité, la texture, la couleur, la forme des poils et dans la moitié des cas, les poils n'empêchent pas du tout de voir les lèvres.
Concernant l'influence des images porno et érotiques sur les esprits, j'y reviendrai dans le chapitre sur le libre arbitre mais aussi dans l'attrait pour les corps glabres.
11. L'attrait pour les corps glabres
Je veux une fente vierge et glabre.
Cette phrase terrible a été prononcée par Michel Fourniret, pédocriminel et assassin. Dutroux a dit quelque chose de similaire, dans les années 90. Quand on demande aux pédophiles pourquoi ils s'intéressent aux fillettes, la plupart disent être dégoûtés du corps des femmes, entre autres à cause des poils ! Bien souvent, ils ont une partenaire sexuelle adulte (voir Dutroux, Fourniret) mais préfèrent un corps impubère. D'où la question qu'on peut se poser sur l'attrait de certains hommes pour des femmes au corps lisse.
Il serait injuste d'accuser de pédophilie les hommes préférant un pubis épilé. Mais malheureusement, beaucoup d'hommes exigent que leur compagne s'épile intégralement et dans ce cas précis, je m'interroge sur l'équilibre mental de gens exigeant que leur partenaire soit lisse comme un enfant.
Il n'y a que les fillettes et les poupées qui n'ont pas de poils. Vouloir qu'une femme ressemble à une fillette ou à une poupée, ça ne me paraît pas très sain.
Je suis persuadé que des hommes fragiles, à force de voir partout des femmes adultes épilées dans les films X, ont franchi le pas en s'en prenant à des fillettes impubères. Ce n'est donc pas seulement un problème pour les femmes mais aussi, pour les fillettes. Certes, la pédophilie a toujours existé mais on connaît le pouvoir des images sur l'inconscient des gens. Faudra-t-il qu'un pédophile dise être passé à l'acte parce qu'il voit partout des femmes au pubis épilé pour qu'on prenne conscience du danger de cette médiatisation pour les petites filles ? Il est temps de responsabiliser les gens qui nous imposent des images d'infantilisation.
J'ai évoqué plusieurs fois cette phrase de Fourniret sur des sites de sexualité et d'épilation et les réactions ont été presque chaque fois virulentes, j'ai même été insulté.
Or, je posais la question suivante
La prochaine fois qu'un homme me dira qu'il est excité par un pubis féminin épilé, je lui dirai "ça te fait quoi de partager le fantasme de Fourniret ?".
Certes, la phrase peut être considérée comme provocatrice mais c'est volontaire. En fait, c'est dans l'inconscient que le fantasme est pédophile, je suis certain que la plupart des fanas des pubis épilés n'ont pas de pulsion pédophile. Mais il faut rappeler que la pédophilie et l'inceste ont été des pratiques courantes pendant des siècles, les hommes seraient donc imprégnés par atavisme de cette "habitude" de fantasmer sur un corps impubère. La vue du corps sexué leur fait peur, le corps épilé les rassure car n'est pas une menace pour leur autorité de mâle.
Je précise que ce n'est pas mon point de vue personnel mais celui de nombreux sexologues, psys et sociologues. Je pense que les réactions virulentes à mes propos dénotent un problème. En effet, si l'on me disait "ne seriez-vous pas fétichiste ?", je ne vais pas m'énerver, je vais expliquer en quoi le fétichisme ne peut concerner la PF. Donc, ceux qui m'ont insulté auraient peut-être dû réfléchir au lieu de se précipiter sur leur clavier. La violence est un aveu de faiblesse, qu'elle soit physique, verbale ou même virtuelle.
A la décharge des jeunes hommes nés dans les années 1980, ils n'ont bien souvent jamais vu de femmes avec des poils aux aisselles et pour le pubis, ils n'en ont vu que dans des films mais pas dans la vraie vie. Comment savoir s'ils apprécient les poils puisqu'ils n'en ont jamais vu ?
L'anthropologue Christian Bromberger le confirme dans son livre Trichologiques - Une anthropologie des cheveux et des poils, sorti en 2010, voici un extrait venant d'un article de La Tribune de Genève
Mais ce qui prévaut pour l'homme ne fonctionne pas pour la femme. La tendance chez ces dames est à l'extermination totale du poil corporel. Tant et si bien qu'une grande majorité de mâles de moins de 25 ans avoue n'avoir jamais connu, au sens biblique, de femme non épilée. Choix délibéré ou diktat de la mode, de la publicité, des hommes? Souci d'hygiène? Influence de la pornographie?
Ce qui signifie que pour les hommes nés après 1985, il y a réellement rupture avec ceux nés avant cette date : ils font partie de la génération n'ayant connu que des femmes a-poil.
Voici l'extrait d'un article datant de 2009 du site secondsexe.com intitulé Les poils au purgatoire, c'est une esthéticienne qui parle.
Elles me demandaient au départ cette épilation pour faire plaisir à leurs partenaires car l’idée les excitait, eux, terriblement. La première fois, elles venaient donc pour lui, aujourd’hui elles reviennent pour elles. Car comme elles disent toutes « L’essayer, c’est l’adopter! ». Elles se sentent plus douces, plus propres (image persistante du poil, c’est sale). Elles constatent aussi, pour leur plus grand plaisir, que leur sexe épilé attire les caresses et la langue. Car leurs partenaires se livrent à beaucoup plus de cunnilingus qu’auparavant. Cette année, on me demande de plus en plus de maillot intégral, c’est-à-dire sans un seul poil.
Je trouve pathétique que des femmes soient obligées de se raser intégralement pour que leur partenaire daigne faire un cunnilingus. Je connais plein d'hommes que les poils n'ont jamais gênés quand il s'agissait de donner du plaisir à leur femme. Cette obsession hygiéniste montre bien l'influence des publicités et l'atavisme qui associe les poils à l'impureté, la saleté.
Confirmation sur des blogs, en 2006.
C'est nettement plus agréable de faire un cunni ou une fellation à une personne épilée. Pas de cheveux sur la langue, moins d'irritation au visage.
C'est aberrant. L'irritation au visage, c'est possible si l'on est en pleine repousse, comme une barbe de 3 jours. Mais si on laisse pousser plusieurs semaines, ce sera très doux.
Par contre je suis vexée : un mec m'a constaté aujourd'hui "t'as des poils au cul"
Quel poète, cet homme. Mais lui aussi, il a des poils au cul, je pense. Quel est donc le problème ?
Ca me rappelle cette fille vraiment jolie à la piscine l'annee derniere. Je la vois de dos. Un maillot de bain remontant bien sur ses hanches, elle se retourne et là, l'horreur totale... La pilosité débordant complètement du maillot de bain, les dessous de bras dans le meme état. Les poils pubiens étaient longs, noirs, le vrai tablier de forgeron... Bon certains aiment, mais là il y a des limites tout de même... Ou alors je ne suis pas tolérant du tout.
Un éclair de lucidité à la fin de ce témoignage qui est à vomir. Parce que je préfère un corps naturel, je dépasse des limites ? Ce ne serait pas plutôt lui qui dépasse les limites en exigeant d'une femme qu'elle s'enlève les poils du corps ? Pourquoi tant de haine pour cette femme et de mépris pour ceux qui préfèrent le naturel ?
Suite à l'article dans "Le Monde" en 2005 (dont j'ai cité un extrait dans le chapitre sur la sexualité), Mademoisellek a posté ceci sur son blog.
Les poils de la femme font l'objet d'une censure universelle liée à la repression sexuelle feminine et la peur "inconsciente" de "ce continent noir" (comme disait Freud). Il est remarqué d'ailleurs que depuis que l'art existe, le pubis de la femme n'a été représenté que lisse et pur. On peut comprendre alors le scandale que suscita "l'origine du monde" de Courbet.
Le problème est que depuis la nuit des temps (et donc dans l'inconscient collectif) la toison pubienne a été gommée de toutes les représentations symboliques et artistiques (ô peché mortel), comme si la femme ne pouvait exprimer à travers sa toison sa part de sauvagerie et d'animalité (tout cela est tres subtil). Le diktat des pubis imberbes dans les films porno n'est que le pendant extrème de tout cela (femme objet, femme soumise).
Je souligne bien que je ne suis pas contre les pubis nubiles, chacune fait comme elle le sent pour se sentir bien dans sa peau ou pour être tel objet du désir de, satisfaire tel fantasme...
Si cela continue comme ça, viendra le temps où garder ma légère toison pubienne deviendra une affaire de rebellion et d'insoumission à l'ordre établi!
Selon moi, l'epilation totale témoigne justement de la peur du sexe feminin : "rase-toi, comme ca je vois où je mets ma queue, ton sexe n'est plus un mystère, il n'est plus sauvage, il est dévoilé, je le controle, je le possède, il est lisse et sage comme une image, une image d'epinal d'une petite fille sur lequel j'ai tout pouvoir...". Et en cela, l'on comprend pourquoi l'epilation est souvent de rigueur dans les jeux SM...(et bien pire, dans le porno).
Bref je comprends que cela soit un fantasme, un rituel sexuel, un rituel hygiènique, mais "c'est ce mouvement de masse" qui me gene et que je tente d'analyser.
En 2006, la sexologue Jo Anne Baker australienne disait ceci
Personally, I think it's unfortunate that many men equate beauty with what a girl of 14 looks like rather than the true beauty of a ripe woman who has natural body hair.Healthy female hormones lead to hair growth, which is raw, earthy and sexy. It's a shame that our society indulges men their emotional immaturity.
Traduction : personnellement, je pense qu'il est dommage que tant d'hommes trouvent que la beauté doit être comme celle d'une ado de 14 ans au lieu d'aimer la vraie beauté des femmes qui ont naturellement des poils. Les hormones féminines en bonne santé génèrent la pousse des poils, ce qui est cru, grossier et sexy. C'est une honte que notre société incite les hommes à laisser libre cours à leur immaturité émotionnelle.
Tout le monde a entendu parler des "Monologues du vagin" d'Eve Ensler, voici un extrait qui démontre l'intransigeance et l'égoïsme d'un homme qui préfère le pubis rasé, on n'est pas loin du sadisme.
On ne peut pas aimer un vagin si on n'aime pas les poils. Bien des gens ne les aiment pas. Mon premier et unique mari les détestait. Il disait que ça faisait désordre. Que c'était sale. Il m'a fait raser mon vagin. Il avait l'air bouffi, tout nu comme celui d'une fillette. Mon mari, ça l'excitait. Quand on faisait l'amour, mon vagin ressentait ce que doit ressentir une barbe. C'était bon qu'on le gratte, et douloureux en même temps. Comme quand on gratte une piqûre de moustique. On aurait dit qu'il était en feu. Il avait des bosses rouges sanguinolentes. J'ai refusé de le raser de nouveau.
Puis mon mari a eu une liaison. Quand nous avons fait une thérapie de couple, il a déclaré qu'il allait voir ailleurs parce que je refusais de le satisfaire sexuellement. (…) Pourquoi je ne voulais pas satisfaire mon mari ? Je lui ai répondu que je pensais que c'était étrange. Je me sentais comme une petite fille quand je n'avais plus de poils en bas, là. Je ne pouvais m'empêcher de parler avec une voix de bébé, la peau s'irritait et aucune crème n'y faisait rien. Elle m'a répondu que le mariage était un compromis. Je lui ai demandé si le fait de se raser mon vagin empêcherait mon mari d'aller voir ailleurs.(…)
Cette fois-là, quand nous sommes retournés à la maison, c'est lui qui a rasé mon vagin. C'était comme si la thérapie lui avait valu un bon point. Il a fait quelques estafilades, et il y a eu un peu de sang dans la baignoire. Il ne l'a même pas remarqué, tant il était content de me raser. Puis Plus tard, quand il s'est collé contre moi, j'ai senti ses poils, piquants comme des épines, dans mon vagin tout gonflé. Il n'y avait aucune protection. Aucune toison.
C'est alors que j'ai réalisé que les poils ont une raison d'être - c'est la feuille autour de la fleur, le jardin autour de la maison. Il faut aimer les poils pour aimer les vagins. On ne peut avoir l'un sans les autres. De plus, mon mari n'a jamais arrêté d'aller voir ailleurs.
Dans le chapitre sur les hommes qui préfèrent la PF, on peut lire le commentaire d'une femme qui compare deux amants, l'un qui préfère sans poils et qui est intolérant si elle n'est pas parfaitement épilée et l'autre, qui lui conseille de laisser vivre ses poils.
Voici un article de Clara Lys, datant de 2008, intitulé pubis mon amour et qui montre bien tous les clichés sur les poils ou leur absence.
Ou comment une histoire de poils révèle notre profil sexuel.
J'avoue, mes poils pubiens, ils sont passés par toutes les phases. De la forêt amazonienne lorsque j'étais encore vierge à l'épilation intégrale à présent.
...
On choisit la forme qu'on veut (un coeur si ça nous chante), la longueur de poils qu'on préfère, on peut le percer (si, si), le tatouer et même, le teindre. En gros, il est loin le temps de L'Origine du monde de Courbet. Moi je dis, « montre moi ton pubis, je te dirai qui tu es ». Et même si c'est la partie de peau la mieux cachée de notre corps, les filles en parlent entre elles super naturellement : « et toi c'est quelle forme ? ». A force de conversations multiples sur le sujet avec des femmes de tout ages et tout horizons, je me suis dit qu'on pouvait donc établir un profil sexul selon la forme de poils choisi, mais oui.
Le choix du « tout naturel » : Tu sors avec un quinquagénaire, éduquée aux films pornos des années 70 ou les femmes portaient toutes très naturellement leur poils pubiens sans complexes. Pour toi, le sexe, c'est un truc un peu roots, un peu crade, un peu 1968 power, tu aimes les odeurs, les poils et le contact de la sueur. Alternative : tu es une coincée qui ne s'est jamais posé la question de l'épilation puisque tu couches tellement peu que « à quoi bon ? » (dans ce cas, nous nous demanderons si tu ne t'épiles pas puisque tu couches peu, ou si tu couches peu puisque tu ne t'épiles pas).
...
Le choix de l'isocèle : Tu as une sexualité développée, sinon, jamais tu t'emmerderais à faire un triangle bien proportionné avec tes poils de pubis. Tu as un certain goût pour l'exotisme et tu es dominatrice. Les mecs, tu les aimes plutôt soumis (forcément), plutôt basanés, et plutôt chauds du phallus. Entre deux margharitas (ta boisson favorite) tu as vécu des moments muy caliente, et tu en vivras encore quelques uns.
Le choix du « rien du tout » (aussi appelé « la moule à zéro »): Tu es une actrice porno. Si non, tu en as maté des dizaines, et les pubis imberbes sont devenus ta référence en matière de pubis sexy. Croqueuse d'hommes (bah ouais ça t'as inspiré tous ces films), tu niques à tout va et dans toutes les positions. « Anal, vaginal, buccal » font partis de ton vocabulaire quotidien, et tu connais le nom des hardeuses qui ont sorti un bouquin. Le sexe est pour toi tout aussi culturel et fascinant que la littérature. Ton style de mec, c'est juste le chanceux qui sera là au bon endroit et au bon moment, parce que quand tu as envie de sexe, ça n'attend pas. Alternative : Tu as 8 ans.
J'ai rarement vu autant de clichés. En gros, garder ses poils, c'est être rétrograde, c'est forcément avoir un partenaire de plus de 50 ans ou ne pas avoir de partenaire.
Mais même pour celles qui s'épilent intégralement, c'est abominable d'écrire des choses pareilles. La fin de la tirade est terrible "tu as 8 ans". Je me demande s'il faut prendre ça au 36ème degré mais j'ai bien peur que cette personne ne l'ait écrit au 1er degré.
A noter le sujet de conversation entre filles "et toi, c'est quelle forme ?". Il n'y a pas de quoi faire avancer la cause des femmes.
Encore un article plus récent, dans un journal belge, intitulé Customiser son sexe, c’est tendance
Aujourd’hui, le sexe s’habille de bijoux, de couleurs, de motifs… Il s’épile aussi. Ainsi, réservée il y a encore quelque temps aux actrices de films X, l’épilation intégrale des parties génitales est aujourd’hui largement pratiquée.
Plus qu’une mode, elle est aussi une source de confort et d’excitation.
En effet, caresses, pénétration, stimulations clitoridiennes ou vaginales, les sensations ressenties sur un pubis épilé sont nettement plus intenses et érotiques. La peau lisse et nue décuplerait les perceptions tactiles, en plus d’offrir une esthétique excitante.
L'épilation, source de confort ? C'est le monde à l'envers. Source d'excitation ? Ça dépend pour qui.
Un pubis de fillette qui offre une esthétique excitante ? C'est Fourniret qui écrit l'article peut-être ?
12. L'hirsutisme
Voici une explication médicale sur l'hirsutisme et l'hypertrichose.
Les hyperpilosités définissent les états dans lesquels il existe un excès de poils corporels. Il est cependant capital de différencier hirsutisme et hypertrichose.
L’hirsutisme
Il s'agit de l'existence d'une pilosité dans les zones normalement glabres chez la femme : la face, la poitrine, la ligne ombilico-pubienne, les faces internes des cuisses, mais aussi les fesses, les épaules, le dos, les autres parties des membres. La topographie est dite « masculine ». Cette pilosité dépend de l'action des hormones mâles ou androgènes dans les cellules de la peau qui contrôlent la pousse du poil.
L’hypertrichose
Elle correspond simplement à une pilosité excessive dans des territoires cutanés qui ne dépendent pas de l'action des androgènes. Il s'agit d'une pilosité sans caractère masculin, de l'ensemble du corps ou des membres seulement (en particulier des jambes, des avant bras). Ces hypertrichoses ont un caractère ethnique, souvent familial. L'hirsutisme répond bien à un traitement hormonal. En revanche, il n'y a pas à envisager de traitement hormonal en cas d'hypertrichose. Il n'y a pas non plus d'examens complémentaires à effectuer en cas d'hypertrichose. En cas d'hirsutisme, au contraire, il est nécessaire d'envisager avant toute prise en charge thérapeutique une exploration endocrinienne.
D'autres infos médicales venant du site gyneweb
On désigne par hirsutisme tout excès de pilosité chez la femme. En fait, I'hirsutisme ne représente, au sens strict, que l'un des trois degrés de l'hyperpilosité féminine; on distingue en effet, par importance croissante:
L'hypertrichose simple: exagération de la pousse pileuse dans les régions normalement pileuses chez la femme;
L'hirsutisme proprement dit: apparition d'une pilosité dans des zones normalement glabres chez la femme, faite de poils dits " testoïdes ", car épais et drus; lorsque cette pilosité devient importante au point d'évoquer la pilosité masculine, on parle de virilisme pilaire;
Le virilisme enfin, qui associe au virilisme pilaire d'autres signes de masculinisation de l'organisme féminin.
Nous envisagerons, en fait, dans ce chapitre, toutes les exagérations de la pilosité féminine, quel qu'en soit le degré, car elles posent les mêmes problèmes.
Le plus souvent sans gravité en elle-même, cette anomalie est, en général, très vivement ressentie par la femme qui en est atteinte, tant pour des raisons symboliques qu'esthétiques; c'est pourquoi certaines patientes sont prêtes à tout pour en être débarrassées.
Pour le médecin, le problème se pose différemment: cette anomalie estelle ou non l'expression d'un désordre endocrinien ? Et, dans les deux cas, que proposer à cette femme ?
On peut évaluer le score de l'hirsutisme selon un tableau très clair, c'est-à-dire, attribuer des points à chaque zone poilue et en fonction de la quantité de points additionnés, on peut constater un hirsutisme léger, modéré ou sévère.
J'ai posté un sujet concernant l'hirsutisme sur le forum de Miel
Je vous invite à le lire pour comprendre la souffrance des femmes atteintes par cette maladie. Il est parfois question de suicide, tellement la vie de certaines femmes ressemble à un enfer, dans notre civilisation pilophobe. Alors qu'en Afrique, elles seraient probablement vénérées.
13. L'épilation des hommes
Au cours du temps seuls les dieux étaient habilités, avec les rois, à porter une barbe. Le poil était considéré comme le symbole de la virilité. Si aujourd'hui se couper la barbe est devenu banal, ce petit geste ne fut pas toujours aussi anodin. Au Moyen-Âge, les vainqueurs coupaient la barbe aux vaincus pour les humilier et rendre leur défaite plus cruelle. En effet, enlever les poils, symboles de virilité, signifiait clairement que les vaincus, déshonorés, perdaient leur dignité d'homme et que l'on pouvait faire ce que l'on voulait d'eux.
Extrait du site filsanté
C'est un peu sommaire et incomplet mais ce qui m'a interpellé, c'est la référence aux dieux et aux rois. On voit aussi que couper la barbe est une humiliation, comme l'épilation forcée du temps des anciens Grecs. Il y a aussi les hommes d'Eglise qui portent la barbe, pour se démarquer des autres hommes.
Voici maintenant une explication de 2 chercheuses féministes, Merran Toerien et Sue Wilkinson, en 2003 dans une étude intitulée "Gender and body hair: constructing the feminine woman" (le genre et la pilosité : construire la femme féminine).
Typically, however, the equation between hair and strength has been associated with men. The Kenyan Masai, for example, are thought to hold that their chief will lose his power if he shaves his face, and there is a Roman saying which translates as: ‘‘The hairy man is either strong or lustful’’ (Cooper, 1971, p. 56). Similarly, orthodox Jews regard the beard ‘‘as a sacred token of both strength and virility’’ (Cooper, 1971, p. 41). Hairiness as a symbol of masculine strength is also evident in the mythology of various cultures: Cooper (1971, p. 43) asserts that ‘‘[t]he fierce, the frightening, or the abnormally strong. . . have all been hairy. The biblical Samson, the Assyrian Gilgamesh, the Phoenician Melkarth, and the Greek Hercules. . . are all emanations of the same hairy myth. . . all were men of prodigious strength, and all are represented in their different cultures in the same basic way, as powerful, hirsute, and bearded’’ (emphasis added).
The widespread association between male body hair and fertility/virility (Cooper, 1971; Firth, 1973; Synnott, 1993) may partly be explained by the ability of hair to re-grow, coupled with the appearance of body hair only as sexual maturity is reached. However, given that both women and men grow body hair at puberty, why is the association made between hair and specifically male fertility and power?
Traduction : Cependant, l'équation entre pilosité et force a été associée aux hommes. Les Masai du Kenya pensent que leur chef perdrait sa force s'il se rasait le visage, il existe un dicton romain disant "l'homme poilu est fort ou lascif". De même, les Juifs orthodoxes voient la barbe comme "un signe sacré de force et de virilité". La pilosité comme symbole de force masculine est aussi prouvé dans différentes cultures. Cooper indique que "le féroce, le terrifiant et l'anormalement fort ont tous été poilus. Samson dans la Bible, l'Assyrien Gilgamesh, le Phénicien Melkarth, et le grec Hercule sont tous des émanations du même mythe poilu. Ils étaient tous des hommes à la force prodigieuse et sont tous représentés dans leurs différentes cultures d'une même façon comme puissant, hirsute et barbus".
Le lien répandu entre la pilosité masculine et la fertilité ou la virilité peut être expliqué en partie par la capacité du poil à pousser à nouveau, couplé avec l'apparence de la pilosité seulement quand la maturité sexuelle est atteinte. Cependant, étant donné que hommes et femmes ont des poils qui poussent à la puberté, pourquoi associe-t-on la pilosité avec la fertilité et la puissance masculines ?
Pour moi, la raison est simple : c'est le patriarcat qui l'a décidé puisqu'il régnait à l'époque. Les hommes étant supérieurs, on attribuait à leur barbe (que les femmes n'ont pas) un statut de virilité, en ayant la mémoire sélective sur les autres poils sexuels que les hommes et les femmes ont en commun. C'est un raccourci opportuniste, rien de plus. Si je rappelle tout cela, c'est pour bien faire comprendre que dans l'inconscient collectif, toutes ces idées farfelues sont encore bien ancrées.
Mais la barbe n'a pas toujours été bien vue. Dans la Grèce antique, les hommes ont voulu ressembler à Alexandre le Grand qui se rasait plusieurs fois par jour. De même, chez les Romains et les Egyptiens, la barbe n'est pas très répandue et la pilosité corporelle non plus, du moins dans la couche élevée de la société. En fait, la barbe est portée par les "Barbares" envahisseurs, les peuples venus du Nord, qui font peur. Ce qui veut dire qu'il y a eu une admiration pour la barbe à une certaine époque et un rejet à une autre époque.
On pourrait penser que le fait que les hommes aussi s'épilent soit un problème dans le combat contre l'épilation imposée aux femmes. Il n'en est rien.
Mais d'où vient cette "mode" d'épilation des hommes depuis le début du 21e siècle ? Pour eux, c'est une mode qui a commencé avec le coming-out des gays(fin des années 90), ce qui a donné naissance à un néologisme, les "métrosexuels". Parmi les gays, certains "prenaient soin" de leur corps en se rasant. Or, ils sont beaucoup plus présents dans les médias depuis une dizaine d'années. Il y a donc eu une imprégnation inconsciente des esprits, sans parler évidemment des films X où l'on ne voit que des corps imberbes. L'industrie cosmétique, ayant fait le tour du corps des femmes où il n'y a plus rien à enlever, a sauté sur l'occasion pour s'attaquer aux hommes. Ce qui nous donne maintenant des tondeuses pour le corps des hommes. L'industrie cosmétique a fait passer la "pilule" sans que personne ne s'aperçoive du stratagème mercantile.
Les hommes ont toujours pu faire ce qu'ils voulaient de leurs cheveux ou de leurs poils, les garder ou les enlever, sans que personne ne soit dérangé(hormis les régimes intégristes). Voir la mode de la barbe ou de la moustache chez beaucoup de jeunes actuellement.
Mais du coup, l'équation "poils = virilité" tombe à l'eau. Ces hommes sont-ils "féminins" car lisses ? Je ne crois pas. On a donc trouvé un autre argument, l'hygiène. Les poils, c'est "sale". Voilà comment en 10 ans, on a zappé des milliers d'années sexistes interdisant aux femmes d'arborer publiquement des signes de maturité sexuelle.
Cette pirouette est pour moi capitale dans la déconstruction du mythe de "virilité" autour des poils. Quand j'étais plus jeune, les femmes invoquaient le côté masculin pour justifier l'épilation des aisselles et des jambes. Mais aujourd'hui, les hommes s'épilent, le raisonnement ne tient plus. Il y a un glissement inconscient qui se produit chez les femmes et les poils deviennent subitement sales et non plus masculins. Il y a bien sûr l'hygiénisme grandissant dans les médias mais ce n'est pas la seule explication.
Je considère donc que la situation des hommes permet de mieux comprendre celle des femmes par rapport aux poils, c'est un argument choc. On tolère maintenant que les hommes gardent leurs poils sur le corps ou les enlèvent, même les cheveux ont cette liberté. Mais pour les femmes, rien n'a changé, c'est même pire qu'il y a 20 ou 30 ans.
Certains disent que la pression sur les hommes est identique à celle sur les femmes. C'est évidemment absurde. J'en veux pour preuve qu'à la plage ou à la piscine, on voit les deux : des hommes épilés et des hommes avec tous leurs poils, sans que personne ne s'offusque de l'un ou l'autre choix.
En rue, je croise sans arrêt des barbus, beaucoup plus qu'il y a 10 ans, par exemple. Certes, pas une barbe de 3 mois mais malgré tout, une barbe de quelques semaines.
On pourrait s'interroger sur la préférence des femmes pour les hommes lisses ou velus. Or, Sébastien Chabal semble être très apprécié par les femmes. Mais le chanteur de Tokio Hotel, Bill Kaulitz, a aussi ses groupies. Il est pourtant l'opposé de Chabal car il avoue s'épiler intégralement et il a un look totalement androgyne. Certaines femmes sont donc capables d'apprécier un extrême et d'autres femmes l'autre extrême, sans que ça ne choque personne. Le jour où une femme célèbre arborera sa PF sans que personne ne trouve rien à redire n'est pas près d'arriver.
Ce qui est désolant, c'est que l'égalité hommes-femmes à laquelle j'aspire en prend un coup avec l'épilation masculine. J'ai vu des hommes à 4 pattes ou en position gynécologique pour se faire arracher les poils du sillon inter-fessier, ce n'est pas vraiment comme ça que j'imaginais l'égalité. Je pensais plutôt à une liberté pour chaque sexe de faire ce qu'il veut de ses poils mais ce sont seulement les hommes qui ont maintenant ce choix.
Voici le commentaire d'Anaël, se présentant comme un garçon gay sur son blog, en 2006.
Mais au fond que reproche-t-on à ce survivant de l'âge du feu ? Rien à vrai dire. Il s'agit là tout simplement d'une question d'esthétique, d'hygiène et de propreté. Les femmes y voient même l'occasion d'une certaine vengeance après tant d'années passées cloîtrées dans leur salle de bain. Elles ont saisi l'opportunité de voir les hommes souffrir pour être beau, et se réjouissent via un plaisir et une satisfaction plus ou moins sadomasochistes : "Viens que j'épile ton torse et que je brûle tes tétons avec mes bandelettes de cire brûlante..." L'homme tremble, sa position de mâle dominant est bel et bien remise en question..
On voit bien comment certaines femmes ont envie de "vengeance", ce qui démontre que l'épilation n'est pas vue comme une activité banale car si réellement elle l'était, ces femmes n'auraient pas envie de se venger sur les hommes. A noter la référence à l'hygiène et à la propreté. Comment n'y avais-je pas pensé plus tôt ? C'est tout simple, pourtant.
Sur le blog d'Hélène, dont je parle plus bas, une femme faisait le même constat que moi, en 2008
Ben ouai je trouve qu’imposer les même diktats du corps aux hommes ben c’est pas signe de progrès social. Un peu le nivellement par le bas en quelque sorte. On aurait pu en tant qu’êtres intelligents s’affranchir des impératifs physiques contre-nature, ouai on aurait pu… Sauf que non à la place on en ajoute d’autres à une frange de la société qui avait pour le moment été à peu près épargnée… Moi j’dis chapeau bas…
Ceci dit j’ai bon espoir qu’après qqes siècles de tortures commune, homme et femmes finissent par envoyer bouler de concert tout ces trucs (auxquel je dois bien avouer je me conforme bien sur au même titre que tout le monde en tant que bon petit animal social…;-))
La féministe Anji, dont j'ai parlé en introduction, disait ceci sur son blog (voir lien plus loin)
What about hair removal in men? No conversation on this subject is complete without someone piping up with “But what about men? They have to shave their faces - isn’t that equally as unfair?” No. It’s not. Men have a wide range of acceptable choices of styles for the hair on their faces just as they do for the hair on their heads. They can shave it all off, grow it all, grow a goatee, grow a moustache, style it and trim it and wax it, and still fall within the boundaries of ’socially acceptable’. People do not look with repulsion at a man’s beard as they do at a woman’s leg hair. Women are given only one choice deemed ‘acceptable’ - hairlessness. If women as standard grew hair on our cheeks and chins, we would not be given the same options with it as men are (i.e. it being socially acceptable to remove it, grow it or anything in between), we would be compelled to remove it all - the same double standard which currently applies to the hair on the rest of our bodies when compared with that on men’s bodies.
Traduction : qu'en est-il de l'épilation chez les hommes ? Aucune conversation sur l'épilation des femmes n'est complète sans que quelqu'un ne dise "Mais les hommes ? Ils ont à se raser le visage, n'est-ce pas aussi injuste ?" Non, ça ne l'est pas. Les hommes ont un large éventail de choix pour les poils du visage, comme pour les cheveux. Ils peuvent tout raser, laisser pousser les cheveux, laisser pousser une barbichette, une moustache, la styliser, la tailler, l'épiler et malgré tout, être toujours dans les frontières du "socialement acceptable". Les gens ne regardent pas avec répulsion la barbe d'un homme comme ils regardent les poils aux jambes d'une femme. Les femmes n'ont qu'un seul choix acceptable : le glabre. Si nous les femmes avions des poils qui poussaient sur le torse et les joues, nous n'aurions pas les mêmes options que les hommes (c'est-à-dire que ce soit socialement acceptable de les enlever, les laisser pousser ou n'importe quoi entre les deux), nous serions forcées de tout enlever, le même double standard qui s'applique au reste de notre pilosité, comparée à celles des hommes.
La notion de double standard est fréquemment utilisée par les féministes pour expliquer que sur un même sujet, il y a une énorme différence entre hommes et femmes. Dans le cas qui nous occupe, les hommes font à peu près ce qu'ils veulent de leurs poils et cheveux (et c'est tant mieux, je suis pour la diversité) alors que les femmes n'ont qu'une option pour les poils : tout enlever. Quelqu'un a parlé de "liberté de choix" pour les femmes ?
14. Les hommes qui préfèrent la PF
Ils semblent peu nombreux dans ce monde pilophobe mais si l'on creuse un peu, c'est plus compliqué. Il y a ceux qui ont toujours été attiré par les femmes naturelles, dès l'adolescence. C'est mon cas. A l'époque, je n'osais pas en parler, persuadé que c'était quelque chose d'anormal. Sans que personne ne m'ait rien dit, j'étais déjà imprégné de la pilophobie ancestrale. Grâce à Internet, j'ai découvert que ces hommes sont finalement assez nombreux. Il y a ceux qui ont connu des femmes épilées et qui rencontrent un jour une naturelle et pour qui, c'est la révélation. Il y a ceux dont la compagne s'épile, parfois pendant des années et ensuite, arrête de le faire. Ou alors, la compagne s'épile en été mais pas en hiver. On voit bien que la situation est complexe.
D'après les témoignages de nombreuses femmes qui ne se rasent pas les aisselles en hiver, leur compagnon ne s'en préoccupe pas vraiment. Il n'en parle pas, la plupart du temps, c'est une forme de tolérance. D'un autre côté, si l'on aime quelqu'un, on doit l'accepter tel qu'il est mais certains hommes mettent la pression en permanence pour que leur compagne soit mince, maquillée, habillée "sexy", épilée, en string, avec des hauts talons, etc.
Ceux qui revendiquent ouvertement l'attrait de la PF face à leur compagne ne sont pas si nombreux, les autres semblent s'en accommoder.
Début 2006, Nair, une firme de cosmétique a fait un sondage Ipsos sur l'épilation
Une des questions est particulièrement intéressante
«La réaction des hommes si leur compagne cessait de s'épiler»
"Et si demain la femme de votre vie décidait d'arrêter de s'épiler, quelle serait votre réaction la plus probable ?"
Cela ne vous plairait pas du tout : 57% chez les hommes de 15-25 ans, 42% chez les plus âgés
Cela vous serait égal ou vous amuserait : 43% chez les hommes de 15-25 ans, 54% chez les plus âgés
Il faut rester prudent avec les sondages, on peut interpréter de mille façons les résultats. Mais cette question prouve tout de même que les hommes ont une capacité d'adaptation, s'il s'agit de la femme de leur vie. On est loin de l'unanimité qui transparaît dans les médias.
Quand on évoque la PF en groupe, les réponses sont très différentes que quand on en parle en tête-à-tête. En groupe, il est très rare qu'un homme dise ouvertement "je suis pour que les femmes gardent leurs poils". On va le taxer de fétichiste.
Quand on est en tête-à-tête, beaucoup d'hommes avouent être indifférents au fait qu'une femme soit épilée ou pas. Et beaucoup de femmes disent que pour elles, c'est une corvée dont elles se passeraient bien : ça fait mal, ça coûte cher, ça prend du temps, ça pollue puisque tous les produits dépilatoires sont très polluants, etc.
Donc, il y a deux discours, un public et un privé, c'est normal avec les thèmes tabous.
Dans un article sur le site de la BBC consacré à la PF, un homme a posté le commentaire suivant :
I love hairy women. I find it very natural and very attractive. Blokes I know feel the same so it's so sad that many women feel the need to conform with peers instead of giving the men what they want - curvy, natural and hairy instead of thin, cosmetic and hairless. Dan, Cambridge, UK
Traduction : j'aime les femmes poilues. Je trouve que c'est très naturel et attirant. Des potes ressentent la même chose, c'est dommage que beaucoup de femmes sentent le besoin de se conformer aux habitudes d'autres femmes au lieu de donner aux hommes ce qu'ils désirent : des courbes, du naturel et des poils, au lieu de la minceur, des cosmétiques et le côté glabre.
En tant que féministe, je suis un peu choqué par la façon dont il parle des femmes mais dans le fond, il a raison.
Commentaire de yojimbobo sur un blog, en 2006
J'ai haï cet homme qui comptait les poils que je n'avais pas vu et pas pû enlever.
Comme j'ai aimé cet homme qui me disait de les laisser pousser en toute tranquillité. Qu'ils avaient le droit de vivre eux aussi leur vie de poils!
Ce commentaire est très intéressant. Il montre bien que celui qui préfère les corps glabres est impitoyable, il ne tolère pas que cette femme ait "oublié" l'un ou l'autre poil. Tandis que celui qui la préférait au naturel a suggéré qu'elle laisse pousser ses poils qui avaient aussi le droit de vivre leur vie. Je ne vais pas généraliser à partir du vécu de cette femme mais il faut bien constater que les hommes préférant le naturel sont souvent beaucoup plus tolérants que ceux qui préfèrent les corps glabres. Car quand on exige que l'autre se soumette à un rituel, il y a une part de violence dans cette demande.
Comme je l'ai dit plus haut, dans la tranche d'âge des hommes nés après 1980, la PF semble être quelque chose d'inconnu et du coup, à rejeter. Mais on ne peut généraliser, plusieurs hommes dans cette tranche d'âge avouent avoir une préférence pour les corps naturels.
15. Le libre arbitre et l'influence des images
Et nous savons bien que quand un conditionnement nous arrange nous ne sommes pas pressés de le remettre en question, au point de ne même pas vouloir le regarder en face.
Extrait d'un sujet du forum des CdG, en 2006. Cela s'applique à beaucoup de domaines mais surtout, à l'épilation, pour les femmes qui disent "non, non, je ne suis pas du tout influencée, je m'épile pour moi et pas pour les autres".
Le Moi n'est pas maître en sa demeure.
Cette phrase est de Sigmund Freud, elle exprime clairement que nos pensées sont parasitées.
Ce chapitre est un des plus importants. En effet, parmi celles qui s'épilent, un certain % refuse catégoriquement l'idée d'une pression extérieure, qu'elle soit d'une personne ou de la société. Or, nous sommes imprégnés de la culture dans laquelle nous vivons et depuis une trentaine d'années, avec la prolifération des images, envahissant même nos téléphones, il est impossible d'échapper aux conditionnements. Les gens qui refusent de reconnaître la pression extérieure pensent que s'ils le faisaient, ce serait considéré comme un aveu de faiblesse. Il n'en est rien. Ce n'est pas moi qui le dis mais les psys qui étudient le fonctionnement de l'inconscient.
Au contraire, reconnaître qu'on est en partie influencé permet de prendre du recul et de s'interroger. Est-ce vraiment ma pensée profonde ? Ai-je vraiment envie de faire cet acte ? Ne suis-je pas influencé depuis mon enfance pour penser de cette façon ? Voilà les questions qu'il faut se poser.
Je suis moi-même "victime" du conditionnement et je n'ai aucune peine à le reconnaître. Mais tous les jours, je me bats pour essayer de ne pas me faire avoir et de garder mon libre arbitre. C'est une lutte quotidienne, tellement les sollicitations sont nombreuses.
Voici maintenant de quoi mieux comprendre comment fonctionne le conditionnement.
- Aux USA, de nombreux hommes sont fascinés par les armes à feu, avec les dérives meurtrières qu'on connaît.
- En Iran, des femmes manifestent pour le port du voile et insultent celles qui ne le portent pas.
- Au début du 20e siècle, quand on demandait aux femmes occidentales comment elles voyaient leur avenir, la plupart disait "j'espère épouser un homme avec une bonne situation, avoir des enfants et les élever à la maison".
Quel est le point commun entre ces 3 faits qui n'ont pas l'air d'avoir de rapport ? L'imprégnation et le conditionnement dès l'enfance de concepts machistes. Ces Américains, ces Iraniennes et les femmes des années 1900 répétaient ce qu'on leur avait dit de penser, que ça se soit passé consciemment ou non, il n'est pas toujours nécessaire d'ouvrir la bouche pour transmettre des injonctions.
J'ai déjà vu plusieurs reportages où des petits garçons de 4-5 ans aux USA sont initiés aux vraies armes à feu. Moi aussi, j'ai joué avec des revolvers en plastique mais je ne suis pas devenu un tueur ou un type fasciné par les armes pour autant. Les Iraniennes ont baigné dans un climat où le voile est permanent et les femmes occidentales ne voyaient que d'autres femmes à la maison.
Ça fait penser à ces femmes et jeunes filles anorexiques qui disent ne pas du tout être influencées par les médias, qu'elles maigrissent car elles "aiment ça". C'est le même déni que celles qui disent s'épiler par choix. La différence, c'est qu'on ne croit pas un instant l'anorexique mais qu'on croit l'épilée.
On peut aussi parler du syndrome de Stockholm, lorsque des otages prennent fait et cause pour les ravisseurs alors qu'ils ne sont la plupart du temps pas du tout concernés par la cause de ces gens. On est bien là face à un envahissement des pensées qui empêche de voir la réalité, tout en croyant que c'est la pensée intime. C'est très intéressant à étudier mais c'est un autre débat.
Pour celles qui invoquent le libre choix, voici une situation fictive qui fera réfléchir.
Imaginons que vous ayez un rash (inflammation) à une aisselle. Le dermato interdit rasage ou épilation mais c'est l'été et vous avez réservé dans un hôtel. Il y a 3 solutions.
1) Vous annulez vos vacances
2) Vous partez mais vous restez en t-shirt à manches
3) Vous assumez vos poils car vous vous moquez du regard des autres
Si vous choisissez l'option 1 ou 2, c'est que vous tenez compte du regard des autres, vous avouez par la force des choses que vous n'êtes pas libres de choisir.
Si vous choisissez d'assumer, vous avez une "bonne" raison de garder vos poils, un problème médical. Mais croyez-vous que ceux/celles qui vont vous traiter de yeti penseront un instant que vous ne pouvez pas vous épiler ? Où est le libre choix dans ce cas précis ?
Une femme de 18 ans racontait l'anecdote suivante sur le forum de MIEL en 2008
Je n'arrive pas à y croire, aujourd'hui la petite fille que je garde et qui vient d'avoir 7 ans s'est rendu compte que j'avais des poils aux aisselles et sa réaction m'a laissé bouche bée, elle me dit : "Oh t'as des poils!!!" je lui dit que oui et la elle me dit "Mais...T'ES UN HOMME!!!!!" alors je lui explique que non que les femmes aussi ont des poils que c'est naturel et la elle me sort "Bah non maman elle en a pas!!!!", j'ai eu beau lui dire que c'est parce que sa mère les enlève elle reste persuadée que sa mère n'a pas de poils
Ce témoignage est très intéressant car il prouve que les enfants sont attentifs au corps de leurs parents et en tirent des conclusions.
Cette petite de 7 ans est déjà imprégnée complètement de la pilophobie ambiante et il est probable qu'on ne lui en ait même pas parlé mais elle voit ce que fait sa mère, elle ressent ses pensées (les enfants sont très sensibles aux pensées des gens ayant une influence sur eux). Quand elle sera adolescente et que ses poils pousseront, elle aura l'impression que c'est d'elle-même qu'elle décidera de s'épiler alors qu'elle a subi un lavage de cerveau depuis sa naissance. Et à 18 ans, elle tiendra le même discours que celles qui invoquent la mode et le "libre choix".
Témoignage posté sur le forum de simplicité volontaire, en 2007, qui rappelle le précédent
J'ai eu l'occasion l'année passée de donner un cours d'éveil musical à des petits de 3 à 7 ans. Après deux ou trois cours, ils m'ont dit que je ressemblait à une sorcière :-), à cause de mes longues jupes, et parce que j'ai des sourcils noirs et des poils au dessus de la lèvre. Et je ne vous dis pas quand ils ont entraperçu mes jambes : "eh, mais.... tu as des poils sur les jambes?" Ils en étaient extrêmement étonnés. J'ai bien compris qu'ils n'avaient jamais vu ça. Ce n'était pas jugeant du tout, mais ils étaient très surpris.
Toujours sur le forum de MIEL, une femme de 24 ans expliquait en 2007 que suite à l'arrêt de son épilation du pubis à cause d'une infection due à cette épilation, son copain ne voulait plus faire l'amour !
Comme beaucoup de femmes, je m'épile plus pour ne pas subir le regard des autres que par confort. Je déteste ça et d'ailleurs, je ne le fais pas à la cire car c'est beaucoup trop douloureux et comme Pierre le disait plus haut, je ne vois pas ce qui m'obligerais à subir ça. Reste que j'ai un copain très exigeant en la matière, autant résumer ainsi : poils=on ne fait pas l'amour.
Du coup la question est la suivante : à quel point doit on remettre en question une relation, et potentiellement 80% des relations amoureuses ou sexuelles qu'on est amenées à vivre, pour se libérer de ce diktat du poil? Il est là, le vrai poids social, plus que dans le regard d'inconnus sur la plage, à mon sens.
Quelques jours plus tard, elle disait ceci
j'ai eu le courage d'aborder la discussion avec mon copain... et ses réctions sont très bizarres! En effet, il a pleinement conscience de faire partie de la génération canal+, et que le fait de s'épiler intégralement est une question de mode, mais il n'est pas prêt à le remettre en question pour autant... Il est très bloqué sur cette question du poil, pour lui c'est sale et moche, bref, vous connaissez le discours. Il a même été jusqu'à me dire que son ex s'épilait le pubis à la cire, et qu'il ne comprenait pas pourquoi, si elle le faisait, moi je n'en était pas capable... Bonjour les oeillères!! Dommage car c'est quelqu'un qui est capable de se remettre en question sur plein d'autres sujets...
L'anecdote suivante est vraiment révélatrice de l'influence des images sur les pensées, on la trouve sur plusieurs blogs et sur wikipedia.
L'histoire la plus incroyable est celle du critique d'art anglais Ruskin, célèbre pour avoir défendu les artistes préraphaelites. Quand il épouse la belle Effie Gray en 1848, Ruskin est vierge. Il n'a jamais vu de femme nue, autrement qu'en statue. Le soir de la nuit de noces, il est horrifié de ne pas trouver, sous les jupes de son épouse, le renflement marmoréen, l'abricot imberbe auquel il s'attend. Cela gâche leur mariage. Six ans plus tard, Effie Gray demande le divorce au motif qu'elle est toujours vierge. Dans une lettre écrite à une amie, Effie raconte l'humiliation atroce que représente l'examen gynécologique : elle a dû révéler au regard la monstrueuse difformité dont elle se croyait atteinte. Son mari l'avait convaincue que les poils faisaient d'elle un monstre.
J'ai vu en 2008 une rediffusion d'une émission de Jean-Luc Delarue ("Ça se discute") consacrée au premier rapport sexuel. Des jeunes témoignaient de ce qu'il a représenté pour eux. Il y avait aussi un éducateur qui va dans les lycées pour expliquer l'anatomie, le maniement des préservatifs, la prévention contre les MST. Il disait qu'un jour, un jeune homme se plaignait d'avoir mal vécu son premier rapport car il pensait que la fille était malade. Sa "maladie", c'était ses poils pubiens. Il n'en avait jamais vu sur le corps d'une femme car il n'avait que les films X comme seule référence.
C'est un témoignage très intéressant car ce genre de remarques était impensable il y a 10 ans. Cela montre bien l'influence sournoise des images sur les gens, avec des conséquences concrètes très dommageables. Ce garçon est totalement dans l'inversion de la réalité. En effet, ce sont les femmes malades ou vieillissantes qui n'ont "naturellement" plus de poils. Ce que Ruskin a vécu au 19ème se répète, de façon très étrange, 150 ans plus tard.
Concernant "L'origine du monde" de Courbet, j'ai entendu sur une radio belge en 2009 une femme parler de l'expo au musée d'Orsay où ce tableau est exposé. Elle disait qu'en plus de ce tableau, il y en avait beaucoup d'autres de femmes nues et épilées. Elle concluait ce qui prouve que l'épilation intégrale était fréquente.
C'est une interprétation totalement erronée de la réalité. Ce qui est absurde dans ce raisonnement, c'est qu'on pourrait aussi en conclure que les femmes dans le passé n'avaient pas de vulve. Il faut donc être très attentif à ne pas tirer de conclusions sur le vécu des femmes occidentales lambda jusqu'au 20ème siècle. Il est avéré que la plupart ne s'épilaient pas, la préoccupation principale des gens n'était pas l'esthétique mais la survie, tout simplement.
Pour les femmes occidentales, il est parfois plus facile de dénoncer les injustices subies par des femmes d'autres cultures. Voici ce que disait la sociologue marocaine Fatema Mernissi en 2001
A Téhéran, si vous ne mettez pas de tchador, un policier vous rappelle à l’ordre. En Occident, la terreur est plus immatérielle. Il suffit de faire circuler des images pour que les femmes s’épuisent à leur ressembler. Tout va bien si vous rentrez dans du 38. Sinon, vous n’êtes pas dans la norme et vous ne pouvez même pas vous révolter. C’est surréaliste, comme type de violence. Les musulmanes jeûnent un mois par an ; les Occidentales, c’est toute l’année !
Ce qu'elle ne dit pas, c'est que pour la PF, c'est pareil. Toutes les images de femmes qui circulent en Occident montrent des corps glabres. Et même si ce n'est pas la police qui intervient en Occident, le contrôle social exercé à l'encontre des femmes "déviantes" ressemble étrangement à ce que vivent les Musulmanes qui refusent la soumission.
Ce qui suit vient d'une étude féministe menée aux USA
Given that body hair may be understood both as a signal of (sexual) maturity, and as a symbol of masculine strength, the requirement for women to remove their hair may thus reflect the socio-cultural equation of femininity with a child-like status, passivity and a dependence on men.
A study by Basow and Braman (1998) offers some contemporary support for the above perspective: they found that college students who viewed a white, female model with visible leg and underarm hair, rated her as more aggressive, active, and strong, than did students who viewed the same model without hair. Basow and Braman speculate that this could be due to an association between hairlessness and femininity; since femininity is not stereotypically associated with strength, activity and aggression.
Traduction : Etant donné que la pilosité peut être vue comme signe de maturité (sexuelle) et comme un symbole de force masculine, l'injonction de rasage pour les femmes peut donc refléter l'équation socio-culturelle de féminité avec un statut d'enfant, la passivité et la dépendance envers les hommes.
Une étude menée par Basow et Braman en 1998 offre un support contemporain à cette perspective : des étudiants universitaires ayant vu une femme avec des poils aux jambes et aux aisselles l'ont trouvée plus agressive, active et forte que des étudiants ayant vu la même femme sans poils. Basow et Braman supposent que cela peut être dû à l'association entre le glabre et la féminité, celle-ci n'étant pas associée avec la force, l'activité et l'agressivité, du point de vue des stéréotypes.
L'ethnologue J Sakoyan expliquait en 2002 l'évolution des mentalités depuis les années 80.
Si l'épilation n'est jamais discutée, ou « problématisée », c'est parce que le glabre constitue une condition nécessaire (mais non suffisante) à la beauté - et par là-même à l'identité - féminine. Pour autant, cela ne signifie pas qu'il n'y a pas eu d'évolution dans les mentalités féminines vis à vis de cette pratique. Une esthéticienne de longue expérience nous expliquait qu'aujourd'hui, les femmes s'épilent pour elles-même, alors qu'il y a une vingtaine d'années, l'épilation était davantage vécue comme une contrainte sociale. Peu importe d'expliquer ce changement de tendance par les notions d'habitus, d'hygiène, de cohérence esthétique, ou de plaisir tactile, ce qui nous intéresse ici c'est de la voir à l'œuvre dans l'imagerie féminine. L'actuelle publicité pour les rasoirs Gillette en est un précieux exemple. En effet, on y voit des femmes entièrement glabres, avec le sourire, près de la mer où le bien-être règne. Mais surtout, ces femmes sont entre elles : aucune présence masculine ou extérieure ne perturbe la douce autarcie du groupe ; c'est donc suggérer qu'elles sont épilées pour leur propre plaisir, loin de la civilisation : « pas besoin d'être regardées pour se faire belles et glabres ». Cette publicité est, nous semble-t-il, un bon indice du statut actuel de l'épilation mais aussi de celui de la féminité : désormais, être belle c'est se satisfaire soi-même avant de satisfaire l'autre.
Cette logique de « l'autosuffisance esthétique » pourrait avoir pour assise la maxime énoncée ce mois-ci par la revue féminine Biba : « le sexe fort, c'est nous ! ». Par ailleurs, on peut relever sur cette image que le terme « poils » n'est pas employé explicitement, et, comme dans la plupart des publicités, on lui préfère celui de « peau douce ». Cela indique que l'épilation est autant un acte positif de suppression des poils qu'un acte par défaut qui vise à rendre la peau douce, mais surtout, on saisit à quel point le tabou qui frappe le poil est puissant puisqu'il est à l'œuvre jusque dans le langage.
16. La pression sociale
Voici maintenant des témoignages évoquant clairement la pression sociale. Il s'agit de femmes qui reconnaissent s'épiler à cause de l'entourage, de la famille, des collègues ou pour le compagnon. A noter dans ce dernier cas que certaines pensent faire plaisir à leur homme en se rasant mais sans lui poser la question. Ce non-dit entraîne alors des situations un peu absurdes où les femmes se rasent car elles s'imaginent que les hommes préfèrent et ceux-ci n'osent pas dire qu'ils préfèrent les poils ou que les poils ne les dérangent pas.
En 2008, il y a eu une discussion très intéressante sur un blog féministe, concernant l'épilation laser pour le maillot
Voici l'introduction du sujet intitulé La majorité des femmes qui se lancent dans l'épilation laser commencent par le maillot
Ca veut dire qu'elles le font pour les mecs. Ne me dites pas qu'elles passent leur vie en maillot de bain, je n'y crois pas (et si c'est le cas elles ne sont en effet pas concernées par cette question).
Si elles commencent pas le maillot c'est pour être nickel dans l'intimité.
Donc pas pour elles-mêmes, mais pour les mecs (ou les filles, on s'en fout, la motivation est la même).
Il s'agit de correspondre à l'idée de la femme-objet sexuel, lisse et imberbe de la fesse.
Si j'avais eu moins de sous quand j'ai commencé le laser, je n'aurais fait que les jambes, ou que les aisselles. Pour moi. Pour pouvoir me mettre en jupe ou en débardeur sans réfléchir.
Les maillots j'en porte une semaine par an, ça m'aurait été bien égal de continuer à la cire sur cette zone.
Et dans l'intimité personne ne s'est jamais plaint de ma pilosité.
J'imagine bien que vous allez protester vigoureusement que pas du tout, les poils incarnés et tout et tout.
Ou bien alors vous allez me rétorquer : « et alors ? Quand bien même elles le feraient pour les mecs, où est le problème ? ».
Le problème c'est de se comporter comme un objet fruit du machisme, selon moi (mais je reconnais que ma vision des choses est, dans ce domaine, extrêmement tranchée).
Je n'accuse personne (en dépit des apparences de ce billet un peu rentre-dedans), on n'est pas responsables de ce que la société met en nous. En revanche on est responsable de le perpétuer.
Réfléchissez-y, quand même… souvent on est soi-même l'instrument du sexisme, sans s'en rendre compte.
Mais Hélène, qui tient ce blog, n'échappe pas à la contradiction. Elle se revendique féministe, elle dit que le pubis, c'est pour les hommes que les femmes le rasent mais quand elle parle des aisselles, c'est pour l'hygiène qu'elle les épile et même les hommes doivent se les raser.
Et moi aussi un mec qui utilise la tondeuse bikini pour le maillot, et qui se rase les aisselles, je trouve que c'est le minimum syndical sinon c'est crade.
A noter le terme très péjoratif de crade. L'hygiène revient souvent dans les motivations des gens. Or, c'est la peau qui fait qu'on sent, pas les poils. Si on se lave tous les jours et qu'on utilise du déo ou la pierre d'alun (produit naturel à 5€, dure 18 mois), avec ou sans poils, on ne sent pas. J'ai déjà croisé des femmes parfaitement épilées mais qui dégageaient une odeur de transpiration très forte. Comme exemple, on peut citer les pieds qui sont rarement poilus et qui dégagent parfois des odeurs nauséabondes. On peut aussi dire à ceux qui s'épilent que s'ils étaient logiques avec eux-mêmes, ils ne devraient plus se laver puisque pour eux, la source de l'odeur, c'est les poils.
Il y a eu plus de 300 réponses à ce billet, j'en poste quelques-unes, très révélatrices.
Là où je me sens objet c'est quand je fais les mollets sous la pression sociale. C'est vrai que le maillot je le fais pour z'hom mais lui se rase bien avant d'aller au lit (ça pique !).
je ne sais pas si on se comporte comme un objet du machisme…je crois qu'on l'a tout bonnement intériorisé, ce machisme, ce regard des hommes et qu'on ne se perçoit même plus comme victime.
L'imberbitude (excusez moi, mais à l'aube comme ça, je m'autorise à inventer des mots) m'ennuie, car je n'arrive pas à la voir comme autre chose qu'un fantasme masculin (finalement, comme souvent, adopté par les femmes) qui lie la féminité à l'enfance, à l'immaturité, à la fragilité.
Pourtant, je ne peux m'empêcher d'espérer avoir bientôt devant moi l'aisance financière qui me permettra de me débarasser plus durablement d'une partie de mon système pileux, faut croire que c'est ancré trop profond pour être déboulonné par de vulgaires convictions.
je dirais que du moment que tu t'epiles tu le fait pour répondre à un critère de société, ou le poil est bani, ou il est inesthétique (seulement chez la femme d'ailleurs)
Ben oui, les jambes, les aisselles, c'est pour nous !!! : des jambes impec pour moi, ça compte !!! Une aisselle joliement épilée aussi, PAR CONTRE c'est vrai que le maillot c'est plus pour mon homme !!!
la traque du poil du maillot comme la lutte contre le poil de la gambette traduit une même conformation à une norme sociale. Masculine.
les poils c'est un truc intime et même sexuel j'ai pas envie de les montrer à la piscine et autres endroits de genre, c'est l'épilation laser.
et je suis pas sure que les mecs y accordent autant d'importance que nous finalement.
Moi c'est le coté sexuel et animal du poil qui me dégoute. Perso les gens qui s'épilent pas, ou au minimum élaguent pas un peu ça me répugne même chez les mecs.
si j'avais une zone à laserifier ce serait le maillot et rien à voir avec un homme, juste que j'aime pas quand c'est pas « propre »
Un homme qui demande quoi que ce soit à sa femme (maigrir, poils, autres), il n'aime pas vraiment sa femme, j'en suis sûre.
Une femme qui maigrit, poil de là ou autre pour son homme, elle pense que son homme ne l'aime peut-être pas de façon très inconditionnelle, et que si elle ne le faisait pas, elle le perdrait peut-être. Je trouve ça bien triste, mais tout le monde n'a pas la chance d'être aimée de façon inconditionnelle. Alors, pour garder le belâtre, elles font la belle. L'amour, parfois, peut faire un peu ramper…et oui !
La traque du poil où qu'il soit c'est une reponse à une pression sociale liée à la séduction. Si il n'y avait que des nana sur terre et qu'on avait aucun besoin de se séduire les unes les autres, on aurait sans doute encore toutes les jambes poilues.
Je reconnais volontié que la dépoilification du SIF c'est effectivement vis à vis du regard masculin. Mais si j'y reflechi j'assume parfaitement, je m'explique. Je suis assez assumée au quotidien en tant que femme qui refuse d'être un objet de machisme pour justement, accepter cette « soumission » là sans être transformée illico en poupée gonflable.
Les poils des jambes, je le fais surtout pour mon mec (parce que l'hiver, c'est clair, j'en ai rien à battre d'avoir du poil aux pattes mais si lui me caresse les jambes, j'ai un peu l'impression d'être un travelo)
En revanche, le maillot, je le fais pour moi parce que les poils à cet endroit, je trouve ça un peu crade et excusez l'expression, un peu « ramasse miette »; Bien sur, je ne vais pas mentir, mon homme ne s'en plaint pas non plus.
on est pas responsables de ce que la société met en nous. Et on le perpetue presque contre notre gré, parce que c'est difficile et fatiguant d'etre 'hors norme'. Et qu'on veut just etre tranquilles, heureuses avec nos moitiés respectives.
Mon obsession à moi ce sont les aisselles et les mollets. Cela étant, je trouve que c'est quand même sous le poids d'une influence culturelle. Mais ce n'est pas que pour les mecs, parce que, je me répète, le poil n'est pas un anti flirt. Mais le regard des filles sur mes dessous de bras… ça c'est un impératif ultra puissant. Irrésistible.
Complètement d'accord avec l'analyse de la pression sociale, mais autant je l'emm…, la pression sociale, pour tout un tas de trucs (je ne fais pas de couleur, je me coupe les cheveux toute seule, je ne suis pas la mode même si j'adore me tenir au courant, je ne ferais pas d'injections d'acide machin-truc, et je n'évoque ici que ce qui concerne l'apparence), autant pour les poils, j'y arrive pas.
Perso je m’inscris dans la même pensée que celles qui ne voient pas le problème. Pour moi l’épilation (de quoi que ce soit) dérive avant tout et au départ de l’envie de rentrer dans une vision sociale au départ masculine de la femme.
Après, chacune a sa propre motivation et s’est réapproprié le schème social dans son propre imaginaire (phobie des poils, envie de ne plus avoir de repousse qui grââââtte, envie d’être débarrasée une fois pour toute etc etc). Je pense pour ma part que les femmes qui le font pour leur mec sont très minoritaires.
Qu’il s’agisse de l’épilation (maillot ou ailleurs), du maquillage, des fringues ou d’autres choses de ce genre, je crois que nous ne sommes pas entièrement maitres(ses) de nos decisions. Le « je le fais pour moi » n’est rien de plus qu’un bien joli concept marketing et inconsciemment, nous tombons toutes dans le panneau. Féministes ou pas, regard du mâle ou pas. Au final, si nous refusons la « hérisson-attitude » c’est pour nous sentir bien…parce que nous le valons bien… non?
Le machisme, il est depuis très longtemps intégré par les femmes, et tellement bien que nous le défendons en croyant défendre notre liberté (de s’épiler comme on veut, mais de s’épiler quand même, de s’habiller comme on veut, mais de mettre des talons pour avoir l’air d’une fille, etc…)
Le machisme a su imposer des codes de féminité contraignants, mettre des talons, une jupe, des bas, de la lingerie, s’épiler, se maquiller, se coiffer, se teindre les cheveux, se les lisser, se les boucler, surveiller son langage, maigrir, bronzer, être à la mode, avoir des seins parfaits, des jambes parfaites, des fesses parfaites, chasser la cellulite etc…, et je ne parle que de physique.
Au moins, quand on s’occupe de se conformer à ces codes, on ne réfléchit pas à autre chose. Même quand on essaie de s’affranchir de ces diktats, on ne pense toujours pas à autre chose !
La subtilité vient que ces codes sont tellement bien présentés depuis tellement longtemps (et pas uniquement par la pub) que nous avons fini par intégrer qu’être féminine c’est accepter de se torturer le corps en portant des talons, tirant sur une jupe, brulant sa peau, ses cheveux avec des produits divers et variés, etc… Et on est tout à fait persuadées d’être libre dans ses choix
Pourquoi serions-nous tellement semblables au point de toutes se sentir en confiance au lit en jolie lingerie, et épilée ? Pourquoi sinon parce que nous collons à l’image de féminité construit par les hommes ?
Je ne viens pas faire une leçon de morale, moi aussi, je dépense mon temps et mon argent dans pas mal de machins…
Evidemment que certaines arrivent à être « féminines » et à faire également de grandes choses intellectuelles, évidemment que nous ne sommes pas des oies sans cervelles, sauf que vous vous êtes déjà demandées, si toutes les femmes faisaient autre chose de leur temps que « d’être une femme » ? Tout ce temps et tout cet argent qui ne demande qu’à être réutilisé ? Qu’en ferait-on, toutes ?
quand vous dites que vous vous épilez « parce-que on trouve ça plus joli » ça pose quand même la question de l’empreinte de la société, car à force de voir des femmes épilées, on imprime plus ou moins inconsciemment cette image.
j'aurais tendance à penser qu'à partir du moment où on se lance dans l'épilation tout court, quelle que soit la zone, quelle que soit la méthode, on le fait pour répondre à un impératif social et culturel.
Non ? et pourtant, combien de femmes profitent de l'hiver pour ne pas s'épiler ou le faire moins souvent ? (avouez !!!)
J'ai pour ma part reçu les gènes de ma mère en matière de pilosité (plutôt que ceux de mon père, quelle joie !) ce qui fait que mes jambes et mes bras sont quasi dénués de poils, le peu qui se promènent étant très clairs, je n'ai jamais eu à me préoccuper d'épilation.
Me reste les aisselles et le maillot. Que je rase pour les aisselles et ôte ce qui dépasse pour le maillot, en été bien-sûr. (Le reste du temps je n'y touche pas : c'est comme pour la poussière, ce qui ne se voit pas n'existe pas !)
Et bien si je le fais, ce n'est pas du tout pour mon confort personnel (je transpire davantage en l'absence de poils, et l'odeur est plus forte aussi), ni pour le regard de mon homme (il s'en fiche, il me connait toute l'année) mais bel et bien pour le regard des autres femmes.
J'en reviens à ton billet : l'épilation, fruit du machisme, peut-être, mais je suis convaincue que ce sont les femmes elles-mêmes qui perpétuent la chose en se montrant en la matière juges impitoyables et bien plus cruels que les hommes !
Mais le réflexe social et culturel de s'épiler les jambes et les aisselles est aussi un réflexe machiste, celui de partir d'une principe qu'une « vraie femme » est lisse et toujours soignée. J'imagine que d'une part, ça aide bien à marquer les différences (les hommes et les femmes ne peuvent pas être égaux, regardez comme ce sont de petites choses fragiles !), que d'autre part c'est comme beaucoup de choses le temps qu'elles passeront à penser à ça, elles ne le passeront pas à prendre le pouvoir sur la société, et qu'enfin ça contribue à détruire l'estime de soi des femmes. Comment se sentir bien si on est élevées dans l'idée qu'au naturel (sans épilation, sans maquillage et autres artifices), on est râtées ?
Les quatre derniers témoignages sont d'une rare lucidité et de la part de femmes, ils ont encore plus de poids. Le problème d'hygiène est ici l'inverse de ce qu'on entend d'habitude : c'est sans poils que l'odeur et la transpiration sont plus fortes, plusieurs femmes me l'ont confirmé.
A ce propos, il y avait une ineptie de plus sur wikipedia à la page épilation : L'épilation des aisselles est censée éviter les mauvaises odeurs.
Mais maintenant, on lit ceci
L'épilation des aisselles ne limite pas les mauvaises odeurs mais donne un aspect jugé plus esthétique par certaines sociétés à cette partie du corps
Toujours sur le blog d'Hélène, un commentaire humoristique datant de 2006 qui démontre bien que la pression sociale est permanente et qu'elle pousse à vouloir épiler au laser
Effectivement, je serais aussi prete a donner un mois de salaire pour pouvoir :
- porter des jupes sans me demander si j'ai le temps de me raser les jambes avant de partir au boulot.
- accepter gracieusement de faire trempette sans me dire "et m... je peux pas, je suis pas epilee"
- ne plus voir mes poils repousser (sous la peau ou pas)
- ne plus voir mes poils tout court, d'ailleurs...
- ne plus faire de boutons et/ ou points noirs quand j'ai des poils qui repoussent
- ne plus serrer les dents chez l'estheticienne (bon, d'accord, je n'y vais pas souvent, mais quand même)
- ne plus me dire "Et m..., j'ai oublie de m'epiler la moustache", en courant attrapper mon métro.
La pression sociale est exercée par les autres femmes, un peu comme en Iran, où ce sont les femmes qui ne supportent pas de voir une femme non-voilée. Si elles ont l'obligation de se voiler, elles toléreront moins la "déviante". Mais dans les deux cas (poils et voile), ce sont les hommes qui ont imposé la norme !
Le fait que pendant qu'on s'épile, on ne pense pas à prendre le pouvoir, c'est pour moi une évidence. Tout le temps passé à se "faire belle" (lisez se conformer aux diktats patriarcaux) se fait au détriment de l'émancipation. C'est donc bien un enjeu féministe.
L'ethnologue J Sakoyan parle d'un dermato
A ce sujet, ce médecin m’a confié que ses patientes pleuraient au sujet de leurs poils, mais pas de leurs rides. Ce constat est on ne peut plus pertinent car il pose la question de savoir ce qui se joue en plus avec les poils qu’avec les marques de vieillesse.
Je trouve ça tellement pathétique car c'est la preuve du rejet social de la PF. Les femmes voudraient aussi se débarrasser de leurs rides mais certaines s'accommodent très bien des leurs. Par contre, pour les poils, certaines en pleurent. A part ça, les femmes sont libres de s'épiler ou pas.
Voici ce que dit Gérard Zwang sur la pression sociale
Mais même lorsqu'elles sont pratiquées sur initiative personnelle, elles demeurent des manifestations typiques de culpabilisation et de répression de la sexualité adulte, érotique et comportementale. On verra d'ailleurs que, comme les mutilations, les brimades s'en prennent surtout aux femmes dont l'expression de la sexualité non-reproductrice a toujours été la plus réprimée en société phallocratique, misogyne et tout spécialement monothéiste.
Voici un extrait du site secondsexe.com
Car on ne choisit pas vraiment d’avoir du poil ou de ne pas en avoir. C’est la règle. C’est comme manger avec une fourchette et non avec ses doigts. On est civilisé ou on ne l’est pas. Les femmes qui portent le poil sont montrées du doigt par les autres, celles qui n’en n’ont plus, qui sont rentrées dans la norme.
Lors d'une émission de la RTBF (radio publique belge) en avril 2008, la sexologue Françoise Louis Morin expliquait recevoir en consultation des couples pour qui l'épilation est une source de conflit, l'homme se plaint que sa femme ne veut pas se raser le pubis. C'est un phénomène relativement récent.
Dans une autre émission radio de la RTBF en février 2010 où il était question d'épilation, la journaliste Martine Cornil citait des auditrices qui envoyaient des mails en direct
Dans les messages qui arrivent des femmes, il y a quand même "on n'a pas envie", c'est quand même fort, "on n'a pas envie, s'il n'y avait pas ce regard de l'autre, on ne s'épilerait pas".
En 2006, la journaliste australienne Ruth Ostrow disait ceci sur les motivations qui poussent les femmes de son pays à s'épiler.
My empirical research nets the following explanation: about 25 per cent do it to please themselves.
About 25 per cent don't care either way but are following fashion, peer pressure or conditioning.
The other 50 per cent of women I talk to are - as one would expect - influenced by the desires of their men.
Traduction : mes recherches empiriques fournissent l'explication suivante.
Environ 25% des femmes s'épilent pour elles-mêmes.
Environ 25% s'en moquent mais suivent la mode, la pression sociale ou le conditionnement.
Les 50% restants, comme on pouvait le prévoir, sont influencées par les désirs de leur compagnon.
Il faut savoir qu'en Australie, il y avait pas mal d'artistes qui ne s'épilaient pas mais c'était dans les années 1990. C'est finalement devenu un endroit pilophobe, comme les autres pays occidentaux.
Le témoignage suivant vient du forum des CdG en 2006, il illustre les conséquences dommageables de l'exposition de la PF en public
Je ne souffre pas d'hirsutisme : je n'ai de poils que là où toutes les femmes en ont, mais les miens sont d'une résistance et d'une santé exceptionnelle : et cette santé est une "honte", une "horreur", une "insulte" aux yeux d'autrui.
Essayez donc de vous promener jambes et épaules nues non épilées, avec une ombre sur la lèvre supérieure : dans les yeux des autres, vous êtes un monstre ! Même élephantman recevrait plus de compassion !
PS : j'ai renoncé aux plages et piscine alors que je nage comme une sirène
C'est facile de dire qu'on se fout du regard d'autrui, c'est moins facile de s'en foutre réellement quand tout le monde exprime son dégout et refuse de vous cotoyer, vous rejette littéralement comme un monstre.
En ville, habillée, j'attire la sympathie et l'amitié : sur la plage, je suis seule, isolée et méprisée.
En fait, elle est allergique à plusieurs produits, ce qui provoque ses problèmes de peau. Après ça, on ne peut plus dire "s'épiler ou pas, chacun-e est libre".
Les témoignages suivants montrent que la pression sociale conditionne le quotidien dans ses actes anodins et qu'elle entrave la liberté de mouvement de certaines femmes.
Posté en 2007 sur le forum de "Psychologies Magazine"
Du coup, quand les enfants expriment leur envie d'aller à la piscine, c'est la panique, car il est HORS de question de montrer ma pilosité au niveau des jambes, et surtout en haut des cuisses... Du coup, j'en ai pour minimum 1/2 heure de boulot, et ça refroidit bien un enthousiasme déjà tiède.. Parce que se mouiller en plein hiver, j'ai du mal!!
Posté en 2006 sur le forum de Simplicité volontaire
un truc bete mais j'ai une hantise: je me balade en petit chaussures a talon,petit sac a main ,petit pantalon elegant, je marche comme une princesse, jambes poilues.... et je trebuche.Je me casse le tibia. les beaux pompiers viennent me chercher et me decoupe le pantalon........c'est con comme idée.
Il est fréquent sur les forums de lire des commentaires de femmes disant qu'elles craignent d'être emmenées aux urgences et qu'un médecin ou un pompier puisse voir que leurs jambes/aisselles ne sont pas nickel. Alors que les médecins sont surtout dérangés par le manque d'hygiène des gens aux urgences, pas par leurs poils. Ça en dit long sur le traumatisme profond qui fait imaginer des scénarios qui n'arriveront peut-être jamais. Du coup, certaines s'épilent tout le temps, pour le cas improbable où quelqu'un pourrait les voir un peu déshabillées, sans qu'elles aient eu le temps de se conformer au standard de la peau lisse. Ou comment se mettre la pression pour rien.
En 2000, des Français ont été pris en otage à Jolo. Témoignage après la libération :
Renouer avec une identité « normale » pour redevenir « de vraies filles » fut d'ailleurs l'impression des femmes otages sur l'île de Jolo, aux Philippines, après une séance d'épilation collective lors de leur libération, comme en témoigne Marie Moarbès (1).
1- In "Mon père m'attendait à Manille" (Laffont, 2001)."
Je pense que la prise d'otages avait duré 30 jours. L'une d'elles avait dit ceci "Ah, ça a été dur ! On n'avait pas de rasoir, on ne pouvait même pas se raser les jambes !"
Ça situe le niveau de priorité de certaines femmes : elles ont été privées de nourriture, menacées de mort mais le plus dur, c'est l'absence de rasoir pour les jambes. Pincez-moi, je rêve.
Dans le même ordre d'idée, Maud Fontenoy était interrogée il y a quelques années sur les détails pratiques de la navigation en solitaire.
Comme réponse, on a eu droit à une pub pour l'industrie cosmétique, elle expliquait avoir un shampooing spécial car fait pour l'eau de mer, elle disait utiliser du déodorant, elle se peignait et s'épilait les jambes : je suis très "fille", même en mer.
On remarquera que pour elle, être "fille", c'est modifier son corps comme pour séduire alors qu'elle est seule. Si ce n'est pas du conditionnement, ça y ressemble. Je ne dis pas qu'elle doit négliger l'hygiène mais il me semble qu'il y a d'autres priorités. Elle venait de dire que pour gagner du poids, on rabotait même le manche de la brosse à dents mais elle n'a pas oublié de prendre un rasoir ! C'est à ce genre de détails qu'on se rend compte de la profondeur de l'inscription en chaque femme, stipulant qu'il est impératif de s'enlever les poils, peu importe les circonstances.
On en arrive à des situations extrêmes, une dame d'origine portugaise a été interpellée par mes propos en 2007 sur un forum et j'ai communiqué par mail avec elle car sa fille ado a fait une tentative de suicide à cause de ses poils ! Elle fait du sport au niveau national et ne supportait plus d'avoir à s'épiler tout le temps pour être "parfaite". Elle voulait comprendre ce qui peut amener une jeune fille aujourd'hui à en arriver à de telles extrémités rien que pour des poils.
Le témoignage suivant date de mars 2004, il a été posté sur le forum doctissimo, la fin de ce témoignage est déjà cité dans le chapitre sur la sexualité. Il montre bien qu'une ado peut en arriver à se croire anormale, tellement la pression est forte et les remarques blessantes nombreuses et insistantes.
Quand j'étais ado, j'avais une copine qui était si complexée par les poils de ses bras (c'était une pilosité normale), qu'elle refusait de se mettre en tee-shirt parce que les mecs de la classe(oui les mecs, pas les filles!) lui disaient que ce n'était pas une fille parce qu'elle avait du duvet sur les bras, elle a fini par faire une dépression à cause de cela, et est devenue dysmorphophobe (elle croyait que son corps ne fonctionnait pas normalement)!!! Elle est allée voir je ne sais combien de médecins (gynéco-endocrino...) pour savoir s'il était normal d'avoir quelques poils sur les bras pour une fille, et tous lui disaient que non seulement que c'était normal, mais que sa pilosité était vraiment peu développée! Malgré tout cela, elle est restée traumatisée, et n'a pas pu inclure ses poils dans son intégrité féminine, jusqu'à ce qu'un psychologue lui explique que le refus des poils chez la femme de la part des hommes correspond à une peur inconsciente de la femme et de la mère.
Il y a aussi des mises en situation qui démontrent le poids du regard des autres.
Danielle Lloyd, une mannequin née en 1983 qui a été miss Grande-Bretagne en 2004 a participé à une caméra cachée, en 2007. On lui a demandé d'apparaître pendant une journée avec des poils postiches aux aisselles, dans un club de gym, entre autres. Il y a 2 vidéos sur Youtube où on la voit se faire coller des poils et ensuite, aller dans le club.
Voici comment on en parlait sur un blog, en 2007
Danielle Lloyd is a lingerie model and reality TV star in the UK. She was on Celebrity Big Brother where the 23-year-old showed everyone what a racist twat she was. Well, anyway Danielle allowed a make-up artist to give her hairy pits for Channel Five's "My Bloody Hell."
Danielle had to go to the gym and out to bars to feel the embarrassment of having hairy pits. Give me a fucking break.
She said, «I felt so ashamed when I went to the gym for a work-out with all those men watching me. It was worse than I possibly thought it could be. I just wanted to go home and get rid of it.»
«It’s been so embarrassing. I’ll remember this day for the rest of my life. I never want to see hair under my armpits again! I felt like a man.»
Traduction partielle : je me suis sentie tellement honteuse en allant à la gym car il y avait le regard de ces hommes. C'était pire que ce que j'imaginais. Je voulais rentrer chez moi et me débarrasser des poils. C'était tellement dérangeant. Je me souviendrai de ce moment pour le restant de mes jours. Je ne veux plus jamais voir de poils sous mes aisselles ! Je me sentais comme un homme.
Dans la vidéo, elle dit aussi ceci : C'est probablement l'une des choses les plus épouvantables à vivre.
Dans ce genre de club, les hommes sont souvent épilés. Est-ce pour ça qu'ils se sentent féminins ? Sa remarque sur le fait de se sentir un homme montre bien le lavage de cerveau. Je retiens surtout la honte qu'elle dit avoir ressentie et le fait qu'elle se souviendra toute sa vie de ce jour, cela en dit long sur la détestation de son propre corps. A noter qu'il a fallu lui coller des poils postiches, on aurait pu lui demander de les laisser pousser mais je crois qu'elle aurait trouvé ça encore plus horrible. J'ignore si les vidéos sont toujours disponibles, on y entendait également quelques commentaires peu flatteurs sur les poils, venant d'hommes du club de gym. En voici un que je traduis
Normalement, nous aimons les femmes rasées, belles, propres (clean). Les poils, ça fait penser à un homme donc pour moi, ça fait peur (it's scary)
La non-épilation pousse certaines femmes à se justifier de ne pas être "impeccables". En 2009, dans l'émission de Laurent Ruquier sur Europe1, il était question de pilosité et Christine Bravo disait "pour le moment, je suis en mode yeti", en s'excusant de ne pas être épilée. Je lui ai écrit pour m'étonner qu'elle se juge de ne pas être épilée car a-t-on déjà entendu une femme qui s'épile dire "je suis en mode fillette prépubère" ? CB est pourtant féministe et très combative concernant le corps des femmes et les injonctions qu'elles subissent pour qu'il soit au "goût" des hommes. Une preuve de plus que pour la PF, on se soumet.
Une femme travaillant comme accueillante familiale me parlait d'une jeune femme handicapée mentale dont elle s'occupe. Sa famille a demandé qu'elle épile la jeune femme avant son départ à la mer. Finalement, celle-ci avait un épilateur et a épilé elle-même ses mollets. Puis, elle est revenue de vacances et devait repartir, elle a demandé qu'on lui épile les aisselles car elle trouvait ça moche.
L'accueillante disait ceci : Sur le document de préparation du séjour, il était précisé de procéder aux soins esthétiques (coiffeur et épilation) avant le départ. Il s'agit d'un organisme spécialisé pour les handicapés.
Je trouve ahurissant qu'on précise ce genre de choses. A part le fait que les gens doivent être propres, je ne vois pas pourquoi on doit épiler les handicapées (je suppose que seules les femmes sont concernées). La pilophobie se cache là où on ne l'imagine même pas.
Pour d'autres témoignages sur la pression sociale, voir mon sujet sur le forum de MIEL
17. Le point de vue de féministes
Ce qui m'offusque c'est qu'on dise à une femme qu'elle SE néglige si elle ne s'épile pas. Je pense qu'en vérité elle SE néglige lorsqu'elle laisse aux diktats de la beauté des droits sur son corps.
Commentaire posté par une femme sur le forum de MIEL, en 2007.
Cette phrase résume bien la situation des femmes : le contrôle social dévalorisant les femmes "déviantes" et le véritable problème, le patriarcat qui impose ses diktats aux femmes. On notera l'inversion de la réalité : c'est une réelle négligence de se laisser dicter sa conduite par les canons de la mode et non pas de garder ses poils.
Dans le monde anglo-saxon, on trouve quelques études sociologiques, depuis une trentaine d'années environ. Mais la littérature féministe sur la PF est rare, en français. Il y a bien quelques papiers sur des blogs, quelques sujets sur des forums mais rien de très fouillé.
Pourtant, aucune femme n'échappe à la PF. Il devrait donc y avoir des tonnes de documents expliquant les raisons qui poussent les femmes à se torturer le corps mais il n'en est rien. On va par contre trouver plein d'études sur l'anorexie, le déni de grossesse, qui ne concernent pourtant qu'une infime partie des femmes.
En fait, quand la PF est abordée dans la presse généraliste, c'est uniquement pour évoquer les différents moyens de s'en débarrasser mais jamais pour remettre en question la pratique et ses multiples inconvénients (voir le chapitre dédié).
Pourquoi les féministes, si incisives pour des questions très importantes comme l'avortement, la pilule, l'égalité salariale, etc., ne disent pratiquement rien sur la PF ? Parce que comme les autres femmes, elles ont intériorisé la norme, ça fait penser à la schizophrénie. Voir la citation au début du chapitre sur le libre arbitre et l'influence des images.
On entend par exemple des féministes revendiquer le droit de ne pas vouloir faire de régime, ne pas se maquiller, ne pas mettre des hauts talons ou avoir un décolleté mais elles sont très rares à oser ne pas s'épiler.
L'explication a été donnée il y a déjà longtemps par Susan Basow, une chercheuse américaine et féministe, prof d'université aux USA.
Even among strong feminists and lesbians most (72% and 55% respectivly) removal leg and or underarm hair. The main reason they gave was to avoid social disaproval" (Marike Tiggemann und Sarah J. Kenyon (1998) - Page 875)
Traduction : même parmi les féministes les plus actives et les lesbiennes, la plupart (72% et 55% respectivement) s'épilent jambes et aisselles. La raison principale est le fait d'éviter la désapprobation sociale.
On voit bien que les raisons invoquées sont la résultante du machisme : partout, les femmes sont soumises à une pression concernant leur physique et au boulot, elles doivent faire beaucoup plus d'efforts pour être considérées comme valables, à travail égal, comparées aux hommes. Elles sentent donc que si elles montrent leurs poils, cela va les discréditer et pourrait même ruiner leurs efforts laborieux pour être considérées comme aussi compétentes que les hommes. Ce risque est trop grand et elles finissent par plier.
Deux chercheuses en science sociale à l'université de Loughborough (UK) ont fait en 2003 une étude sociologique très intéressante sur la PF, en décryptant ce que d'autres féministes ont mis en lumière. Il s'agit de Merran Toerien et Sue Wilkinson. Voici l'introduction
Women’s body hair removal is strongly normative within contemporary Western culture. Although often trivialised, and seldom the subject of academic study, the hairlessness norm powerfully endorses the assumption that a woman’s body is unacceptable if unaltered; its very normativity points to a socio-cultural presumption that hairlessness is the appropriate condition for the feminine body. This paper explores biological/medical, historical and mythological literature pertaining to body hair and gender, as well as feminist analyses of the norm for feminine hairlessness. Much of this literature both reflects and constructs an understanding of hairlessness as ‘just the way things are’. Taken-for-granted, hairlessness serves, this paper argues, both to demarcate the masculine from the feminine, and to construct the ‘appropriately’ feminine woman as primarily concerned with her appearance, as ‘tamed’, and as less than fully adult.
Traduction : Le rasage de la PF est fortement normatif dans la société occidentale contemporaine. Quoique souvent banalisée et rarement l'objet d'études, la norme du glabre soutient fortement la supposition que le corps d'une femme est inacceptable s'il n'est pas altéré; ce côté normatif sous-tend la présomption que l'aspect glabre est la condition appropriée pour le corps des femmes. Ce document explore la littérature biologique/médicale, historique et mythologique à propos de la PF et du genre, ainsi que des analyses féministes de la norme de l'aspect glabre des femmes. Presque toute cette littérature renvoie et construit une compréhension de l'aspect glabre comme étant "ainsi que cela doit être". Le côté glabre sert, comme le démontre ce document, à démarquer le masculin et le féminin et à construire la femme féminine "appropriée" comme étant concernée en priorité par son apparence, comme étant domestiquée et moins qu'une adulte.
Si vous désirez lire la totalité de l'étude sociologique, j'ai posté un fichier au format pdf de 11 pages et je communiquerai le lien par mail (voir mon mail en bas de page).
Concernant les poils aux jambes, voici une citation datant de 1995 de Susan Basow
Given that women were behaving more like men (in terms of jobs and education), the gender lines became drawn on women's bodies: men are hairy, therefore women must be hairless. Legs, leading as they do to the crotch, also have a sexual association. Shaving them can be viewed as a means to socially control (modify) women's untamed sexuality.
Traduction : étant donné que les femmes se comportent de plus en plus comme les hommes (en terme de travail et d'études), la ligne du genre a été tracée sur le corps des femmes : les hommes sont poilus, du coup, les femmes doivent être glabres. Les jambes, qui mènent au pubis, ont ainsi une connotation sexuelle. Les raser peut être vu comme un moyen de contrôler (modifier) socialement la sexualité débridée des femmes.
Un article intéressant de Tiggemann, M., Lewis, C. (2004). Attitudes toward women’s body hair: relationship with disgust sensitivity. Psychology of Women Quarterly, 28, 381-387.
"Attitudes envers la pilosité féminine: relations avec la sensibilité au dégoût". Étude de psychologie sociale, Australie.
Such rationalization or failure to acknowledge more fully the effect of normative pressures on their own behavior may carry negative implications for women. Attributing their own hair-removal practice to feminity/attractiveness reasons is exactly the kind of rationale that serves to keep women insecure about their bodies. If women were able to give more explicit recognition to the normative pressures they are subject to, the problem of unwanted hair could be located more squarely at the societal level, rather than as a problem with the individual woman's body." (Marike Tiggemann und Christine Lewis - Page 386)
Traduction : ce refus de reconnaître l'effet de la pression sociale peut avoir des implications négatives pour ces femmes. Attribuer leur épilation à des raisons de féminité ou de séduction fait en sorte qu'elles se sentent mal avec leur corps. Si ces femmes pouvaient accepter la réalité de la pression sociale qu'elles subissent, le problème des poils indésirables pourrait directement être placé au niveau de la société et non du choix personnel de ces femmes.
J'ai imaginé une comparaison qui permet de mieux comprendre en quoi ce n'est pas un problème privé mais un problème de société.
Imaginons un pays raciste où les gens de couleur sont raillés dès qu'ils sont dans la rue. Mais il existe un remède temporaire au problème, une pilule miracle qui fait devenir blanc. Malheureusement, l'effet ne dure que 15 jours. Mais pendant cette période, le "coloré" est tranquille, pas d'insulte.
Pour le parallèle avec la pilosité, la couleur de peau, ce sont les poils. Le remède, c'est l'épilation ou le rasage, qui sont temporaires.
On comprend que le problème des "colorés" n'est pas leur couleur de peau mais le racisme des autres. Seulement, ils se sentent tellement mal face aux remarques que cela provoque en eux des sentiments très négatifs sur leur couleur de peau et ils utilisent alors la pilule miracle pour pallier le problème. Ils déplacent donc le problème de la société à la sphère privée. A la limite, ils s'en veulent d'être "colorés" alors qu'ils n'y sont pour rien. Comme les millions d'adolescentes qui disent détester leur pilosité, qui en pleurent alors que c'est tout à fait normal d'avoir des poils.
Ce genre de raisonnement pourrait peut-être permettre de mieux expliquer en quoi l'épilation n'est pas une histoire privée où chacun est "libre" de faire ce qu'il veut mais un problème sociétal, en Occident du moins.
JS parle de la perception que les gens ont de l'épilation et de l'invisibilité de la pratique
L’omniprésence est le fait de l’épilation en tant que pratique généralisée, l’invisibilité est le fait du tabou qui pèse sur les poils. En d’autres termes, tout le monde s’épile mais dans son coin, le glabre doit apparaître comme un attribut et non comme un produit. Si les poils sont invisibles, la pratique qui soutient cette invisibilité est elle-même occultée. De sorte que demander à des individus de faire un entretien sur leurs pratiques d’épilation, suscite d’emblée de l’étonnement, voire de la méfiance. Une jeune-femme (Laetitia) m’a dit d’emblée qu’elle ne répondrait pas si je lui posais « des questions indiscrètes ». Qu’est-ce donc que les poils pour que le fait d’en parler suscite une telle gêne, que la demande d’un entretien paraisse déjà en elle-même indiscrète ? La troisième acception d’ « indiscret » du Nouveau petit Robert (1993) correspond à l’acte de révéler ce qui devrait être tenu caché, ce qui suggère deux choses. D’une part que le discours autour de la pilosité rompt le tabou et en ce sens révèle quelque chose qui devrait être tenu caché, autrement dit, le discours rend visible. D’autre part, l’association de Laetitia entre l’épilation et les « questions indiscrètes », signifie qu’au sujet des poils, des zones d’ombre et de secret existent. Nous n’entendons pas demander ici pourquoi un tel tabou sur les poils, mais comment y remédier dans les entretiens.
Tout d’abord qu’être belle et être femme c’est du pareil au même ; ensuite, que les critères de beauté étant toujours contextuels, une femme devra s’y conformer, et donc qu’en France, la jeune-fille qui laisse par exemple en friche ses poils, reste hors de l’ensemble « femmes ». Jusqu’à un certain âge cette mise à l’écart ne pose pas problème, et est considérée comme normale, mais à partir de l’adolescence, la jeune-fille a tout intérêt à suivre les pratiques esthétiques de ses aînées, afin à la fois d’accéder à la maturité et ainsi, d’obtenir son identité de genre. Le plus souvent, la jeune-fille franchira cette étape avec plaisir : maquillage, boum, épilation, voilà un nouvel univers s’ouvrir à elle.
Une féministe anglaise nommée Anji a fait un papier remarquable sur son blog à propos de la PF, en 2008. Pour ne pas alourdir cette page, j'ai traduit directement une partie mais si vous comprenez l'anglais, je vous recommande de la lire.
On apprend aux femmes que "belle" signifie correspondre à certains critères pour la forme du corps, il doit avoir une peau claire sans rides et être doux, les cheveux doivent être brillants et on dit aussi aux femmes que "belle" veut dire sans poils. Nos cheveux doivent être notre couronne de gloire, le reste du corps doit être aussi glabre qu'un nouveau-né.
Une grande partie de ces injonctions peut être attribuée au jeunisme. Comme les cheveux brillants, de grands yeux et une peau sans rides, le glabre donne au corps une apparence et une sensation de jeune fille ou comme je l'ai vu un jour décrit sur le site web d'un marchand de produits dépilatoires comme un "attrait prépubère". Il est curieux que dans une société où la pédophilie est fustigée et est un gros problème, il est de bon ton et normal de penser que les hommes assouvissent leurs fantasmes paraphiles en exigeant que les femmes paraissent aussi jeunes que possible. Les producteurs de films X font de la pub avec le slogan "à peine adolescentes". Les actrices sont fréquemment affublées du terme "filles" au lieu de "femmes". L'image de "la fillette sexy qui va à l'école" est acceptée et même désirée, pas seulement dans les films X mais aussi dans la pub, les clips musicaux et des night-clubs à thème. Le plus curieux de tout, c'est que les femmes sont obligées de s'enlever la partie la plus visible de ce qui représente leur entrée dans le monde adulte, leur pilosité.
J'ai parlé un jour de ce sujet avec une femme dont le partenaire avait exprimé ouvertement son dégoût pour ses poils pubiens. C'était horrible, pas hygiénique et il préférait le look d'un pubis rasé (une préférence issue, sans aucun doute, de la généralisation du glabre dans la pornographie et les medias mainstream). Je ne le comprends pas, se demandait-elle, médusée. Au nom de quoi veut-il avoir l'impression de faire l'amour avec une fillette plutôt qu'avec la femme adulte que je suis ?
Les femmes adultes sont supposées avoir des poils aux aisselles, au pubis et sur les jambes. Il n'y a rien de non naturel à propos d'une femme poilue; si c'était le cas, alors les poils ne pousseraient pas à cet endroit en premier. De même, il n'y a rien de non féminin à propos d'une femme poilue. Si la féminité signifie "être comme une femme", alors une femme au corps non altéré est par définition aussi féminine qu'on peut l'être. En fait, on peut dire d'une femme sans poils qu'elle est moins féminine, puisqu'elle enlève une partie naturelle, féminine, de son corps.
Alors pourquoi cette répulsion à la vue de quelques poils aux aisselles ou jambes ? Pourquoi les mêmes choses chez un homme ne sont pas sans hygiène et dégoûtantes ? En partie à cause de ce qu'on a déjà dit, le jeunisme. Un homme, lorsqu'il a ses premiers cheveux blancs et ses premières rides n'est pas hors concours, au contraire, il est mûr et distingué. Une femme apprend tout au long de sa vie que son seul but, c'est d'être belle en restant jeune et que jusqu'au moment où sa beauté va disparaître, elle doit s'obliger à enlever chaque trace de ce qui fait d'elle une adulte et qui est sous son contrôle. Et enlever les poils, c'est tellement facile et les moyens pour le faire sont facilement disponibles, elle est tellement conditionnée pour trouver ça normal qu'elle tend la main pour prendre le rasoir.
Nous (les femmes) sommes constamment occupées et sous pression, avec une liste de choses à faire et ne pas faire pour essayer d'atteindre ce rêve impossible de beauté et ainsi, être acceptées par la société. Si les femmes étaient 100% à l'aise avec leur corps sans perdre tout ce temps, cet argent et ces efforts dans le but d'atteindre le mythe de la beauté, notre nouvelle force, notre énergie et l'estime de nous-mêmes pourraient rendre difficile le statu quo patriarcal.
Aucune femme n'est libre tant que toutes les femmes ne sont pas libres. Dans le même style de vérité, il y a celle qu'aucune femme n'enlève ses poils pour elle-même tant qu'il y a une obligation pour les femmes d'être sans poils. Il n'y a pas de vérité dans la phrase "Je m'épile parce que j'aime ça", quand cette préférence vient uniquement du conditionnement social. Tant de femmes pensent qu'elles doivent se raser si elles portent un t-shirt sans manches ou avant d'aller à la piscine, à un examen gynécologique ou avant d'avoir des relations sexuelles. Tant de femmes arrêtent de se raser en hiver ou quand elles sont célibataires ou à n'importe quel autre moment où elles savent que personne ne verra leurs poils. Si réellement elles enlèvent les poils pour elles-mêmes, pourquoi ces exceptions seraient valides ? La réalité est que si ces femmes vivaient dans une société où le mythe de beauté et l'idéal masculin étaient non-existants, où la pilosité serait acceptée et même célébrée, très peu de femmes continueraient à perdre leur temps à enlever leurs poils.
Il est dit dans certains cercles féministes que la pilosité est triviale, qu'il y a des batailles plus importantes. Mais je crois que c'est un élément important, celui de l'estime de soi des femmes ou le manque d'estime de soi, vu que le corps des femmes est considéré comme une propriété publique et vu la façon dont nous l'ajustons pour qu'il soit accepté. C'est important car la société ne peut tolérer le corps d'une femme dans son état naturel, la société tolère encore moins de voir une femme à l'aise, puissante et confiante avec son corps inaltéré. Cela indique la façon dont les femmes sont perçues et la façon dont elles sont ridiculisées et qu'on les regarde avec mépris, simplement parce qu'elles refusent de participer à des rituels inutiles uniquement dans le but d'être dans la norme.
Je souscris entièrement à tout ce qu'elle dit. Comme c'est une femme, elle l'exprime encore autrement et c'est pour ça que j'ai tenu à la citer. C'est la clé de la compréhension du problème : c'est la société, donc le patriarcat qui impose aux femmes ce qu'elles doivent faire de leur corps. Il n'y a donc aucune liberté quand on maigrit à en devenir anorexique ou quand on s'arrache tous les poils du corps, étant donné que ce sont deux standards à suivre.
Florence Montreynaud (fondatrice des Chiennes de Garde en 1999) explique que c'est une violence à leur corps que les femmes s'infligent, via la chirurgie esthétique, les régimes alimentaires extrêmes.
A cette liste, je rajoute évidemment l'épilation : celle-ci est aussi une violence puisqu'on arrache quelque chose de naturel, l'état de la peau après épilation le prouve largement.
En fait, la violence est présente chez les hommes et les femmes, contrairement au refrain patriarcal "les femmes sont douces et les hommes sont durs". Mais les hommes sont éduqués à l'extérioriser, par le sport, le combat, la guerre, etc., alors que les femmes sont éduquées à l'intérioriser et s'en prennent à leur propre corps. Cela rejoint la première citation de cette page où il est dit que ce qui est naturel chez les femmes est forcément laid et donc, à transformer.
Malheureusement, chez beaucoup de jeunes femmes, l'épilation n'est pas du tout perçue comme un enjeu féministe. C'est l'un des enseignements que l'on peut tirer d'un mémoire en psychologie sociale du fondateur du MIEL, qui date de 2006, intitulé Norme et contrôle social : le cas de l’épilation féminine, j'en parle ici
Lien direct pour télécharger le mémoire (580 KB)
Concernant l'intériorisation de la norme, voici ce qu'on peut y lire
L'internalisation (ou intériorisation) de la norme : « Le processus d'intériorisation des normes sociales représente une variété particulière du processus de socialisation qui implique qu'une exigence sociale d'abord externe à la personne devienne progressivement interne à la personne. Selon la typologie de Kelman (1958), l'intériorisation signifie que la personne exhibe le comportement ou le jugement désirable parce qu'elle a intégré les normes sociales à son propre système de valeurs. »
En conduisant l'individu à s'attribuer l'acte, le processus d'internalisation peut donc avoir pour effet de masquer le caractère normatif des évènements, ceux-ci apparaissant comme le pur produit des caractéristiques personnelles de l'individu. […] ce sont les évènements impliqués par les normes de jugement (opinions, croyances…) qui donnent lieu à l'internalisation la plus grande.
A un niveau interpersonnel, les gens se sentent obligés de se comporter conformément à la norme du fait qu'un certain nombre de conséquences négatives peuvent résulter de la non-conformité. [A un niveau personnel,] les gens se conforment car ils acceptent la légitimité de la norme établie et reconnaissent l'importance de la soutenir; également car ils se sentent personnellement obligés de tendre vers leurs propres idéaux ».
Lorsqu'une norme est internalisée par un individu elle devient partie intégrante de son système de valeur. Le fait de suivre la norme apporte alors une satisfaction personnelle, la norme n'est plus perçue comme une pression extérieure.
On trouve des choses ahurissantes dans ce mémoire. Le panel est constitué de 116 étudiantes en deuxième et troisième année de licence de psychologie à Nanterre, âgées de 19 à 26 ans (âge médian 21 ans). On pourrait s'attendre à bcp de tolérance et de recul mais c'est tout le contraire qui s'est passé.
On leur demande si c'est normal et naturel d'avoir des poils aux aisselles pour une femme.
1. 16 sujets qui trouvent peu normal et pas naturel d'avoir des aisselles sans poils, pensent que les modifications corporelles sont un enjeu féministe faible mais l'épilation pas du tout, se sentent plutôt proches des idées féministes et ne prescrivent l'épilation que si les aisselles sont visibles. Ces sujets invoquent plus souvent que les autres la norme comme justification à leur pratique.
2. 38 sujets qui trouvent parfaitement normal et naturel d'avoir des aisselles sans poils, pensent que les modifications corporelles sont un enjeu féministe faible mais l'épilation pas du tout, se sentent plutôt proches des idées féministes et prescrivent l'épilation régulière. Ces sujets n'invoquent jamais la norme comme justification à leur pratique.
3. 34 sujets qui trouvent parfaitement normal mais peu naturel d'avoir des aisselles sans poils, ne perçoivent aucun enjeu féministe, se sentent peu proches des idées féministes et prescrivent l'épilation régulière. Ces sujets invoquent rarement la norme comme justification à leur pratique.
4. 21 sujets qui trouvent plutôt normal mais peu naturel d'avoir des aisselles sans poils, perçoivent clairement les enjeux féministes, se sentent plutôt proches des idées féministes et prescrivent l'épilation régulière ou seulement par rapport à la visibilité. Ces sujets invoquent peu la norme comme justification à leur pratique.
Sur 109 réponses, seulement 16 trouvent que c'est peu normal et pas naturel d'être sans poils aux aisselles ! Donc, 93 qui trouvent ça ou normal, ou naturel, ou normal et naturel ! Je ne sais pas s'il faut en rire ou en pleurer.
Autre constat, la moitié de ces jeunes femmes considèrent que l'épilation n'est pas du tout un enjeu féministe, seule 6% reconnaissent que c'est réellement un enjeu féministe ! Et ces femmes étudient la psychologie humaine, c'est dire les % qu'on trouverait si l'on faisait cette étude sur des femmes lambda. Comment pourront-elles plus tard aider des gens à comprendre les mécanismes inconscients si elles ne sont même pas conscientes des contradictions de leurs propos et de la norme qu'elles suivent sans même s'en rendre compte ?
Il y a un deuxième mémoire sur une fausse pub vantant un produit pour la repousse des poils
Il s'est passé plusieurs choses concernant la PF en 2012. Comme je l'explique sur la page d'accueil, des femmes en Suède ont été menacées de mort parce qu'elles ont montré leur PF en soutien à une autre femme, ayant subi des quolibets parce que ses poils aux aisselles étaient visibles dans une émission télé. C'est la première fois à ma connaissance que la pilophobie va aussi loin.
Peu après, Emer O'Toole (une journaliste britannique) est passée à la télé anglaise en montrant ses poils aux aisselles et aux jambes, tout en expliquant pourquoi elle gardait ses poils. Ce qui a provoqué une avalanche de réactions, elle a eu des demandes d"interview venant de tous les pays, un peu comme si on avait affaire à «la femme à deux têtes». Alors que les poils sur le corps d'une femme, c'est normal et naturel. En 2013, elle continue son combat et parle de son choix dans des conférences pour les droits des femmes. En tapant son nom dans Youtube, on tombe rapidement sur plusieurs vidéos (en anglais).
Il y a également des initiatives de collégiennes en France, via un court-métrage qui dénonce la norme du glabre. C'est bien peu de choses évidemment face à l'océan pilophobe dans lequel nous baignons mais c'est encourageant pour la suite.
18. La PF et les autres diktats du corps
Depuis plus de 10 ans que je m'intéresse à la PF, j'ai évidemment lu des tas d'articles sur les autres diktats, je pense à la minceur et au jeunisme. Souvent d'ailleurs, des contradicteurs peu informés de la réalité concernant la PF expliquée sur cette page me disent qu'au fond, c'est pareil, les femmes sont obligées d'être minces et de paraître jeunes. Sous-entendu que la pression sociale sur la PF n'est pas quelque chose de particulier.
Mes recherches m'ont permis de prouver le contraire.
Tout d'abord, comme je l'ai déjà dit, il y a l'absence criante d'ouvrages consacrés à la PF. Alors que des livres sur les dangers de l'obésité, de l'anorexie, ça pullule. Ces deux thèmes sont d'ailleurs régulièrement dans les débats médiatiques. Dans les pubs pour des produits alimentaires en France, il y a toujours un bandeau en bas de l'écran mettant en garde les consommateurs afin d'éviter les excès de salé, sucré et gras. Dans les magazines, des "spécialistes" expliquent qu'il ne faut pas tomber dans l'extrême inverse en devenant anorexique. Les mannequins squelettiques sont régulièrement stigmatisées.
Pour le bronzage, c'est pareil. Chaque fois que ce sujet est évoqué, on est mis en garde contre les dangers d'une exposition trop longue au soleil, par les dermatologues, entre autres. Ces mêmes médecins sont par contre quasi muets concernant les inconvénients liés à l'épilation, j'y consacre d'ailleurs un chapitre. Il faut dire que certains font fortune avec le laser. Ceci expliquant peut-être cela ?
Il y a même de temps en temps des "rondes" en 1ère page d'un magazine, voir Marianne James en 2009 dans Gala. Ou le magazine "Elle" d'avril 2010, entièrement consacré aux "rondes", dont une femme à la taille 48 en couverture. Par contre, ni en première page, ni en page intérieure de la presse dite "féminine", on ne voit de PF. Malgré qu'on soit bombardé d'images de femmes minces ou maigres, on voit des femmes dans les médias qui n'ont pas peur de montrer leurs formes : Laurence Boccolini, Maurane, Michèle Bernier, Beth Ditto, je croise aussi dans la rue beaucoup de femmes qui ont une taille plus proche du 50 que du 36 ainsi que des femmes pas maquillées alors que le maquillage est une norme de "beauté" également.
De plus, les revues dites «féminines» abordent l'épilation à sens unique : en disant "comment s'épiler". Or, la bonne question est "faut-il s'épiler". Quand on sait que plus de la moitié des femmes avec qui j'en ai parlé et qui s'épilent le font uniquement à cause de la pression sociale, il y a de quoi se poser des questions mais les firmes de cosmétique faisant de la pub dans ces revues, ce serait se tirer une balle dans le pied de remettre en cause cette pratique. Du coup, on omet souvent la longue liste des inconvénients.
Concernant le fait de paraître "belle", il y a un tout un arsenal d'actions à mener par les femmes. Se maquiller, se peigner, se mettre du vernis à ongles, du rouge à lèvres, etc. Si vous êtes attentifs, vous constaterez que ces actions ne sont pas sources de souffrance physique. Pourtant, tout le monde connaît le slogan "il faut souffrir pour être belle". Par contre, l'épilation est une souffrance physique mais là encore, très peu de fanas de l'épilation en parlent, voilà encore un argument démontrant clairement la différence entre le diktat du glabre et les autres diktats.
Je n'ai de cesse sur les forums de démonter un par un les arguments fallacieux de ceux qui veulent minimiser le diktat de la peau lisse. Et ça énerve ceux qui refusent de se remettre en question. Je n'ai rien à gagner à faire changer d'avis les gens. Ne pas s'épiler, ça ne rapporte rien. Je ne suis pas concerné financièrement parlant, contrairement à l'industrie cosmétique, aux esthéticiennes, dermatologues, je suis donc tout à fait libre pour tenir ce discours. En réalité, la seule chose acceptable, c'est l'épilation pour des raisons esthétiques (et médicales ou professionnelles évidemment) mais même pour l'esthétique, on peut se demander si l'influence des images n'est pas à l'origine de ce goût immodéré pour les corps glabres.
Comme je l'évoquais dans le chapitre sur la sexualité, un corps mince, glabre et une chevelure blonde renvoie à l'enfant.
Peu de gens le savent et pourtant, ne dit-on pas "nos chères têtes blondes" en parlant des enfants ? Ce qui veut bien dire qu'on associe la blondeur à l'enfant.
Beaucoup de femmes se teignent les cheveux dès qu'elles en ont des blancs et même avant d'en avoir, beaucoup se teignent en blondes. Pourquoi ? Ce n'est pas nouveau, en fait.
C'est une obsession millénaire, il y a eu un excellent documentaire sur Arte à ce propos en 2006, expliquant tout simplement que le blond=l'enfant car beaucoup d'enfants naissent blonds et changent de couleur à l'adolescence. Il y a deux mille ans, les Romaines faisaient venir des cheveux des femmes du Nord afin de porter des perruques blondes et ainsi paraître plus jeunes. Et on retombe sur l'imagerie "femme=enfant". On disait dans le docu qu'en Autriche, environ 40% des enfants naissent blonds mais à l'âge adulte, il n'y a plus que 12% de blonds.
Laetitia Casta a dû se teindre en blonde pour un rôle. Résultat : les voitures s'arrêtaient dans la rue pour la laisser traverser, tout le temps qu'elle était blonde ! Alors que d'habitude, les gens ne s'arrêtent pas. C'est un effet inattendu de la teinture.
D'après Martin Monestier (auteur du livre "Les poils, histoires et bizarreries", édition Cherche-midi, 2002) qui cite Loréal, il y aurait en France 50% de gens châtain, 10% de blond, 10% de noir, 5% de roux, 2,5% de brun foncé et 22,5 de gris ou blanc. On voit donc que pour les cheveux très clairs, il n'y a que 15% de la population (roux ou blond).
Mais j'ai déjà lu qu'environ 30 à 40 % des non-blondes en France se teignent en blond ! Plus les 10% de vraies blondes, ça fait que presque une femme sur deux est "blonde" !
Mais si vous posez la question à ces femmes, pratiquement aucune n'évoquera le fait qu'elles paraissent plus jeunes, elles ont aussi intériorisé la norme et diront que c'est "à la mode", "plus joli", etc.
Les cheveux étant des poils, on voit le lien avec la PF. Les poils sexuels sont bien souvent foncés, se teindre en blonde permet une fois de plus de se distancier des signes de maturité sexuelle.
La langue française est subtile car elle distingue poil et cheveu. Mais dans les langues anglo-saxonnes, le mot est le même : haar en flamand et allemand, hair en anglais, etc. Les Anglophones spécifient d'ailleurs "body hair" (poil du corps) ou "head hair" (poil sur la tête) pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté, cela prouve que les cheveux sont bien des poils.
19. Les ados et la PF
Pour la Dre Franziska Baltzer, l'acomoclitisme est plus qu'à la mode, elle est la règle : « [À] la clinique, lorsque nous procédons à un examen gynécologique, nous sommes surpris lorsqu'une fille a encore du poil pubien ! C'est l'exception ! Ce phénomène date d'environ 3 ans. Il est apparu subitement et maintenant, tout le monde le fait. Aujourd'hui, il y a des filles qui se rasent le poil pubien aussitôt qu'il apparaît. Cette semaine, par exemple, j'ai vu une fille de 12 ans qui avait son poil pubien rasé. Il y en avait une autre, il y a environ 2 ou 3 semaines, qui avait dix ans et elle était rasée. Ce sont les mères qui amènent leurs filles pour se faire raser le poil pubien. La fille de 10 ou 12 ans ne sait certainement pas où aller [...] pour ce type d'épilation.»
Extrait de la page du site Sisyphe.org sur l'hypersexualisation des jeunes et filles et l'infantilisation des femmes, cité plus haut, qui date de 2006.
Dans un article consacré à l'acomoclitisme, qui date de 2009, il est question entre autres, du fait que les fillettes à peine adolescentes se font déjà épiler au laser, tellement elles ne supportent pas les poils. C'est le résultat du matraquage des médias qui ne montrent plus que ça depuis une dizaine d'années.
Dans le même temps aussi, on sexualise (dans le discours, dans le vêtement, dans les pratiques) de plus en plus tôt les très jeunes filles. Aujourd'hui, d'après mes amis qui font fortune dans l'épilation au laser, ce sont des fillettes de 12 ou 13 ans qui viennent avec leur mère pour faire disparaître un léger duvet - mais insupportable, semble-t-il.
Du coup, si l'on fait le compte, si l'on additionne tout cela, on en arrive à cette conclusion : les filles et les femmes se confondent. Ou dit autrement, les très jeunes filles se féminisent jusqu'au grotesque et les femmes s'infantilisent jusqu'à l'absurde. Au regard des combats féministes, c'est certes un peu gênant, disons-le. Et au centre de tout cela, variante nécessaire mais non suffisante, il y a ce poil que l'on enlève. Ce n'est pas cet acomoclitisme de masse qui est la cause de tout, non, mais c'en est un moyen. Il est indispensable, de fait.
Comment à cet âge-là peut-on décider avec son libre arbitre ? Pourquoi subitement cette envie d'enlever ce qui fait de ces jeunes filles des femmes puisque l'apparition des poils les différencient justement des fillettes impubères qu'elles étaient ?
Le commentaire suivant a été posté sur le blog d'Hélène, en 2008.
Quand je vois ma cousine de 16 ans , vierge et pas du tout au fait des choses de la vie, se raser intégralement le pubis parce qu’elle trouve que « les poils ça fait crade », je m’interroge un peu sur la pression ressenties par les jeunes filles.
Voici deux commentaires postés sur un forum de France-Inter suite à une émission consacrée à l'épilation en 2008
Ma fille a 9 ans. Elle commence à être gênée, par ce duvet assez épais (heureusement plutôt blond) sur les bras.
A quel âge peut on épiler le duvet au dessus des lèvres? Ma fille de 12 ans et demi me demande de l'aider à le faire disparaitre.que puis je lui proposer?
Un témoignage affligeant du site doctissimo.fr, datant d'août 2006.
Ma fille a passé un après-midi [chez une copine] et elle est revenu avec les mollets rasés. Jusque là rien de banal, sauf qu'elle n'a que 9 ans et 3 mois. Sa copine d'un an de plus se rase et elle demande à sa copine de raser une petite partie et au lieu de çà elle lui rase le mollet.
Voici la première réponse
Fais lui faire une épilation définitive au laser, comme elle est petite ça coûtera moins cher que pour une adulte.
La maman remercie pour la réponse et dit ceci
C'est vrai que la solution épilation à la cire, une esthéticienne m'a dit qu'il y avait des mères qui amenaient leur fille à 10 ans, mais il fallait qu'elle les prépare à cette douleur. Même étant adulte..Qu'est-ce que cela fait mal, nom d'un chien
Une fillette prépubère de 9 ans qui est gênée par ses poils sur les bras ? Une mère qui veut épiler intégralement sa fille impubère ? Des mères qui amènent leur fille de 10 ans chez l'esthéticienne ? Mais c'est quoi ce délire ? Pour moi, c'est la pub et l'entourage qui provoquent ça. Elles ont probablement une mère obsédée par l'épilation ou une soeur aînée et il y a forcément "contamination". Il y a donc une nette accélération de la pression, dès le plus jeune âge, les fillettes sont déjà stressées à l'idée des poils qu'elles n'ont même pas encore et elles sont dégoûtées de leurs poils, comme si elles étaient "sales".
Sur un autre forum, une dame me disait en 2008
j'entends et je lis souvent des paroles de gynécologue qui disent que pratiquement 100 % de leur (très) jeunes patientes - des fillettes de 11,12, 13 ans- sont toujours, toujours rasées.
Une jeune prof d'HG disait ceci en 2006 sur le forum de MIEL
je montre à mes élèves de 1° un tableau de Modigliani ("le nu couché", 1919), qui montre une belle femme nue dans toute sa nature; Bien sûr, commentaires des mecs à mi voix et une fille (détail significatif) qui dit tout haut :"hé madame, ils s'épilaient pas en ce temps là ?". Et moi partie pour un petit topo sur la mode, la coutume, les canons de beauté, la relativité des usages selon les pays et les époques et tutti quanti. Ecoute attentive mais assez sceptique de l'ensemble de la classe et toujours ce même argument qui revenait: "mais madame, c'est sale, les poils !"
On voit bien à quel point ces jeunes sont influencés par les pornos et les pubs de femmes sans poils. La même génération mais dans les années 90 aurait tenu des propos tout à fait différents.
Autre anecdote de la même prof
L'an dernier, dans une de mes seconde, j'ai eu une petite asiatique adorable, Marie, qui, je m'en suis aperçue quand il a commencé à faire chaud (avril-mai) ne s'épilait pas les aisselles. Je pense que, outre une pilosité discrète, (comme c'est souvent le cas chez les Asiatiques, paraît-il) elle était encore assez "gamine", assez "innocente" pour ne pas trop prêter attention à cet aspect de son corps (ou alors bien éduquée... !) Donc : elle levait le bras sans aucune gêne pour répondre.... du moins au début. Naturellement (si l'on peut dire) elle a eu droit à des rires plus ou moins étouffés et, je suppose, des remarques forts claires de la part de ses copines, même si ces remarques n'ont pas eu lieu en ma présence. Résultat : 15 jours après, toujours bras nus, la petite Marie arborait des aisselles absolument lisses. Quand je pense qu'il y en a qui croient être libres !!
En 2009, encore une anecdote dans une classe de seconde, soit 15-16 ans
A un moment, une fille a dit " pour moi une fille qui a gros tatouage, c'est moche, ça fait sale, c'est comme si la meuf elle s'épilait pas..." ben voyons !! bien sûr, j'ai bondi ( silencieusement) et je me suis empressée de revenir sur la question : "Elsa, tu penses qu'une fille qui ne s'épile pas, c'est sale?" " Ah oui, madame !!!" Mais, et c'est là que j'ai été surprise , tout le monde n'était pas d'accord: certains ( minoritaires, mais incisifs !) affirmaient clairement " elle fait comme elle veut, c'est son choix", d'autres ( majoritaires bien sûr) " beuuuurk!" . le formatage est arrivé à un niveau avancé....
En 2009, sur un forum pour ados, une ado de 12 ans se plaignait que sa mère ne la laissait pas se raser les jambes, voici quelques conseils qu'on lui donne
Je ne sais vraiment pas quoi vous dire!! sa doit etre l'horreur!! mais je ne comprend pas comment une mère peut etre comme sa, c'est injustifié!! ta des poils tu les rases point barre!! au pire tu le fais en cachette chez une copine au lycée je ne sais pas moi mais ne restez pas comme sa réagisser!! une mère trop envahissante et coincée c'est rare mais chiant!! moi naussi elle était comme ça j'y ai répondu eh o je fais se ke je veut de mon corps!!
S.V.P les filles ne rester pas comme sa a souffrir et a desesperer aller vite au magasins sans ke votre mere ne le sache et acheter des produits j'espere ke je vous ai aider!!!"
Une autre de 13 ans demandait ce que les mecs préféraient niveau épilation du maillot
D'après mon chéri, les hommes ont tendance à préférer l'épilation intégrale. Je suppose que ça leur donne l'impression que la fille est prépubère, donc, par association d'idée, vierge et innocente...
Dans le film "Lol" (sorti en 2009), Sophie Marceau joue le rôle d'une mère d'adolescente. On la voit s'étonner que sa fille de 16 ans se rase le pubis, elle se justifie en disant qu'elle n'aime pas les poils et sa mère répond : mais ceux-là, personne ne les a vus.
Ce qui veut dire qu'on s'épile d'abord pour les autres. C'est la réalité de beaucoup de femmes mais je pense que c'est la fille qui a "raison", de plus en plus d'adolescentes détestent leur pilosité et n'attendent pas d'avoir montré leur corps à un-e partenaire pour se raser.
Le commentaire suivant vient d'un blog et a été posté en 2006. Il montre bien que l'épilation peut être un "rite de passage" mais que pour faire passer la pilule, on invente un prétexte bidon.
L'épilation, c'est vraiment une histoire de filles, une histoires de femmes, et aussi un passage de relai d'une génération à l'autre. Dans ma famille, un "mythe" dit qu'il faut épiler les filles avant leurs premières règles (ça ralentirait la repousse des poils). Je me souviens de l'été de mes 12 ans, ma cousine et moi avions été prises en main par nos mères et nos tantes, et avions été débarrassées des 3 poils qui se battaient en duel sur nos mollets.
C'est clair que cette femme et sa cousine n'ont pas pu dire non. Vous avez dit "libre choix" ?
Concernant l'influence des mamans sur leur fille, voici ce qu'on pouvait lire en 2004 sur un blog canadien tenu par Julia Caron
As young girls, many of us look up to our mothers as the essence of all that is feminine. With beautiful breasts and curvaceous hips and smooth shaven legs, we want to be like them as soon as possible. We know we can't possibly sprout those curves in a matter of minutes, so we do the only thing we can achieve in mere seconds -- shave.
Traduction : en tant que petites filles, nous sommes nombreuses à regarder nos mamans comme l'essence même de tout ce qui est féminin. Avec de beaux seins, des hanches galbées ainsi que des jambes lisses, nous désirons être comme elles aussitôt que possible. Nous savons qu'il n'est pas possible de faire surgir des hanches de femme en quelques minutes, donc nous faisons ce que nous pouvons faire en quelques minutes, se raser.
Cette explication n'est évidemment pas valide pour toutes les fillettes, cela dépend de la relation avec la mère, si elle est vraiment vue comme le modèle à suivre. Mais il y a quelque chose de vrai et d'inconscient dans ce désir de ressembler à sa mère.
Il est surprenant de voir que les adolescentes maîtrisent toutes les épilations possibles mais qu'une certaine partie d'entre elles se retrouvent enceinte car elles ignorent comment cela se passe ! La connaissance de la sexualité est tout de même plus importante que la maîtrise des techniques épilatoires, il me semble.
Comme je l'ai déjà dit plus haut, dans les années 70, les adolescentes ne s'épilaient pratiquement pas, sauf parfois en été pour aller à la plage. Mais ce n'était pas obsessionnel comme aujourd'hui, ce n'était par exemple pas du tout un sujet de discussion entre elles. Alors qu'aujourd'hui, elles en parlent entre elles pour se donner des conseils afin d'épiler ou de raser, elles en parlent à leurs parents, se documentent sur Internet, etc.
L'industrie cosmétique est arrivée à sa fin : convaincre les ados et les femmes qu'il faut absolument s'enlever tous les poils, dès qu'ils poussent mais en faisant croire que c'est une demande des femmes et des adolescentes. Qui peut croire un mensonge pareil ?
20. L'épilation et la culture musulmane
Mon but n'est pas d'offenser les croyants, c'est pourquoi je parle de culture et non de religion musulmane. La nuance est très importance. Le mot culture, comme le mot tradition, est souvent utilisé pour cacher des choses bien plus graves, je pense à l'excision, au mariage forcé. L'épilation est inscrite dans la culture musulmane (fitra) mais pas dans le Coran.
Voici ce qu'on trouve sur un blog consacré à l'épilation chez les Musulmans
L'épilation des poils qui se trouvent sous les aisselles ou ceux du pubis sont des mesures d'hygiène qui nous ont été enseignées par le Prophète Mohammad (bénédiction et salut soient sur lui ) lui-même, et qui ont été énumérées comme faisant partie des pratiques conformes à la nature primordiale ("Fitrah") de l'homme.
Abû Hurayra (qu'Allah soit satisfait de lui) rapporte que le Prophète (psl) a dit :
"La fitra (la nature primordiale) comporte cinq éléments :
la circoncision, le fait de se raser le pubis, de se couper les ongles, de s'épiler les aisselles et de se tailler la moustache. " (rapporté par Boukhari)
Dans un autre Hadith, ces actes ont été comptés parmi les "Sounnahs" (pratiques) des Messagers divins (sur eux la Paix). Dans ces deux cas, il n'est donc pas question de modifier un élément du corps dans un but purement esthétique :
il s'agit au contraire de répondre à un besoin d'hygiène, mais aussi à rétablir (et non pas altérer) un trait de la "Fitrah", de la nature primordiale humaine.
On voit d'emblée que l'accent est mis sur l'hygiène. On peut imaginer qu'en l'an 650, dans le désert, elle était un problème. Il me semble qu'aujourd'hui, on a un peu dépassé ça. On y parle de la périodicité de l'épilation (tous les 40 jours), ce qui est étonnant si c'est réellement pour l'hygiène. Au départ, l'épilation concerne hommes et femmes. Mais comme par hasard, quand je vois à la télé de jeunes musulmans en maillot, ils n'ont pas les aisselles épilées !
L'épilation des sourcils :
La coupe des sourcils, ou leur redressement par le rasage ou l'épilation que pratiquent certaines femmes de nos jours, sont interdits car ces opérations impliquent la modification de la création d'Allah et une obéissance à Satan dans son œuvre visant à tromper et à amener (les gens) à modifier la création d'Allah.
Allah Le Très Haut a dit :
« Certes, Allah ne pardonne pas qu'on Lui donne des associés. A part cela, Il pardonne à qui Il veut.
« Quiconque donne des associés à Allah s'égare, très loin dans l'égarement.
« Ce ne sont que des femelles qu'ils invoquent, « en dehors de Lui. Et ce n'est qu'un diable rebelle qu'ils invoquent. » (Sourate 4, versets 116 et 117)
Selon un hadith cité dans le Sahih, Ibn Massoud (P.A.a) dit :
« Qu'Allah maudisse les tatoueuses et celles qui demandent à subir le tatouage ; les épileuses de poils et celles qui sollicitent leurs services ; les limeuses de dents et celles qui se font limer les dents car elles modifient la création d'Allah. »
Ma conscience féministe est terriblement choquée par ces propos. Au nom de quoi des hommes décident par décret ce que les femmes ont le droit de faire ou pas de leurs poils ? Et pourquoi épiler les sourcils est interdit sous prétexte de modification de la création d'Allah ? N'est-ce pas Allah qui a créé les poils pubiens et aux aisselles ? C'est n'importe quoi, les sourcils ne sont pas liés à la sexualité mais bien la PF, voilà la vraie raison. Mais ce n'est pas tout, voici encore de quoi choquer mes convictions
L'épilation des jambes :
Il est permis d'enlever les poils des jambes. Quant aux opinions des écoles juridiques relatives au rasage des poils du corps tels que les poils des mains et des pieds, les Malékites ont déclaré que la femme est autorisée à enlever tout ce qui compromet sa beauté et à maintenir tout ce qui l'augmente. (L'Encyclopédie juridique, 18/100)
Cependant il est interdit à la femme de couper les poils qui poussent sur son visage, et cette interdiction s'aggrave en ce qui concerne les sourcils en raison de la menace proférée à cet égard.
Là, ça devient très grave car on parle de menace proférée. Evidemment, pas de sanction pour un homme qui se couperait la barbe, ce sont toujours les femmes qui ont à se soumettre.
Voici un commentaire posté sur le forum de MIEL par une Musulmane pratiquante de 23 ans, elle explique que l'épilation n'est qu'une recommandation et non une injonction.
Contrairement à ce qu'on dit, ni le Coran ni la Sunna (c'est-à-dire l'ensemble des dires du Prophète) ne parle de l'épilation imposée aux femmes. Dans le Coran, Dieu insiste très souvent sur la perfection de sa Création, et ne tolère aucune modification. Il y a seulement un hadith du Prophète qui classe le rasage du pubis et des aisselles parmi les pratiques saines, mais il faut replacer ces paroles dans le contexte de l'époque: on est au 6e siècle de notre ère, en plein milieu d'un désert! Donc, pas d'eau courante! Cette pratique, préconisée, proposée, mais nullement obligatoire, servait à faciliter la vie aux habitants du désert, notamment question hygiène. D'ailleurs, il ne précise nulle part qu'elle s'impose uniquement aux femmes, mais il parle en termes généraux. J'ai également vérifié auprès de théologiens (donc des personnes érudites habilitées à expliquer ces paroles) que ce n'est pas du tout obligatoire de le faire, mais simplement préconisé. D'ailleurs, le même théologien qui s'est exprimé sur le sujet est contre l'épilation féminine! En effet, dit-il, pourquoi vouloir enlever du corps de la femme ce que Dieu y a mis par sa sagesse (ce sont ses propres dires). Pourquoi vouloir faire ressembler la femme à une poupée en plastique? Donc, contrairement à ce que j'ai pu lire ou entendre ici et là, ce n'est absolument pas une injonction religieuse, mais le fruit des traditions qui ont exactement le même but qu'en Occident: infantiliser la femme et la désexualiser pour mieux la manipuler.
D'un point de vue strictement religieux, l'épilation des sourcils (chez la femme généralement, puisque les hommes sont beaucoup moins concernés) est une pratique formellement interdite, et éloigne celle qui le fait de la miséricorde divine. Donc, là aussi, bien que très répandue en terre d'islam, l'épilation des sourcils est en fait interdite par la religion! Vous pouvez ainsi constater à quelle point la religion est utilisée et instrumentalisée pour domestiquer le corps de la femme. Bref, tout cet exposé pour dire que l'islam insiste pour que hommes et femmes restent tels que Dieu les a créés, avec leurs poils qui sont une bénédiction pour les humains puisqu'ils protègent leur peau et les érotisent.
Voici encore des commentaires du site Afrik.com
« Se raser la pilosité du pubis » s’applique aux femmes et aux hommes et « il ne faut pas laisser 40 jours s’écouler sans l’avoir fait », précise un hadith. « Veiller à ne pas avoir de poils pubiens est une recommandation religieuse mais aussi une hygiène de vie », précise Amine, jeune Sénégalais musulman de 32 ans né à Dakar et vivant en France. « Si je ne me rase pas le pubis et les aisselles, je ne me sens pas bien. J’ai commencé à le faire à 16 ans, après avoir lu les hadiths. Je le fais tous les 40 jours avec une tondeuse spéciale que je ne réserve qu’à cet usage. J’ai une peau très sensible mais je n’ai jamais eu de problème de rasage. C’est devenu une habitude. C’est un précepte religieux mais une fois qu’on a essayé, on se rend compte des avantages hygiéniques. »
Mohammed H. Benkheira, professeur à l’université de Rouen, explique dans son étude, « Le visage de la femme. Entre la shari’a et la coutume », réalisée en Algérie, que, « dans la culture traditionnelle, il est d’usage pour la femme de s’épiler la totalité du corps, notamment pour sa nuit de noces. La beauté féminine dans ce cas coïncide avec un corps dénué de toute pilosité à l’exception des cheveux, qui doivent rester longs, et des sourcils considérablement amincis. » Aujourd’hui, l’épilation intégrale du maillot est une réalité pour de nombreuses jeunes filles maghrébines ou d’origine maghrébine. Ce n’est pas forcément la religion qui les pousse à s’épiler mais plutôt une tradition transmise de mères en filles. « Je m’épile le maillot intégralement tous les mois et ce, depuis mes 14 ans », explique Linda, 30 ans, qui vit à Alger.
C’est ma mère qui m’a initiée et la plupart des femmes de ma famille le font. J’ai commencé à me faire épiler au hammam, ça fait partie du rituel de nettoyage et de décrassage complet ! Ce n’est pas une question de suivre la religion, car je ne suis pas pratiquante. C’est juste que je ne supporte pas d’avoir des poils pubiens, lorsqu’ils repoussent je me sens sale ! Pour moi, c’est une question d’hygiène, surtout l’été, avec la chaleur, lorsqu’on transpire. Je préfère être nette à cet endroit.
Un prof d'unif qui décrète ce qu'est la beauté féminine ? Mais il est qui pour s'autoriser ce genre de choses ?
Linda qui dit se sentir sale avec des poils démontre bien la détestation du corps inculquée par ces traditions écrites par des hommes. On voit aussi que même si elle n'est pas pratiquante, elle est conditionnée par la pression inconsciente de ce qui l'entoure et elle se soumet au diktat religieux tout en pensant agir librement et en utilisant les termes lénifiants comme "hygiène" et "rituel", j'y vois la patte des machos qui utilisent toujours des euphémismes pour cacher leurs diktats.
Commentaire posté sur un blog en 2009
je signale que dans les pays du Maghreb les femmes s'épilent au miel depuis des siècles... et cela fait partie de leur arrogante beauté qui le permet de faire face au machisme ambiant
Quelle méconnaissance de l'histoire ! Ce sont les hommes qui ont imposé l'épilation aux femmes, ce n'est en aucun cas leur choix personnel quand bien même elles ont l'impression de le faire sans pression.
Voici ce que dit Gérard Zwang à propos des Musulmanes.
Il n'en va pas de même en contrée phallocratique, là où les femmes sont infériorisées, assujetties. Le rasage féminin donne à la vulve et au pubis l'aspect glabre des organes infantiles. C'est un signe de soumission, pour ne pas apparaître en tant qu'adulte et autonome. La femme est ainsi infantilisée.
La pratique est solidement implantée dans les pays musulmans. Mais en Occident, la sexualité et ses poils, tout spécialement féminins, ont été fortement culpabilisés.
L'épilation corporelle totale.
Elle est infligée rituellement aux jeunes mariées, avant la nuit de noces coranique. Mais aussi en Inde, avant le mariage avec un aristocrate. La femme est devenue à nouveau une enfant, au pouvoir de son seigneur et maître. Il en attend la même docilité.
Concernant l'épilation intégrale rituelle, elle est montrée dans le film "Harem" d'Arthur Joffé (1985), avec Nastassja Kinski. On voit la future mariée se faire raser entièrement par d'autres femmes lors d'une cérémonie. Il semble que depuis quelques décennies, ce ne soit plus nécessaire car longtemps avant le mariage, beaucoup de Musulmanes s'épilent déjà.
J'ai consacré un sujet à ce propos sur le forum de MIEL
Le texte de Zwang m'a permis de faire le lien entre le voile islamique et l'épilation. Dans la culture musulmane, les deux sont associés dans un même but : empêcher les femmes d'être tentatrices et les infantiliser. Le côté tentateur des femmes est un vieux cliché : les pauvres hommes ne peuvent résister face aux créatures diaboliques que sont les femmes qui les excitent avec leurs cheveux, leurs poils, leurs formes. C'est donc de la faute des femmes s'il faut cacher les cheveux et enlever les poils.
Donc, enlever les poils (les cacher, en somme) ou cacher les cheveux, c'est du pareil au même, on enlève un attribut potentiellement érotique. En Occident, point de voile depuis 1930 environ. Mais l'épilation a pris le relais et les pornographes sont les champions pour montrer des corps infantilisés. Les mollahs main dans la main avec les pornographes pour empêcher les femmes de montrer des attributs érotiques, qui l'eut cru ?
Ce qui est dommage, c'est que très peu de féministes occidentales en sont conscientes. Elles sont promptes à dénoncer le voile comme symbole de soumission mais combien s'insurgent contre la norme du glabre en Occident, qui est symboliquement la même chose ? C'est un peu la paille et la poutre. C'est plus facile de montrer du doigt les machos d'une autre contrée que de lutter contre le machisme ambiant, surtout quand il s'agit de PF, donc de sexualité.
J'en veux pour preuve cet article dans "Le Monde" du 6 mars 2010 consacré à la lutte de Ni putes ni soumises contre le voile.
C'est avec deux jours d'avance que l'association Ni Putes ni Soumises a fêté le 8 mars. Une soixantaine de jeunes militants de l'association Ni Putes ni Soumises se rassemblées place de la République samedi, coiffés de bonnets phrygiens. Scandant en musique "des actes, pas des mots", les jeunes militants, dont une petite dizaine de garçons, ont organisé un défilé circulaire en brandissant des pancartes "Ni voile ni burqa", "service public = avortement et contraception" ou "raser mes jambes oui, raser les murs non".
21. Les inconvénients de l'épilation
Il n'y a pas de chapitre sur les avantages de l'épilation car il n'y en a aucun ! C'est important à préciser car la norme est tellement intégrée que les inconvénients sont minimisés, pour ne pas dire ignorés.
Si l'épilation était une nécessité impérative, on pourrait encore se dire que c'est un passage obligé. Et on compare alors avec le rasage quotidien de beaucoup d'hommes.
On me dit souvent "oui mais vous les hommes, vous vous rasez la barbe". D'abord, tous les hommes ne se rasent pas. Ensuite, si un homme a une barbe, il ne sera jamais insulté en rue et on ne lui lancera pas des regards bizarres. C'est même à la mode pour le moment, plein d'acteurs considérés comme très sexy en ont une. De plus, la barbe pousse sans arrêt et si l'on ne taille pas la moustache, elle empêche de manger convenablement. Si on laisse pousser les cheveux ou les ongles, cela va aussi devenir un problème. Mais les poils du corps ne posent aucun problème en soi, ils poussent jusqu'à une certaine longueur et ensuite, sont renouvelés. Donc, à part pour des raisons culturelles ou esthétiques, il n'y a pas de raison "fonctionnelle" de les enlever.
Ce qui rend d'autant plus absurde cette obsession à les enlever. La PF focalise une énergie et un dégoût totalement disproportionnés.
Les femmes souffrant d'hirsutisme sont encore plus concernées car elles multiplient les épilations et les traitements laser.
Les lasers récents semblent performants mais d'après certains dermatologues, l'épilation définitive doit être comprise comme épilation pour une dizaine d'années.
C'est encore une escroquerie de faire croire aux femmes qu'elles vont être débarrassées de leurs poils pour de bon. Et qui peut dire si le laser n'aura pas d'effet dommageable après 5 ou 10 ans ? Ne serait-il pas plus simple que les femmes aient le choix de garder leur PF ?
Voyons maintenant la longue liste des inconvénients. Il y a ceux liés à la pratique au moment même et ceux qui sont la conséquence du geste.
Le rasage a priori n'est pas douloureux. Mais si on le fait à la lame, il y a risque de coupure. L'épilation peut être très douloureuse, en fonction de l'endroit épilé et de la personne. Le pubis et les aisselles sont deux zones très sensibles, il est pratiquement impossible de ne pas ressentir de douleur. Si l'épilation est faite avec de la cire chaude, il y a un risque de brûlure, voir le témoignage plus bas.
Voici ce que dit MIEL concernant l'aspect nuisible de l'épilation
-ça dessèche la peau (les poils ont pour fonction de réguler l'humidité de la peau) ;
-ça fragilise la peau et favorise les infections ;
-ça empêche la diffusion et/ou la production des phéromones ;
-ça fait mal (cire, laser) ;
-ça blesse (rasoir) ou cela occasionne des rougeurs, des boutons...
-ça cause des démangeaisons quand les poils repoussent ;
-ça enlaidit : les poils d'origine sont beaux et doux mais les repousses le sont moins, sans compter la multiplication des poils incarnés ;
-ça fait perdre du temps : pendant qu'on fait ça, on ne fait pas autre chose de plus intéressant ou de plus utile (s'instruire, agir, se faire des amis...) ;
-ça coûte cher (appareils, institut, cire, crèmes) ;
-ça pollue : industrie des crèmes dépilatoires et rasoirs jetables.
Je rappelle les cas de mycoses et autres infections survenant suite à l'épilation du pubis féminin, les poils sont une barrière contre les germes.
Un autre inconvénient après des épilations répétées, c'est le fait que si l'on décide de laisser repousser les poils, le résultat est esthétiquement discutable car tous les poils ne repoussent pas et ceux qui repoussent le font de façon anarchique.
Sinon, les femmes se rasant le pubis et qui ont des relations sexuelles tous les deux jours sont obligées de se raser chaque jour pour éviter l'effet papier émeri. Et c'est un engrenage duquel on ne sort jamais.
Voici d'ailleurs le conseil d'un homme qui aime les femmes rasées intégralement, on notera l'injonction, cela vient d'un blog en 2005.
Par contre, soins consciencieux obligatoires: repousse pas terrible et petits boutons assurés si laissé en jachère!
Témoignage posté sur le forum de simplicité volontaire en 2007 par une Française vivant à New York qui raconte ce qu'elle voit dans le métro
on ne peux pas dire que j'ai vu beaucoup de poils féminins. Par contre, des coupures, des poils incarnés, des kystes, des irritations, de la couche cornée épaissie et foncée par le passage quotidien du rasoir, des racines noires visibles sous la peau, des débuts de repousse rêches (et même acérées), des couches blanches et pâteuses de déodorant (qui parfois se détachent en plaque, si si), ça j'en ai vus. Seules les aisselles qui semblaient ne pas souffrir de ce traitement n'ont pas attiré ma pitié. Pour les autres, je souffrais pour elles.
Un autre témoignage du même forum en 2007
une collègue et amie vient de se brûler gravement la cuisse en s'épilant à la cire. Elle s'est arrachée toute la peau de la cuisse droite et est brûlée au 2e degré.
Résultat, ce matin elle a une fièvre de cheval.
Le médecin qu'elle vient de consulter ce midi l'a taxée de "débile", notamment pour ne pas voir appelé les pompiers. Elle a serré les dents et arraché la cire (et la peau avec) au lieu de la faire enlever au scalpel dans un service d'urgence. Puis s'est rendue dans une pharmacie où on lui a dit que "ce n'était rien" et où on lui a appliqué du tulle gras sur toute la surface de la plaie.
A présent, le tulle est "incrusté" dans la chair à la place de la peau et ne peut plus être enlevé. La peau va se reconstituer au travers du tulle ; d'après le médecin il faudra 6 mois pour que le tissu se décompose et tombe de lui-même.
Inutile de dire qu'elle est formellement interdite de baignade en mer et piscine ainsi que de sable pendant ces 6 mois (adieu les vacances à la plage !), et de soleil pendant 1 à 3 ans pour éviter les cicatrices.
Témoignage posté sur le forum doctissimo.fr en 2007, par une femme atteinte d'hirsutisme, prouvant le risque induit par le laser
Alors que j'étais enfin débarassée de ma barbe grace à l'épilation électrique, un jour j'ai décidé de faire une séance d'épilation laser sur la moustache à mes frais et la dermato (pas la même que celle qui me faisait mes épilations électriques) m'a complètement brûlée!!
Pendant un an j'étais vraiment moche car avec une grosse cicatrice (ça m'a arraché la peau).
Pendant les premiers mois,je ressemblais à un monstre car ça suintait, j'avais des croûtes et j'ai gonflé de la bouche. Je ne pouvais même plus ouvrir la bouche. J'ai d'ailleurs fait des photos pour preuve.
J'ai cru que j'allais mourir tellement j'étais défigurée!!
Alors le laser, on ne m'en parle plus jamais!!!
Avec les années, ma cicatrice s'est un peu refermée mais par contre j'ai gardé une tache brune en forme de ligne (en forme de moustache quoi) et avec du fond de teint ça ne se voit pas.
Autre témoignage datant d'avril 2007, toujours sur doctissimo
Après 3 séances de Laser, la dermato s'est étonnée de me voir avec beaucoup moins de poils mais toujours autant de points rouges sur les jambes. Verdict: je fais de la kératose pilaire, et ces points vont rester, avec ou sans poils. Y'a pas de traitement vraiment efficace. Je suis deg'
Témoignage posté en 2006 sur un blog
le laser ca fait hyper mal. Ca me fait des boutons aussi comme la cire. je suis carrement defiguree pendant les deux jours qui suivent la seance.
Témoignages postés en 2005 et 2006 sur le blog d'Hélène concernant l'épilation laser, voir lien plus haut
- Je suis allee une fois chercher une amie au sortir d'une seance, elle avait les yeux tous rouges d'avoir pleure, et ca n'etait que les demi-jambes, pas le maillot.
- De toute façon, CA FAIT MAL .Ce sont des brûlures. Et après, la peau réagit . J'ai pris mes bras en photo après, c'est pas joli-joli, et ça dure une semaine environ . L'épilation electrique du maillot, ça, c'est l'enfer ; intenable.
- Moi ca fait un an et demi que je fai un traitement au laser sur les jambes, les bras, mayo et tt!! et je vous jure que ca fai tro tro mal, a chaque fois je suis en pleure, et plusieurs fois g t sur le point de tomber dans les pommes... Helene si ta tester sur juste un petit endroit ca fai pas tro tro mal mai apres si on doi tout te faire la douleur prolonger ca fai mal...moi je comparerai pluto cette douleur a quand on t'ecrase un cigare dessus...
Certaines en arrivent même à glorifier le métier d'esthéticienne tout en haïssant la personne, voici 2 commentaires trouvés sur un blog en 2006, postés à 10 mn d'intervalle par la même femme
- Je hais les ésthéticiennes... le première fois que j'y suis allée, c'était il y a deux mois à peu près pour une épilation des sourcils.
J'avais les yeux qui pleuraient tellement elle me faisait mal et là, elle me regarde avec son sourire ultra blanc et me dit "mais il faut pas pleurer ma petite dame...on se revoit dans un mois vous savez!"
- Je trouve que c'est un joli métier... c'est un peu aider les gens à se sentir beau et bien dans leur corps.
Cette vision du métier qui serait finalement d'aider les gens à se sentir beau et bien dans leur corps est totalement contradictoire avec ce qu'elle a vécu : depuis quand remercie-t-on son tortionnaire, à part peut-être les masochistes ? Quant au fait de se sentir beau, rien n'est plus subjectif et ça renvoie à la première citation de cette page.
Voici ce que disait la sexologue Catherine Solano en 2007, dans l'émission "C'est au programme" sur France2, où il y avait une séquence sur l'épilation. Elle parle de l'utilité des poils mais aussi, de ce qui se passe quand on les enlève.
D'abord c'est qu'à la racine des poils y'a des glandes sébacées qui servent à hydrater la peau. Et quand on s'épile, quand on arrache les poils on arrache aussi les glandes sébacées ce qui fait que la peau devient beaucoup plus sèche et beaucoup plus fragile. Donc chez les femmes qui ont la peau assez sensible ça va entraîner plus d'irritations et même de mycoses donc y'a des femmes qui supportent très mal l'épilation.
Voici un commentaire posté en 2009 sur le blog d'Agnès Giard suite à un article intitulé "Velu ou lisse : l’éternel débat"
Quant aux personnes qui soutiennent que la sensation est meilleure avec un pubis glabre, je ne suis pas d'accord: pour l'avoir vécu, au fur et à mesure des épilations, la peau finit par s'épaissir et devient beaucoup moins sensible... De plus la douleur à l'épilation, l'aspect hideux des points rouges et des boutons, etc: où est le gain ? Se retrouver avec une peau pubienne moins sensible, abîmée?
Lorsque je m'épile le sexe, je ne peux non plus m'empêcher de faire le parallèle avec l'aspect du sexe prépubaire que j'avais petite fille. Et je suis désolée, mais à ce moment, je suis très mal à l'aise.
C'est un témoignage très important mais assez rare. Les partisans de l'intégrale se gardent bien d'en parler mais peut-être qu'un jour, elles sentiront la différence de sensibilité. Agnès Giard intervient dans le documentaire dont j'ai parlé plus haut, elle ose dire que l'épilation est de l'ordre de la liberté ! De quoi, personne ne le sait.
Le témoignage suivant dit à peu près la même chose, posté en 2005 sur le blog de mademoisellek
Les poils ont également une fonction « lubrifiante ». Ils réduisent les irritations dues au frottement de la peau contre la peau. Franchement, cela je l'ai vérifié maintes et maintes fois: un pubis intégralement rasé = un pubis irrité.
Autre témoignage, trouvé sur un blog en 2006.
je me suis rasée une fois. et j'ai passé la semaine a me gratter partout. je cherchais des recoins dans la rue pour me livrer à un grattage intenpestif, au boulot ça me prenait pire qu'une envie de pisser. Partout!!! C'etait un vrai calvaire. Mais quelle idée j'ai eu????!!!! Tou ça pour essayer.
En mai 2010, Maïa Mazaurette a écrit un article intitulé disparition du sexe féminin sur un des inconvénients de l'épilation intégrale
Extrait
Avant, les gens voyaient un triangle de poils et ils se disaient, waou, un sexe féminin, génial.
Maintenant on s’épile et le sexe féminin se limite à la vulve elle-même. Le pubis est sorti du champ du sexe.
La disparition des poils réduit le champ du sexe de deux manières : spatialement (hors pubis, le sexe se réduit de moitié) et chronologiquement – c’est une telle galère de garder une épilation parfaite que les phases de repousse nous rendent, la moitié du temps, théoriquement inaptes à la consommation.
Voici quelques commentaires de femmes parmi les centaines postés
- Pour ma part, l’épilation ça m’a apporté que des problèmes…
Je suis aux prises avec deux festives bandes de poils incarnés sur les aines, impossible à traiter, il y en a de nouveaux chaque jour… Comme quoi l’épilation c’est vraiment pas top.
J’ai déjà fait l’intégrale dans le passé pour mes ex petits copains… J’ai la peau très sensible, ça me provoquait des sensations de brûlures et des démangeaisons impossibles… Tout ça dans le but de plaire!
Et bah croyez moi, avec le temps j’ai fini par comprendre!
Je garde l’endroit net, mais je suis fière de mes poils et si un mec ne peut pas m’accepter telle que je suis, bah tant pis pour lui! Je ne vais pas compromettre mon intégrité physique et mes préférences pour du sexe!
- Le problème de la repousse est trop rarement évoqué… si j’étais moins poilue, que ça me faisait moins mal, que ça ne repoussait pas aussi vite, je m’épilerais volontiers, pourquoi pas après tout. Mais une mode qui implique de la douleur physique et des complications qui entravent la sexualité elle-même… non. Cette mode implique quand même de n’être que très très peu poilue à cet endroit ! De plus c’est toujours troublant de se rendre compte que même dans la culotte on est toujours “victime de la mode”…
22. La place de la PF dans la littérature
Nana était nue. Elle était nue avec une tranquille audace, certaine de la toute-puissance de sa chair. Une simple gaze l'enveloppait ; (...) C'était Vénus naissant des flots, n'ayant pour voile que ses cheveux. Et, lorsque Nana levait les bras, on apercevait, aux feux de la rampe, les poils d'or de ses aisselles.
Nana était toute velue, un duvet de rousse faisait de son corps un velours
Extrait du roman "Nana", de Zola.
Cela étonnera sans doute des gens mais au 19e siècle, la PF était considérée comme érotique ! Et la littérature permettait d'en parler, l'interdiction ne concernait que les tableaux et les statues. Les écrivains en profitaient et de nombreux récits érotiques du 17e et 18e siècle sont de véritables odes à la PF.
Grâce à Munja, une participante d'un forum, j'en ai eu confirmation.
Voici un extrait d'un recueil de lettres et poèmes érotiques et pornographiques écrites par Théophile Gautier (au 19e siècle). Les poils sont très souvent cités en tant qu'attribut sexuel et objet de désir.
Musée Secret
Des déesses et des mortelles
Quand ils font voir les charmes nus,
Les sculpteurs grecs plument les ailes
De la colombe de Vénus.
Sous leur ciseau s'envole et tombe
Ce doux manteau qui la revêt,
Et sur son nid froid la colombe
Tremble sans plume et sans duvet
O grands païens, je vous pardonne;
Les Grecs enlevant au contour
Le fin coton que Dieu lui donne,
Otaient son mystère à l'amour.
Mais nos peintres, tondant leurs toiles
Comme des marbres de Paros,
Fauchent sur les beaux corps sans voiles
Le gazon où s'assied Eros.
Théophile Gautier in Lettres à la Présidente, Ed l'Or du Temps, 1968
Extrait des «Nymphes», où Pierre Louÿs sublime le sexe des femmes.
oui, des lèvres aussi, des lèvres savoureuses
mais d'une chair plus tendre et plus fragile encor
des rêves de chair rose à l'ombre des poils d'or,
qui palpitent légers sous les mains amoureuses
Sur son blog, Katrin Alexandre parle de « L'eau à la Bouche », un livre d'Anne Bert. (Editions Blanche, 2009)
Anne Bert, pour sa première publication aux Editions Blanche, nous met « l'eau à la bouche » avec vingt-quatre petites histoires, qui sont autant de portraits de femmes osant un désir exacerbé et mettant au cœur de leur vie la recherche d'un plaisir absolu.
Loin des clichés d'une pornographie au sexe épilé et aux lieux aseptisés, les femmes sont de belles et sauvages amazones, félines et tigresses… Les visages sont multiples et uniques, d'une violente sensualité : une vigneronne « vouivre » qui copule dans l'étang et se gorge de raisin; une lectrice d'Alina Reyes dans un train qui subjugue un passager ; une femme glaciale, que rien ne semble faire frémir, provoquant une fureur érotique ; Alice ravie dans les bras d'un Morphée géant ; une inconnue sur un banc public dans le jardin des délices…
Toutes offrent des croupes joufflues, des sexes aux forêts luxuriantes, des bouches cannibales ; elles puent le désir et leur jouissance sonore, qu'elle soit solitaire, à deux ou à plusieurs, embaume toujours de mousses, d'humus, et de marécages.
Voici un extrait d'une des nouvelles, il fait penser aux "Monologues du Vagin" car c'est une femme qui parle de sa partenaire en évoquant un homme ayant rasé de force son pubis.
Mon index défroisse les plis de tes lèvres, s'enroule dans ton duvet rêche qui repousse.
Il n'y a que ce sacrilège que je ne pardonne pas, ton con imberbe, rasé par un crétin.
Tu m'as avoué qu'il t'avait bandé les yeux et attaché les mains, assise sur un fauteuil, les cuisses écartées. Tu as senti la lame glacée sur ton sexe racler ta fourrure noire si dense puis sa langue humide a pansé la blessure, ta chatte était comme une amande douce.
Je n'ai consenti à te branler que ta toison repoussée.
Voici un extrait du Marquis de Sade, dans "Les 120 journées de Sodome (cinquième journée)", mettant en scène l'axilisme.
A peine furent-ils dans la même chambre que la fille se mit toute nue et nous montra un corps fort blanc et très potelé. "Allons, saute, saute! lui dit le financier, échauffe-toi, tu sais très bien que je veux qu'on sue. Et voilà la rousse à cabrioler, à courir par la chambre, à sauter comme une jeune chèvre, et notre homme à l'examiner en se branlant, et tout cela sans que je puisse deviner encore le but de l'aventure. Quand la créature fut en nage, elle s'approcha du libertin, leva un bras et lui fit sentir son aisselle dont la sueur dégouttait de tous les poils. "Ah! c'est cela, c'est cela! dit notre homme en flairant avec ardeur ce bras tout gluant sous son nez, quelle odeur, comme elle me ravit!" Puis s'agenouillant devant elle, il la sentit et la respira de même dans l'intérieur du vagin et au trou du cul; mais il revenait toujours aux aisselles, soit que cette partie le flattât davantage, soit qu'il y trouvât plus de fumet; c'était toujours là que sa bouche et son nez se reportaient avec le plus d'empressement. Enfin un vit assez long, quoique peu gros, vit qu'il secouait vigoureusement depuis plus d'une heure sans aucun succès, s'avise de lever le nez. La fille se place, le financier vient par-derrière lui nicher son anchois sous l'aisselle, elle serre le bras, forme, à ce qu'il me paraît, un endroit très rétréci de ce local. Pendant ce temps-là, par l'attitude, il jouissait de la vue et de l'odeur de l'autre aisselle; il s'en empare, y fourre son groin tout entier et décharge en léchant, dévorant cette partie qui lui donne autant de plaisir."
Voici un extrait du roman "Les fiançailles de M.Hire", de Simenon.
Alice s'était endormie. Son livre avait glissé sur la couverture. Les yeux clos, la poitrine soulevée par un souffle régulier, elle avait la tête posée sur son bras replié qui découvrait les poils roux de ses aisselles.
Si vous avez d'autres références, n'hésitez pas à m'écrire et j'essaierai de les intégrer pour compléter ce chapitre.
23. La place de la PF dans l'art
Comme je l'ai déjà dit, la PF était censurée sur les statues et les tableaux. Mais sur des gravures du Kama Sutra ou sur les estampes japonaises, on peut voir des dessins de femmes représentées avec des poils pubiens. Pour les aisselles, ça semble rare.
Pourtant, dans le Kama Sutra section 1 chapitre 3, on trouve ceci
le citadin bien élevé doit se baigner tous les jours, se faire masser tous les deux jours, se savonner tous les trois jours. Tous les quatre jours se couper la barbe et les moustaches, le cinquième ou le dixième jour se raser les poils du sexe et des aisselles et, toujours, se parfumer pour masquer l'odeur de la sueur des aisselles et être d'un contact agréable.
Cela ressemble furieusement aux préceptes de la Fitra des Musulmans. On notera la référence aux citadins, les paysans n'étaient pas concernés ? Le Kama Sutra n'est pas qu'un livre de positions sexuelles, c'est aussi un guide pour la vie de tous les jours.
Nous voilà au 19e siècle. Je rappelle que la PF et même la fente vulvaire sont censurées dans la peinture, depuis des siècles. Courbet ayant montré la voie en 1866, d'autres peintres ont osé montrer le pubis et les aisselles avec des poils. A peu près à la même époque, la photographie débute et les premiers photographes s'en donnent à cœur joie pour immortaliser des femmes nues, dont on voit bien qu'elles ne sont pas épilées.
Voici maintenant quelques peintres ayant montré des femmes naturelles, fin 19e et début 20e siècle.
Gustav Klimt
Amedeo Modigliani
Gustave Caillebotte
Egon Schiele
Christian Schad
Camille Clovis Trouille
Félicien Rops
Paul Delvaux
Auguste Chabaud
Théodore Chassériau
Henri Matisse
Hannah Wilke était une une peintre mais aussi une sculptrice et photographe américaine
Parmi les peintres contemporains, il y a Fabrice Martin, qui leur a consacré une série de 20 toiles intitulée "Femmes naturelles" ainsi que Oleg Timchenko.
Si vous avez d'autres noms et des sites où l'on peut voir des images de ces tableaux, merci de me le communiquer.
Parmi les photographes, on peut citer Man Ray, qui a immortalisé quelques femmes naturelles ainsi qu'André Kertész.
Le photographe suisse Daniel Bauer réalise des photos de nus artistiques en NB en rendant hommage à la beauté naturelle des femmes. Voici une autre galerie. Ça vaut la peine de les parcourir toutes.
Le photographe Helmut Newton a fait quelques clichés de femmes naturelles, surtout dans les années 1970-80. On peut trouver facilement ses photos en tapant son nom dans un moteur de recherche.
La photographe étasunienne Imogen Cunningham a aussi fait quelques clichés de femmes naturelles mais assez peu montrant des aisselles poilues, même dans les années 1930, c'était déjà plus difficile de trouver des modèles gardant toute leur pilosité.
L'artiste autrichienne Elke Krystufek a pour habitude de montrer son corps, il y a de nombreuses photos d'elle où l'on peut voir ses aisselles naturelles.
Sadie Lune est une artiste queer mais aussi actrice dans "Too much pussy" d'Emilie Jouvet, entre autres. Elle a l'habitude de montrer sa pilosité aux aisselles et au pubis.
La new-yorkaise Swoon, dont le vrai nom est Caledonia “Callie” Curry est une artiste de rue. Elle peint des portraits qu'elle colle ensuite sur les murs des grandes villes et ce, depuis 1999. Chaque fois qu'elle porte des tenues sans manches, ses aisselles poilues sont visibles.
La troupe d'acrobates Kirkas Gaya se produit dans différents pays d'Europe. Une des femmes de la troupe garde ses poils aux aisselles, comme on peut le voir dans plusieurs vidéos disponibles sur leur site.
Parmi les artistes, on peut citer Jeanne Mordoj. Cette femme fait un spectacle dans quelques pays francophones intitulé "L'éloge du poil", dans lequel on peut la voir avec une fausse barbe. Par contre, ses poils aux aisselles sont vrais.
Voici des commentaires parus dans la presse, suite à son spectacle.
Dans un journal appelé César (?), on lit ceci fin 2007
Dans éloge du poil, JM campe une femme à barbe. Le monstre de foire devient vite une vraie femme à la chair laiteuse, belle, féline, sensuelle et troublante.
Dans un Télérama de Mai 2007, Daniel Conrod dit ceci
Et alors, interrogent ceux qui n'ont pas vu notre femme à barbe, ça ressemble à quoi cette affaire-là, ça penche vers quoi, plutôt du féminin ou plutôt vers du masculin ? Ici, la réponse est catégorique, une femme à barbe est d'abord une femme et c'est d'ailleurs bien de cela, de ce qu'est être femme aujourd'hui, que semblait vouloir nous parler JM avec sa barbe et ses histoires de pilosité.
Sur son site, elle disait ceci
Samedi soir, je suis sortie dans Paris avec ma barbe, quel effroi dans le regard des femmes croisées, puis dans un bar, que de réactions variées, réalise à quel point c'est provocant, la joie de ça, la peur de ça. Un homme me dit « tu dois avoir des sacrées touffes sous les bras, des arbres ! quand t'aura un enfant tu te raseras »
Dans une émission radio de février 2010 à la RTBF (radio publique belge), JM disait ceci : je garde mes poils aux aisselles pour mon spectacle mais c'est difficile de les assumer dans la vie courante.
Je lui ai consacré un sujet sur le site de MIEL
24. Les femmes du show-biz qui affichent leur PF
J'en ai évoqué quelques-unes dans le chapitre sur le cinéma, on voit bien que pour les stars, c'est difficile aussi de montrer sa PF mais malgré tout, elles ont quelque chose d'autre à offrir qu'une femme lambda pas épilée et du coup, on se focalise moins sur ses poils.
Je pense en particulier aux chanteuses dont le corps n'est pas ce qui compte le plus, contrairement aux actrices. Ce sont des généralités car certaines chanteuses sont très soucieuses de leur apparence, bien plus que de leurs textes mais globalement, disons que les intolérants sont moins regardants. J'ai fait le même constat avec des artistes, des gens du monde du cirque, des spectacles de rue, de la danse, du théâtre. Ces gens sont considérés comme marginaux et du coup, la PF visible sera perçue comme une excentricité mais pas spécialement comme une négligence.
Parmi les chanteuses, je pense d'abord à Catherine Ringer (Rita Mitsouko) qui a toujours montré ses aisselles naturelles dans ses clips ou concerts. Et j'ai rarement entendu des critiques sur cet aspect de son physique. Peut-être parce qu'elle véhicule une image d'excentricité ?
Nina Hagen a fait parlé d'elle pour ses frasques et sur la pochette d'un 45 tours en 1980, elle arbore une toison aux aisselles de façon délibérée, un bras en l'air. Dans ses concerts, elle offrait aussi ses poils en pâture aux spectateurs.
Madonna a fait des photos nue et elle n'était pas épilée ! Ses poils noirs aux aisselles ne laissent aucun doute sur sa couleur naturelle. Mais c'était avant sa période de chanteuse, dans les années 70, quand elle est arrivée à New York. En 1985, elle apparaît non épilée dans le film "A Certain Sacrifice". Mais par la suite, c'est le corps glabre. On peut voir quelques photos sur le blog de René.
Dans les années 80, il y avait aussi Nena, une chanteuse allemande, qui levait sans cesse les bras et qui offraient ainsi ses poils noirs aux spectateurs.
Aux USA, le groupe Kid Creole and The Coconuts avaient 3 choristes qui affichaient leur PF dans les clips et concerts en levant les bras la plupart du temps. C'était tellement ostensible que j'imagine qu'il s'agissait d'un fantasme du chanteur August Darnell. On peut voir certaines vidéos de concerts de l'époque sur Youtube. Son groupe existe encore en 2010 mais ses choristes sont glabres.
En vrac, on peut citer Merrill Nisker (Peaches) Rebecca Warrior (Sexy Sushi), Angie Hart, Ember Swift, Lissie, Roisin Murphy (Moloko), P.J. Harvey, Asia Argento, Sophie B. Hawkins, Amity Meria, Catherine Feeny, Ani di Franco, An Pierlé, Katie-Jane Garside, Michelle Shocked, Neneh Cherry, Amanda Palmer (Dresden Dolls), Paula Cole, Beth Ditto (The Gossip), Sarah Harmer, JD Samson (Men), Kim Gordon (Sonic Youth), Erykah Badu, Bianca Casady (Cocorosie), Nikki, Jessi et Kelley (Those Darlins), Caroline Polachek (Chairlift), Beth Murphy (Times New Viking), Yolandi (Die antwoord), Oni (Afrirampo), Aimee Argote (Des Ark), Grimes, Patti Smith (sur la couverture de son album "Easter", sorti en 1978).
A noter que ces femmes sont parfois apparues publiquement épilées, il est très rare qu'une personnalité garde sa PF tout le temps. Ce qui peut se comprendre, beaucoup de femmes m'ont dit avoir parfois envie de garder leurs poils mais quelque temps plus tard, elles avaient envie de se raser.
On pourrait se dire qu'il y a tout de même une vingtaine de chanteuses, que ce n'est pas si peu. Mais en réalité, il faut savoir qu'il y a des dizaines de milliers de chanteuses dans le monde. Certes, ma liste n'est pas exhaustive mais on est largement en dessous de 1%.
La musicienne indienne Anoushka Shankar joue du sitar, un instrument à cordes. Lors de ses concerts, j'ai pu constater qu'elle a parfois des poils aux aisselles mais ils semblent taillés. Sur son site, aucune photo ne permet de le confirmer. A noter qu'il est très rare que les Indiennes qui montrent leurs aisselles à cause de leur métier (les danseuses et chanteuses de Bollywood, par exemple) gardent leurs poils. Ce qui peut donner l'impression que toutes les Indiennes s'épilent mais il n'en est rien.
En 2010, Julia Roberts refait parler d'elle en arborant à nouveau sa PF, sans complexe. On peut voir la photo sur le blog féministe d'Olympe. Comme on pouvait s'y attendre, les commentaires peu flatteurs ont fleuri sur d'autres blogs et dans les médias, exemple :
Tapis rouge ou pas, JR est une femme simple et qui préconise le 100% naturel. La preuve ? Avant de partir en vacances à Hawaii en famille, elle ne se soucie pas de prendre RDV chez l'esthéticienne pour une séance d'épilation. A 42 ans et après 3 enfants, elle affiche une silhouette de rêve. Seule ombre au tableau : ses aisselles velues !
Il y a Unmata, une troupe de bellydance (danse du ventre ou danse tribale). Ce sont des Californiennes et tout le monde sait qu'aux USA, les poils sont encore plus tabous qu'en Europe. Elles ont donc beaucoup de mérite d'afficher leur PF dans leurs spectacles. En fait, certaines danseuses de la troupe s'épilent, d'autres pas. Ainsi, il y en a pour tous les goûts et c'est ce qu'il faudrait dans les médias en général, au lieu de n'avoir que des corps glabres.
Je leur ai consacré un sujet sur le forum de MIEL où vous pourrez lire tous les commentaires, positifs comme négatifs, postés sur Youtube où vous pourrez voir des dizaines de vidéos et d'autres sites, en rapport avec le fait qu'elles exposent leurs poils.
Commentaires négatifs
- distracted watching the underarm hair GROSS! may be common in some countries but I founded very distracting
- Bacteria clings to hair and sweat makes it worse, and that swhy it stinks.GET A RAZOR LADIES !
- I know it is natural, but so is farting, and both Farting and armpit hair don't work gracefully with glitter and lipstick.
Traduction :
- J'ai été distrait par la PF, c'est moche ! Peut-être habituel dans d'autres pays mais je l'ai trouvé distrayant (dans le sens de perturbant).
- Les bactéries grimpent dans les poils et la sueur fait empirer, c'est pour ça que ça pue. Achetez un rasoir les filles !
- Je sais que c'est naturel mais c'est comme péter et les poils ainsi que les pets ne vont pas ensemble avec du rouge à lèvres et du brillant.
Ce dernier commentaire montre bien que les arguments invoqués sont souvent farfelus. Comparer les poils (des femmes uniquement) avec des pets, c'est aussi indigne que de comparer la couleur de peau avec quelque chose de sale. Il y du racisme dans cette remarque.
Commentaires positifs
- Adult women have hair on their bodies. Prepubescent girls do not. These are adult women dancing beautifully with their body hair intact. THAT is extremely feminine. Thank you Unmata!
- Wonderful! I love the synchronization and naturally hairy underarms.
- you obviously don't get bellydance and real beauty. it's not about being stick thin or "pretty" by society's standards. it's about being comfortable in your own body and celebrating the beauty of your own body.
- Great performance/choreography. I do wish those of you obsessing about underarm hair ,would focus on enjoyment of the dancing. all women have hair in this area, don't be upset when some one is not ashamed of it.
- I tend to think of my armpit hair as a sign that I have gone through puberty. I'm not a child and I'm not going to go to any effort to look like a child. I have hips, which I like, a big booty, which I also like, and pit hair. I didn't have any of these things before age 14, so they are badges of womanhood to me and woe be to the man who asks me to either lose weight or shave my pits!
Traduction :
- Les femmes adultes ont des poils, pas les filles prépubères. Ces femmes adultes dansent merveilleusement avec leur PF intacte. C'est très féminin. Merci Unmata.
- Magnifique, j'aime la synchronisation et les aisselles naturellement poilues.
- Vous ne comprenez pas la danse du ventre et la beauté réelle. Ce n'est pas être fin comme un bâton ou "belle" comme les standards de la société. C'est être bien dans son propre corps et célébrer la beauté de votre propre corps.
- Grosse performance chorégraphique. Je souhaite à ceux qui sont obsédés par la PF de se préoccuper plutôt de la joie de la danse. Toutes les femmes ont des poils aux aisselles, ne soyez pas fâchés lorsqu'une femme n'est pas honteuse de sa PF.
- Je ressens mes poils aux aisselles comme un signe que je suis devenue pubère. Je ne suis pas une enfant et je n'ai pas l'intention de faire le moindre effort pour ressembler à une enfant. J'ai des hanches, un bon fessier que j'aime et aussi des poils aux aisselles. Je n'avais rien de tout cela avant mes 14 ans, ce sont donc des signes de féminité et malheur à l'homme qui me demandera de maigrir ou de me raser les aisselles.
Voici un échange d'avis : le 1er et le 3ème sont plutôt négatifs, le deuxième répond au premier
- More than the dancing what catches my attention is the hair in the airmpits , I actually have respect for all believes but in a dancer I think that stage image need to be clean..
- Hmmm. I disagree with your assumption that women's body hair, especially armpit hair, is not clean or that the image isn't clean. That's just a societal expectation of women, that they should look/behave/think/dress/etc a certain way in order to be women or clean or acceptable. Anywho, the dance is very upbeat and very energetic--love it!!
- I know! i think they are excellent dancers its just theres something in my mind that says no to the hair in the armpits.
Traduction :
- Plus que la danse, ce sont les poils aux aisselles qui attirent mon attention. J'ai du respect pour toutes les croyances (?) mais pour une danseuse faisant sa prestation, je pense que l'image qu'elle renvoie doit être nette.
- Pas d'accord avec votre affirmation que la PF, spécialement les poils aux aisselles ne sont pas propres ou que l'image véhiculée n'est pas propre. C'est juste une attention sociétale pour les femmes, qu'elles doivent ressembler/se comporter/penser/s'habiller d'une certaine façon pour être propre ou acceptable. De toute façon, la danse est vraiment géniale et dégage de l'énergie.
- Je sais ! Je pense qu'elles sont d'excellentes danseuses, mais il y a quelque chose dans mon esprit qui dit "non" à des poils aux aisselles.
A noter que plusieurs danseuses ont des tatouages et piercings mais curieusement, ils ne sont l'objet d'aucune remarque, alors qu'on pourrait discuter de leur aspect esthétique.
Il y a Shazia Mirza, une comédienne anglaise d'origine pakistanaise. Elle a fait un docu en 2007 intitulé "Fuck off, I'm hairy woman" (allez vous faire voir, je suis une femme poilue), parlant de son combat pour faire changer les mentalités concernant la PF au Royaume- Uni et en tant que Musulmane, c'est d'autant plus méritant car elles sont obligées par la charia de s'épiler aisselles et pubis. Les réactions outragées de certaines personnes à la vue de quelques poils valent le détour. Shazia dépensait 10 mille £ par an en épilation et y passait 3 jours par mois !
Les dialogues du docu ont été retranscrits intégralement ici
Voici un extrait du docu, Shazia (SM)dont les poils sont visibles croise un couple sur une digue, l'homme (Y) l'interpelle.
Y : Vous infligez votre pilosité à des gens qui ne sont pas prêts.
SM : Pas prêts ?
Y : Ça va être la guerre.
SM : La guerre ?
Y : Contre les gens intolérants comme vous. Irrationnels.
SM : C'est irrationnel ?
Y : Totalement.
SM : Je n'impose rien, j'essaie de changer les mentalités.
Y : Vous me forcez à supporter vos poils.
Il sourit
SM : Il a bien réagi. Les femmes ont peur de ressembler à un yeti et d'avoir ce genre de réaction. La douleur n'est pas un obstacle quand il s'agit de devenir douce.
A noter l'inversion de la réalité. Le gars est choqué et utilise un vocabulaire totalement inapproprié comme "infliger la pilosité", "vous me forcez à supporter vos poils". On a l'impression qu'il subit une torture ou que Shazia viole une loi. En fait, seule la PF provoque des réactions aussi outrancières et pour moi, ça veut dire beaucoup sur la personne qui prononce ces mots.
J'ignore si Shazia continue sa lutte car elle avait dit qu'à tout moment, elle pouvait recommencer l'épilation. Mais peu importe, c'est son choix et quoi qu'elle fasse aujourd'hui, elle mérite tout le respect pour avoir osé s'afficher publiquement et même faire un documentaire complet sur l'absurdité de la folie dépilatoire.
Et enfin, Laetitia Casta, qui mérite vraiment qu'on s'attarde sur son cas. En effet, elle a été mannequin dès l'âge de 15 ans, elle a donc vécu dans un monde formaté à l'extrême ou bien sûr, la PF est proscrite. Mais elle a toujours eu un esprit rebelle et quand elle a arrêté sa carrière de mannequin, elle s'est lancée dans le cinéma et en 2006, lorsque le réalisateur Pascal Thomas lui demande de jouer dans "Le grand appartement" sans maquillage ni épilation, elle accepte immédiatement. Mais ça ne cadre pas du tout avec l'image qu'on a d'elle. Pour parler du film, elle est invitée dans diverses émissions et répond à des articles. A chaque fois, elle défend sa position et justifie son choix de garder ses poils quand elle en a l'envie. En décembre 2006, elle vient au "Grand Journal" sur Canal+ pour la promo du film. On voit d'abord la bande-annonce.
Puis, Retour sur le plateau avec Michel Denisot (MD), Ariane Massenet (AM), Laurent Weil (LW), ce dernier étant le spécialiste cinéma. Voici le dialogue qui a suivi.
AM : elle [Laetitia Casta] a des poils sous les bras, c'est incroyable, cette affaire
LC : vous n'en avez pas, vous ? (avec un petit sourire)
AM : si mais je les enlève. Ce qui est étonnant, c'est que vous avez une image vachement glamour
LC : (avec un regard coquin) mais c'est très très érotique les poils, c'est très glamour, ça peut l'être, ça dépend pour qui mais je comprends, vous n'êtes pas la première à m'en parler. (quelques huées dans le public, elle se retourne vers les spectateurs) et alors, ils sont où les hommes ?
LW : Pascal Thomas ne vous a pas demandé de les enlever ?
LC : non car ça faisait partie du personnage, il y a un discours intelligent derrière et c'est ça qui m'amusait
MD : c'est-à-dire ?
LC : malheureusement, on a tendance à vouloir les femmes assez lisses, assez parfaites et ça se rapproche des enfants. Une femme doit ressembler à une femme ça me plaisait bien de dire ces mots-là.
MD : Pascal Thomas (PT) parle dans le DVD sur votre carrière (qui vient de sortir) de la séquence où vous montrez vos poils
PT : c'est la jeune femme libre, qui, malgré qu'elle soit une icône de Loréal, a accepté avec amusement et sans aucune hésitation d'avoir des poils sous les bras, elle a 2 belles petites touffes et il y a une scène consacrée à ça. (on voit alors une scène du film où elle est dans une tenue moulante blanche, sans manche, elle lève les bras et on voit bien les poils. Retour plateau, LC est maintenant acclamée par le public)
MD : c'est la 1ère fois qu'on vous voit comme ça
LC : effectivement, on ne m'a jamais demandé de faire une pub pour les poils sous les bras mais peut-être que ça va donner des idées
AM : vous n'avez jamais gardé vos poils pour un défilé
LC : j'aurais bien aimé mais on m'aurait jeté
La dernière phrase prouve bien que les mannequins ne sont que des faire-valoir qui n'ont pas intérêt à déroger aux ordres.
Laetitia démontre aussi que les hommes préfèrent les femmes naturelles, il semble d'ailleurs que les huées étaient principalement issues de femmes.
Suite à ce film, une femme a ouvert un sujet en avril 2007 sur le forum beaute-test.com en demandant l'avis des autres sur cette non-épilation.
Considérez-vous la quête du Poil Zéro comme une contrainte, une aliénation de la gent féminine, un devoir, une question d’hygiène… ?
Les commentaires outranciers, tous issus de femmes, n'ont pas tardé. En voici un florilège
ours des cavernes - quelle horreur horrible, des poils sous le bras - l'été avec la touffe sous l'aisselle, ça doit fouetter - bonjour le nid à odeurs quand il fait chaud et qu'on transpire - Quelle faute de goût - c'est une question de respect pour mon homme, les autres et moi mème! A quand le cheveux gras? les ongles noirs ? - C'est plutôt le côté masculin qui m'effraie. Pour moi : homme = poils = négligé. - Celles qui se laissent les poils partout n'ont pas de mec ou quoi?
On remarquera le lien entre les poils et l'hygiène puisqu'ils sont comparés aux ongles noirs et aux cheveux gras alors que plein d'hommes ne s'épilent pas et personne n'évoque l'hygiène. Celle qui dit qu'elle manquerait de respect à son homme, aux autres et à elle-même en ne s'épilant pas prouve bien la détestation du corps dans ce qu'il a de naturel qu'on a inculqué aux femmes depuis des millénaires.
J'ai démonté point par point tous les arguments débiles et je me suis fait traiter d'intégriste du poil ! Mais celles qui le disaient ne juraient que par l'épilation, elles étaient donc des intégristes de l'épilation mais refusaient de le reconnaître, c'est moi l'intégriste et puis c'est tout.
On aurait pu croire que pour Laetitia, c'était uniquement un rôle de composition pour un film mais elle a déclaré dans des journaux qu'elle arrêtait de s'épiler de temps en temps et que ça plaisait à son mari (l'acteur italien Stefano Accorsi).
En 2008, elle remet ça dans le film "Nés en 68" qui raconte la vie de jeunes adultes à cette époque. Elle arbore à nouveau des poils aux aisselles, aux jambes et au pubis et n'est quasi jamais maquillée.
Et elle est toujours aussi belle. Pourquoi une femme devrait toujours être prête à séduire avec des artifices ?
Fichtre. On nous aurait menti ? Une femme peut être belle, sexy, désirable sans épilation, sans maquillage, sans hauts talons ?
Le premier homme qui ferait la fine bouche parce que Laetitia n'est pas épilée n'est pas encore né.
En 2009, elle tourne dans "Gainsbourg, vie héroïque" et là encore, elle arbore des poils dans le rôle de Brigitte Bardot !
Elle a d'autant plus de mérite vu son parcours et elle continue à faire des pubs pour une firme célèbre. Comme quoi, on peut combiner les deux : être objet de séduction et se parer de tous les atours prônés par le patriarcat ou être naturelle.
Elle est un espoir pour toutes les femmes qui douteraient avant d'arrêter l'épilation. Rien que pour ça, elle mérite tout mon respect.
Des captures du DVD du film "Le grand appartement" sont visibles sur le blog Poilagratter, ici et ici aussi.
25. Le discours des intolérants
le 1er mot qui me vient à l'esprit c'est "négligée" ou "souillon" voire meme "faignasse" quand on parle d'une femme qui ne s'épile pas ... ou qui ne se rase pas enfin bon, le résultat est le meme ...vous n'aimez pas prendre soin de vous ?
vous dites etre contre pour rester naturelle donc si on pousse le raisonnenemnt jusqu'au bout, vous ne vous lavez pas les dents car les brosses à dents ça n'existe pas dans la nature ?
Posté par une femme de 23 ans sur le forum de MIEL en 2007. Pour cette femme, ne pas s'épiler est une négligence, ce sont les fainéantes qui ne s'épilent pas, ce sont des souillons et surtout, elles ne prennent pas soin de leur corps ! Cet argument revient souvent alors que l'épilation est très douloureuse et garder ses poils ne pose aucun problème sanitaire, contrairement au fait de ne pas se laver les dents, ce qui relève de l'hygiène. Ce sont des propos totalement incohérents, confus, qui mélangent tout mais qui finalement, reviennent souvent dans la bouche des pilophobes.
Vu l'année dernière dans une piscine de l'Allier un groupe de touristes flamandes ou hollandaises d'une 50aine d'années les aisselles non épilées. J'ai pensé que ce n'était pas joli, pas soigné et sale et aussi que c'était un manque d'égard pour les autres.
Posté en 2007 par un homme de 60 ans sur le forum "épilation" du site doctissimo.fr
Cette petite phrase est un parfait résumé de la pilophobie ambiante. Tout y est : les gros jugements sur les poils (manque de soin, saleté, pas joli) mais surtout, que ces femmes manquaient d'égard envers les autres ! On croit rêver. Je lui ai répondu qu'on pourrait faire une loi pilophobe interdisant aux femmes d'arborer leur PF en public ou de leur demander de porter une étoile de couleur afin qu'on s'écarte de ces déviantes sales et négligées. Au lieu de faire profil bas, il a répondu que c'était son droit de ne pas aimer les poils ! Non seulement, il se permet d'insulter des femmes mais il assume totalement ses propos ! Si dans la phrase de notre pilophobe, on remplace "femmes aux aisselles non épilées" par "femmes noires" ou "femmes handicapées", on comprend mieux où est le problème. Il ne se rend même pas compte que ce discours est celui des intégristes musulmans face à une femme sans voile. C'est une forme de fascisme, un besoin qu'ont des hommes de vouloir contrôler absolument les femmes, leur corps, leurs actes, leurs pensées.
Il n'aime pas les poils (ce qui est son droit) mais à aucun moment, il ne s'interroge sur la motivation de ces femmes. Pourquoi devraient-elles s'épiler, elles n'en ont peut-être pas envie ? Mais ça semble dépasser complètement l'entendement de ce monsieur. Il n'aime pas les poils, il ne veut donc pas en voir !
C'est un peu ce que le pilophobe anglais disait à Shazia Mirza (voir le chapitre précédent).
Je me suis demandé s'il fallait donner de l'importance aux intolérants, aux pilophobes. Mais je pense que l'outrance et le mépris que quelques malheureux poils provoquent doivent être analysés. Ce n'est pas très éloigné du discours raciste contre les Italiens après la WW2, contre les Maghrébins dans les années 60, contre les homosexuels. Mais le racisme et l'homophobie étant sanctionnés par la loi dans beaucoup de pays occidentaux, on s'en prend aux dernières personnes "faibles" (dans le sens de la non-protection par la loi) : les femmes. Le sexisme n'est pas condamnable, malgré les demandes répétées de féministes.
De nombreuses personnes doutent de la puissance du patriarcat en disant que les femmes ont maintenant les mêmes droits que les hommes, que tout a changé depuis mai 68. Ce chapitre est une preuve éclatante du contraire. Si réellement, les choses avaient changé, il n'y aurait qu'une infime minorité de commentaires scandaleux.
Parmi les milliers de témoignages d'hommes et de femmes que j'ai lus depuis 10 ans, une majorité préfère les corps de femmes lisses, ce qui est légitime. Mais il y a une façon de le dire. Certains se contentent de dire que c'est plus esthétique, plus joli sans poils. Rien n'est plus subjectif que l'esthétique et elle est largement influencée par ce qui nous entoure ainsi que par les pensées de ceux qui nous entourent. Mais d'autres ne mettent pas de gants pour dire ce qu'ils pensent de la PF. Cette violence ne sort pas de nulle part. Les féministes ont montré combien les femmes ont toujours subi des violences physiques et morales.
Le patriarcat a depuis des siècles poussé les femmes à être en compétition entre elles pour qu'elles soient toujours des objets de séduction "au goût" des hommes, ces goûts variant d'une époque à l'autre. Qui dit compétition dit comparaison. Les femmes se sont donc toujours comparées entre elles en se demandant qui était la plus séduisante. Mais elles ne se rendaient pas compte qu'elles faisaient ainsi le jeu des hommes. Pendant qu'elles se jugeaient mutuellement et tentaient d'être plus "belles" que d'autres, elles ne cherchaient pas à s'instruire, à prendre le pouvoir. Aujourd'hui, la donne a changé. Les femmes sont instruites mais ont toujours aussi peu le pouvoir. Et les jugements sur le physique des autres femmes n'ont jamais été aussi violents.
Si vous avez lu tout ce qui précède, vous avez déjà eu un aperçu de la virulence de certains propos. Mais vous n'avez encore rien vu. Non seulement, des gens s'en prennent aux poils mais aussi aux femmes qui les gardent et aux hommes qui préfèrent les femmes naturelles ! Le lavage de cerveau millénaire fonctionne tellement que ces intolérants n'ont pas la moindre idée que ce n'est pas leur pensée qu'ils expriment mais celles de leurs ancêtres, traumatisés par la sexualité des femmes !
Quelqu'un posait une question sur le forum du site au feminin.com en 2006
Salut les filles. Laissez-vous vos aisselles naturelles pour le plaisir de vos mecs ?
Réponses :
je ne pensais pas qu il y avait un homme sur cette terre qui aimait ca , je trouve ca crade et pas estetique du tout , ca casse toute la feminité de la femme , moi perso pas un demi poil qui depasse
Ne me dis pas qu'il existe des mecs qui aiment "les aisselles naturelles" comme tu dis??!! En tous cas, moi je suis contre!!! Les poils, je trouve que ça fait crade. Et puis on n'est quand même plus à l'âge de pierre!!
Quelle horreur, pour les femmes comme pour les hommes, épilation obligatoire !
C'est n'est pas une question d'odeur mais uniquement une question de feminite et d'esthetique a mon gout. Chacun ses preferences, mais pour moi c'est aisselles rasees sinon rien.
Desole d'etre aussi radical la-dessus.
On remarquera le côté catégorique des réponses et les mots utilisés : obligatoire, radical, aisselles rasées sinon rien, pas un demi poil qui dépasse. Ce sont des injonctions et pour avoir lu des tas d'autres remarques sur le physique, je constate que c'est seulement la PF qui provoque de telles réactions disproportionnées.
Sur son blog en 2007, pepitoja posait des questions concernant la PF. Est-ce que c'est sexy, hygiénique, est-ce que Laetitia Casta est toujours attirante en gardant ses poils et est-ce une soumission de s'épiler. Voici les réponses d'Irina.
Ne pas s'épiler s'apparente un peu à ne pas se laver et se négliger chez la femme, depuis l'antiquité, les femmes s'épilent, alors l'inverse risque de bloquer ces messieurs.
ça me choque cette mode du retour à homo-sapiens, surtout de la part d'icône.
Si avoir l'air d'un singe sale est la nouvelle mode féministe, ça promet...
Perso, je ne pense pas que l'épilation soit une torture si atroce, c'est contraignant, mais le résultat y est.
Que dire devant de telles énormités ? Une femme qui garde ses poils est donc un singe sale (les singes n'ont pas de poils aux aisselles et au pubis), elle est négligée. C'est l'exemple typique où certaines femmes sont les pires ennemies des autres femmes, pour le plus grand bonheur des machos.
Le témoignage suivant a été posté sur le forum bisexualite.info en 2008. Il montre combien l'atavisme est puissant car cette femme est consciente de la contradiction de ses propos mais n'arrive pas à passer au-dessus de la révulsion, c'est le classique double standard.
Je vois dans les poils surtout un problème d'hygiène; En tout cas, j'en suis restée à cette image donc une femme qui ne s'épile pas, j'ai vraiment du mal.
Bizzarrement pour un homme, ça ne me dérange pas puisque j'ai le discours inverse, à savoir qu'un homme qui a des poils m'attire autant voire plus qu'un homme imberbe, et je ne le trouve pas plus sale.
Donc pourquoi je pense çà?? allez savoir, moi-même je ne le sais pas mais les poils chez une femme, je trouve çà laid pour être honnête et j'ai une certaine révulsion liée au côté hygiène.
Sur le site de "Psychologies magazine", il y avait en 2007 un article sur la pilosité, qu'on pouvait commenter. Il est question pour les femmes d'arborer publiquement des aisselles poilues et on est à nouveau face au double standard.
Chantal, 55 ans, que ce passage du public à l'intime agresse. Regarder une femme avec des touffes sous les bras la dérange : « C'est comme si elle montrait son sexe. C'est indécent. Alors que ça ne me choque pas sur un homme, car il est naturellement poilu sur d'autres zones visibles.»
La belle affaire. Sur un homme, ça passe mais c'est un raisonnement fallacieux, il faut s'en tenir au fait que si les hommes ont le droit d'arborer des poils, il n'y a aucune raison que ce soit interdit aux femmes et ça n'a rien à voir avec le fait que les hommes aient des poils ailleurs. Les femmes ont le même nombre de poils que les hommes, la seule différence, c'est qu'il reste à l'état de duvet à certains endroits. En réalité, elle réagit de façon très puritaine.
Le commentaire suivant a été posté par une femme sur le forum de Psychologies Magazine en 2007. Il montre bien le mélange d'attirance et de répulsion qu'ont beaucoup de gens envers les poils.
Dans le train, ma voisine d'en face, très jolie, belle même... Elle dort et à un moment... Son bras se lève sous un rayon de soleil, découvrant son aisselle non épilée... dans laquelle glissent quelques perles de sueur. (pas king kong tout de même).
Hypnotisée, j'ai trouvé ça très beau... Moi qui m'épile même les bras... J'ai horreur des poils !
Voici un commentaire posté sur le forum du magazine Marie-Claire, en 2007
Un jour j'ai vu sur la plage, (je vis dans une region où il y a beaucoup de plages...) une femme d'une grande beauté mais qui avait une quantité de poils étonnante sur les jambes...
Deux choses ont reagi en moi, comme c'est monstreux un défaut qui gache une si grande beauté, ça c'était mon être social qui pensait...
En même temps mon être naturel pensait, dieu qu'elle est belle, elle l'était vraiment, parfaite en toutes choses et en plus elle était digne, il emanait d'elle une noblesse, cette femme s'assumait et ça la rendait grande...et encore plus belle...
Voici un commentaire trouvé sur le site de la BBC, suite au documentaire de Shazia Mirza, il montre la lutte entre ce qui vient du conditionnement et ce qui est naturel.
As an intelligent woman I am well aware that, in principle, female body hair should not be repugnant as it is very natural. However, given the social conditioning of our environment - even as a woman - it is impossible to feel neutral about being hairy, let alone feel sexy. I was living with a woman from rural China who had long black bushes under her arms and all over her legs. These were exposed during the hot summer last year and actually made me feel a bit repulsed. I truly believe that this is wrong in principle - but that deep, conditioned reaction remains a reality for most people. Myself, I'll keep shaving - and feeling positive about myself.
Traduction : en tant que femme intelligente, je sais qu'en principe, la PF ne devrait pas être répugnante car c'est naturel. Cependant, étant donné le conditionnement social de notre environnement, même en tant que femme, il est impossible de rester neutre à propos du fait d'être poilue, sans s'occuper du fait d'être sexy. Je vivais avec une Chinoise venant de la campagne, elle avait de longs poils noirs sous les bras et partout sur les jambes. Ils étaient exposés durant l'été torride de l'an dernier et ils me faisaient sentir de la répulsion. Je crois vraiment que c'est erroné en principe, mais cette réaction conditionnée et profondément ancrée est une réalité pour la plupart des gens. Je me rase et je me sens bien.
En 2007, Mélissa, une Canadienne a posté des vidéos sur Youtube où elle montrait ses aisselles naturelles, son témoignage est dans le chapitre sur les femmes qui ne s'épilent pas. Voici un des commentaires parmi d'autres, posté sur Youtube par un homme ayant vu ses vidéos.
you are an ugly man pls shave that shit its not hot only a sick fuck would think so pls be a women
Traduction: tu es un homme moche, svp, rase cette merde ce n'est pas bandant, seulement un malade pense que c'est bien donc svp, soit une femme.
Quelle violence dans cette phrase ! Non seulement, il se permet de la juger, de l'insulter mais il lui ordonne de se raser ! Pourquoi tant de haine pour quelques poils ?
Témoignage de Mirza sur le forum onpeutlefaire en 2005
Les seules personnes que ça dérange (ou peut déranger) de voir ces poils sur moi, c'est plutôt mon entourage (au sens large, i.e. y compris les inconnus que je croise). Quand je balade en plein Aix ("string land") avec mes poils sous les bras, quasiment toutes les nanas me jetent des regards courroucés (ce qui en rajoute à ma joie de ne pas les épiler... mais bon). Même ma mère, la denière fois qu'on mangeait ensemble: à la fin de repas je m'étire, et elle me demande de baisser les bras parce qu'on voit mes poils et que ça gêne !! (ça fait négligé vous comprenez).
Autre témoignage sur onpeutlefaire en 2006, ça rejoint un peu ce que vit ma femme
j'ai une copine qui a des jambes très poilues, si elle se met en jupe ou en short, elle est agressée par des jeunes dans les transports en commun. elle subit des insultes, des interpellations "hé! tes une fille ou un mec".
personnellement, en exposant mes aisselles non-rasées (pilosité normale) sur une plage, j'ai entendu dire "celle-là, elle ferait mieux de se raser".
nous ne sommes pas françaises, ni l'une ni l'autre. visiblement, nous avons échappé au formatage par lequel passent les françaises, cela choque et par conséquence notre transgression provoque des violences verbales - on punit la désobéissance.
Dans son mémoire datant de 2002, Juliette Sakoyan disait ceci
Pour Nadège 1, il ne fait aucun doute que les poils, « il faut être sans, surtout l’été. Et en général, ben les femmes doivent être sans et les hommes avec »
La femme non épilée a une position doublement extra-sociale : d’une part, elle est exclue de sa communauté de sexe précisément parce qu’elle n’adhère pas à une pratique esthétique féminine consensuelle, dont l’adage est si bien énoncée par Dominique 2 : « On est une femme, c’est pour être bien, c’est pour être belle, si on a des poils partout, c’est pas bien ça !».
D’autre part, elle est exclue de la société en son ensemble car elle met en danger plusieurs types de frontières, celle du masculin/féminin, celle du propre et du sale, et ainsi contrevient, en quelque sorte, aux normes de civilité. Une enquêtée qui avait travaillé comme caissière dans une grande surface, me confiait son dégoût quand une femme qui passait en caisse laissait voir ses poils axillaires. Il s’agissait clairement pour elle d’un manque de respect, car laisser ses aisselles velues, c’est infliger les odeurs de transpiration à son entourage. Nous songeons également à l’indignation de Kalila, 20 ans, qui, d’un air outré affirme qu’elle « ne comprend[s] pas les personnes qui les [leurs poils] gardent : ça coûte rien de s’épiler ! » Ainsi, ne pas s’épiler c’est se situer hors des normes esthétiques féminines et plus largement hors des normes de civilité.
Lorène, qui travaille comme maître nageur, voit défiler à longueur de journées des femmes poilues qui l’exècrent, d’autant plus quand elles se présentent aux vestiaires en tailleur, maquillées, et qu’elles viennent ensuite à la piscine « avec une dose de poils qui descend jusqu’au milieu des jambes et des bras ! » Deux arguments servent d’assise à l’indignation de Lorène : celui de la propreté et celui de la cohérence esthétique. Nous venons d’en esquisser les liens. Plus précisément, ici, ce qui dérange Lorène c’est d’une part que se baigner dans une piscine publique avec ses poils contrevient à l’hygiène publique et civile ; et d’autre part que négliger ses poils alors qu’on se maquille et qu’on choisit avec goût ses vêtements contrevient à la cohérence esthétique. Lorène ajoute d’ailleurs : « non mais quand même ! Un coup de rasoir, en deux minutes chrono, c’est fait. Là je pense que c’est vraiment du laisser-aller. C’est pas par manque de temps, elles ont bien le temps de se maquiller, de se coiffer, de se brocher les cheveux, et pas le temps de se mettre un coup de rasoir ! Moi c’est ça qui me.. »
Tout y passe avec Lorène (32 ans en 2002) : l'intolérance, le mépris, les jugements péremptoires, la leçon (un coup de rasoir, ça prend 2 minutes). Elle s'épile, donc toutes les femmes doivent s'épiler ? C'est quoi ce délire ? Si elle était logique deux secondes, les hommes qui viennent avec leurs poils à la piscine, ils ne sont pas un problème hygiénique ? Mais non, suis-je bête, seules les femmes sont des souillons. Avec des femmes comme Lorène, les machos ont une alliée de choix et c'est bien triste.
Dernier extrait du mémoire de JS
Le laisser-aller chez une femme revient en quelque sorte à nier son essence, car si femme et beauté sont à ce point intriquées, la femme se doit d’honorer quotidiennement cette association. Eu égard à l’épilation, on remarque que sa seule omission a force d’annulation des autres soins de beauté : « certes cette femme est bien habillée, bien maquillée, mais à quoi cela sert-il si des poils gâchent ces atours ? »
Intéressant, cette remarque. Les poils sont une espèce de repoussoir car même si une femme fait de gros efforts pour plein d'aspects de son corps, les poils visibles réduiraient tout à néant. Il y a du boulot avant de changer les mentalités. Moi, c'est l'artificiel qui me repousse, botox, silicone, collagène mais bon, je ne dois pas être "normal".
Suite à la diffusion du documentaire de Shazia Mirza (dont j'ai parlé dans le chapitre précédent), il y a eu des réactions de Musulman-e-s en 2007 sur un forum intitulé MPACUK : Muslim Discussion Forum
- I can smell them pits from here
- how unwomanly.
- It's about hygiene for goodness sake. Luckily, I'm not hairy but it's disgusting for thoose who don't remove the hair. I mean what's the difference between you & a man ?
- i really feel sorry for her, poor woman.
- What a weirdo!
- Ewwwwwwwwwwwww, how disgusting!!! Shame on her
- the last time i saw hairyness like that on a female,she was called 'kong' and she was a gorilla at london zoo..
- it is sad that she feels the need to show herself off in such a manner just to try and get some attention
- what a way to humiliate yourself, all in the name of fun
- she is disgusting and very scaring I wonder who her husband is and how does he live with that
- Actually someone asked me if she was a man! Is she a man?
Traduction sommaire, elle est comme un homme, elle pue, elle est tarée, elle est comme un gorille, elle cherche seulement à attirer l'attention, elle s'humilie, elle fait peur, est-ce un homme ?
Je ne tire pas de conclusion de ces réactions, elles ne sont sans doute pas représentatives de tous les Musulmans. Mais la violence des propos indique qu'on touche à quelque chose de très particulier et qui semble évident : une femme n'a pas à avoir de poils, c'est réservé aux hommes. Et là, on rejoint l'intolérance des sociétés occidentales. Cela prouve aussi que l'injonction de la tradition épilatoire qui semble concerner hommes et femmes n'est qu'un leurre puisque plusieurs commentaires disent qu'elle fait penser à un homme en gardant ses poils.
Voici 2 commentaires postés sur doctissimo.fr, concernant les poils pubiens
- Qui aurait envie de fourrer sa langue dans une perruque ?
- on l'aura compris ton mec mange de la tarte au poils au dîner.
Ah bon ? Donc, depuis des millénaires, l'humanité pratique le sexe oral et il a fallu attendre la fin du 20ème siècle pour se rendre compte que ça pose un problème ? C'est évidemment bidon, les poils ne gênent pas du tout les rapports buccaux mais je peux comprendre que certain(e)s taillent les poils afin qu'ils soient moins longs.
Encore un témoignage affligeant de doctissimo, source inépuisable d'intolérance.
C'est affreusement degoutant et tellement pas sexy une femme poilu,que sa soie les jambes les aisailles,le bikini ou meme negliger de se faire les sourcils desoler mes sa tue completement la beauter de la femmes a mon avis.C'est un minimum de respect aussi enver l'autre.
Dans le magazine Elle de janvier 2010, il y a un article sur l'épilation pubienne intitulé Sous les jupes des filles : épilation, mode d'emploi
Extrait :
Thibault, 26 ans dit : "J'aime qu'une fille soit impeccable en permanence. Le problème ? Nombreuses sont celles qui se rasent en cas de rendez-vous impromptu, et quelques jours après çà pique! Résultat : j'ai l'impression de caresser ou d'embrasser un de mes potes mal rasés.
Et on est reparti avec le cliché "poils=virilité". Pourtant, cet homme a dans sa génération des tas de copains qui se rasent le corps. Sont-ils féminins pour autant ? On notera le mot impeccable et en permanence. Cela veut dire que les hommes eux, peuvent se permettre de ne pas se raser/s'épiler mais les femmes, hors de question. On dirait un macho du 19e siècle.
Un autre commentaire
Vincent, 31 ans: « Et surtout, un conseil mesdemoiselles: ne parlez jamais de vos problèmes d'épilation devant un mec. On ne veut rien savoir des dessous de l'affaire
Ce qui a provoqué la réaction suivante sur le site Internet
En clair, n'emmerde pas l'homme avec ton intendance, si tu lui racontais à quel point ça fait mal et c'est relou il ne pourrait plus bander en paix. Aussi préfère-t-il penser qu'une femme naît naturellement imberbe, qu'elle ne fait pas caca, ne pète pas.
Autre commentaire suite à l'article.
Je suis un homme. J'ai vu des filles épilées, des pas épilées. Les filles pas épilées du tout sont vraiment un supplice pour moi mais s'il y a juste le triangle ou le ticket de métro qui cache le Pubis sans être la foret c'est jolie. Cela dit le Pubis sans poils est le mieux pour les préliminaires.
Le pauvre, il vit un calvaire face à une femme pas du tout épilée. L'excuse du cunnilingus revient une fois de plus, encore un qui ne supporte pas d'avoir un poil en bouche.
Ce papier dans "Elle" a provoqué des réactions en chaîne, beaucoup de gens ont été choqués de voir des pubis étalés ainsi dans un magazine qui n'est pas censé montrer des images porno (le fait de ne montrer qu'une partie du corps est de la pornographie, d'une certaine façon).
Le journal "Le Monde" a réagi aussi, deux mois plus tard en publiant un article intitulé La tyrannie de l'épilation dont voici un extrait
Stéphane Rose a mené une enquête auprès d'esthéticiennes. Selon elles, les trois quarts des adeptes de l'épilation intégrale du maillot sont âgées de 18 à 25 ans. "Elles se soumettent aux goûts des hommes, affirme le journaliste. Dans le journal pour ados, Girls, je tenais la rubrique "paroles de mecs". Et ceux-là estimaient que le poil était sale, pas normal." Il est fréquent que les hommes de moins de 25 ans confessent n'avoir jamais connu, intimement, de femme non épilée.
Stéphane Rose est journaliste, auteur du pamphlet "Défense du poil - Contre la dictature de l'épilation intime", sorti en octobre 2010, voir le chapitre sur la sexualité.
Parmi les commentaires, en voici un qui semble être juste l'expression d'un goût mais qui est plutôt celle d'un dégoût pour la "forêt noire"
Une femme mature épilée est carrément plus excitante qu'avec une forêt noire !
Autre témoignage qui inverse la réalité en parlant de la tyrannie du naturel alors que personne ne demande l'arrêt total de l'épilation.
Tout le monde va me tomber dessus mais j'avoue trouver du charme à ma femme délicatement rasée (mais pas totalement) et je ne me sens pourtant pas attiré par les petites filles. Ce n'est qu'une autre sorte de maquillage ou de coupe de cheveux (faut-il que tout le monde laisse pousser ses cheveux ?). Au diable la tyrannie du prétendu "naturel" . C'est un radicalisme excessif car l'être humain est loin de la pure nature, ne serait-ce qu'en s'habillant.
Extrait de la page d'accueil du site de MIEL
"Oh mon Dieu, si un enfant voyait ça !"
On le sait, c'est l'expression consacrée qui s'échappe du gosier de tout puritain confronté à une vision de nature sexuelle. Et bien cela s'applique à la vision du poil, témoignant ainsi de sa nature sexuelle.
Le témoignage suivant à été posté sur le forum doctissimo le 5 février 2007 :
Je suis enceinte et mon ventre est assez gros. Cela rend les épilations seule quasi impossible. Comme je suis déjà maman d'une petite fille qui va avoir 4 ans et qui ne va juste pas à l'école, je ne peux pas aller chez l'esthéticienne. Heureusement, les poils ne me dérange pas, et ne dérange pas mon mari. Pour ma première grossesse, mes poils ne m'ont posé aucun problème. (nous vivions en Allemagne). Maintenant que nous vivons en france, je me suis fait engueuler par une utilisatrice dans les vestiaire d'une piscine, que cela était inadmissible dans une piscine public, qu'il y a des enfants et que son fils n'arrêter pas de me regarder. J'ai regarder après coup dans le miroir à la maison, c'est vrai que j'ai quelques poils qui dépasse du maillot, un peu sur les jambes et les aisselles, mais est-ce vraiment si gênant que ça? Surtout sur une femme enceinte ?
On remarquera que la dame se sent coupable alors qu'elle a été victime d'une véritable agression.
Encore un témoignage d'une rare violence, posté en août 2007 sur le forum doctissimo.fr, cela ressemble à un scénario SM.
Personnellement, j'ai forcé ma maîtresse à s'épiler intégralement surtout au niveau du pubis. Je trouve ça plus hygiénique quand je la lèche. Pour l'estéthique aussi ça ne gâche rien d'autant que je lui fait porter des micros strings en toute circonstance. Son mari était assez réticent au début, maintenant il est ravi ! Elle moins mais elle n'a pas eu le choix... Lors de nos sorties quotidiennes, elle est donc systématiquement seins à l'air et chatte bien lisse. Je ne la prends pas pour autant pour une enfant !! Quand je vois le minou de sa fille de 8 ans et le sien à côté, je vois une différence quand même !!!
Le commentaire suivant date de 2009 et vient du blog d'Agnès Giard dont j'ai déjà parlé, il semble au départ tolérant mais la dernière phrase est terrible.
Eternel débat. L'influence du x, les relents pédophiles, l'homophobie et j'en passe... N'a t'on pas le droit de simplement être lisse pour le plaisir d'être lisse comme l'on peut aimer les cheveux longs ou la coupe garçonne. Epilée intégralement au laser depuis 20 ans (j'en ai 45) je l'ai fais ni sur ordre de mon mari ni d'un dictat de la culture x mais simplement par choix personnel. Quant à mon mari, quel plaisir de m'occuper une fois par semaine de sa personne et d'y traquer d'un commun accord le poil "disgracieux". Nous revendiquons le droit au corps glabre sans sous entendus et respectons l'aisselle fournie et le pubis odorant sans y voir des relents zoophiles.
Pubis odorant, ainsi donc, le pubis pas épilé est odorant et l'épilé ne sent rien ? Je pense qu'après deux jours sans voir de savon, le pubis de cette dame dégagera une odeur autrement plus désagréable qu'un pubis naturel mais lavé tous les jours.
Et préférer le corps inaltéré, c'est être zoophile ? Comme on l'a déjà dit, les animaux n'ont pas de poils aux aisselles ni dans la zone pubienne, c'est donc un argument irrecevable mais qui montre bien l'agressivité de ceux qui prétendent laisser les gens "libres". Elle est dans le reniement de son propre corps en parlant ainsi pour taxer de zoophiles ceux qui préfèrent les poils.
Autre commentaire d'un homme, sur la même page.
je suis désolé, mais moi les minous je les aime tout lisses, épilés comme des galets. Et ne venez pas me sortir vos éternelles raccourcis, hérités de votre éducation catho. Je ne suis pas pour le moins du monde attiré par les gamines. Nada, que dalle ... J'aime juste les femmes qui nous font ce cadeau de la beauté de leur sexe, de leurs lèvres gonflées de plaisir. C'est tout simplement beaucoup plus beau qu'un vieux tas de poils. Et au fait, arrêtez de vous raser, c'est pas naturel et ça fait de vous des êtres aux pratiques déviantes.
On a droit à tous les amalgames dans ce témoignage : c'est l'éducation catho qui fait penser qu'un sexe de fillette ressemble à celui d'une femme épilée, le sexe épilé est plus beau que pas épilé, le pubis naturel ne serait qu'un vieux tas de poils, les hommes qui se rasent sont des déviants. La mauvaise foi caractérisée montre bien l'impuissance à répondre avec des arguments pondérés.
Le témoignage suivant semble de prime abord n'être que l'expression d'un goût et la femme qui parle ne prononce aucun mot intolérant.
ayant étudié l'Histoire à l'université, je sais également que l'hitoire de la beauté féminine passe par l'épilation et ce depuis des millénaires.
Niveau sensualité et plaisir, les relations bucco-génitales sont tout de même bien plus agréables quand le terrain est dégagé.
Plus agréable pour la dame car les sensations sont bien plus intenses, douces, glissantes, et d'autre part, au niveau visuel, c'est plus intéressant pour l'un comme pour l'autre. Vous le savez, l'aspect visuel participe bcp à l'excitation du mâle viril ( que je préfère nature moi aussi, voire poilu).
Enfin, c'est plus agréable pour lui, qui ne s'arrêtera pas en pleine action parce qu'un vilain poil s'est logé sur sa luette et lui donne des haut-le-cœur
Néanmoins, il indique clairement qu'avec des poils, une femme n'est pas désirable, prend moins de plaisir, etc. C'est un résumé de différentes choses exprimées plus haut. D'abord, le côté études universitaires qui formate la pensée de façon erronée quant à l'approche du corps des femmes dans le passé. Ensuite, il contient tous les clichés habituels sur la "beauté" sans poils, l'aspect visuel serait plus intéressant, le plaisir serait plus grand pour les femmes seulement, l'homme lui doit être poilu, donc "viril" et enfin, le fameux poil en bouche qui dans le cas présent, va carrément se coller à la luette, quelle imagination débordante. Je note aussi que les termes utilisés sont directifs, il ne s'agit pas de parler de ses propres goûts mais d'asséner des vérités sur la beauté et ce qui est agréable. Ce témoignage est la meilleure preuve que l'instruction n'a rien à voir avec l'intelligence.
Commentaire sur le site aufeminin.com, en 2006
Il a rien de plus beau ,de plus sensuel et de plus doux qu'une vulve sans poils .On n'est pas des animaux et c'est plus hygiénique
Témoignage du site lepoil.net
je suis pour les poils chez les hommes. Moi-même étant très poilu je trouve ça assez beau, ça donne de la virilité du point de vu esthétique et je pense que les poils ont des fonctions bien spécifiques! Certainement dans le drainage de la transpiration et bien d'autres fonctions.
En revanche c'est un peu moins esthétique chez les femmes! Je préfère regarder ou caresser une peau de femme douce et lisse plutôt qu'un amas de poil sur les jambes ou les bras voir sous les bras! Le comble de l'anti-sensualité.
Exemple flagrant de double standard : ce monsieur trouve esthétique et viril pour un homme de garder ses poils et en plus, il reconnaît qu'ils sont utiles. Mais dès qu'on parle des femmes, l'esthétique disparaît, les poils perdent leur utilité et c'est surtout anti-sensuel.
Commentaire du forum de simplicité volontaire, un peu moins méchant en apparence.
Un malin m'a demande si je pouvais jouer de la harpe avec les poils de mes bras!! bravo.
En fait, les femmes sont souvent démunies face à une telle violence et ne trouvent pas les mots ni les bons arguments à opposer. J'ai centralisé tous les arguments dans un sujet sur le forum de Miel, afin de lutter contre les clichés habituels.
Cette page suscite des réactions, c'est normal. Je reçois des commentaires positifs, voire enthousiastes mais aussi, des commentaires négatifs. Parfois, ils sont constructifs mais il arrive que cette page soit démolie. C'est le cas sur le blog de Clémentine.
En temps normal, je n'accorde pas d'importance à ce qui est extrême car c'est insignifiant. Mais là, on est face à un cas d'école : absolument tout ce que j'ai écrit est déformé, interprété, transformé, comme si la personne n'avait lu qu'en diagonale. C'est son droit de ne lire que des extraits mais alors, il serait mieux de ne pas juger le travail de quelqu'un avec des mots très durs. De plus, aucun argument valide n'est énoncé, j'attends des contradicteurs qu'ils avancent des faits documentés, source à l'appui, comme je le fais presque systématiquement sur cette page.
En gros, ma page serait pleine de clichés et contradictions (mais elle n'en cite aucun), je ferais référence à des concepts n'ayant rien à voir avec la PF mais les mots sont sortis de leur contexte et elle leur prête une importance démesurée, je me placerais en position de "sauveur" face aux "victimes", qu'elle explique avec une théorie sortie de nulle part, je prendrais les lecteurs de cette page pour des crétins, je devrais la fermer (elle écrit "de quoi je me mêle" alors qu'on insulte ma femme pour ses poils et j'en parle d'emblée), je me prends pour supérieur aux autres, je suis pour une pensée unique (alors que j'explique de long en large que je suis féministe et donc, pour la diversité), je prônerais un enfermement doctrinal, je me placerais en juge car il serait question de morale (le mot n'est utilisé que dans des citations et je ne juge évidemment personne), j'évoquerais le bien et le mal (mais où ?), je voudrais établir une norme à la place d'une autre et du coup, je serais un tyran opportuniste et cette page ne serait qu'un reflet de mes convictions intimes alors qu'elle contient des dizaines de témoignages de femmes qui s'épilent ou pas. Notons au passage qu'elle refuse la notion de norme intégrée mais elle se contredit plus loin en disant que je voudrais instaurer une norme à la place d'une autre, reconnaissant ainsi implicitement l'existence de la norme poussant les femmes à s'enlever les poils du corps. Elle n'a rien compris à la notion de norme intégrée car elle pense que cela veut dire que la norme est absente. Or, la norme est omniprésente : corps glabres qui s'étalent partout, injonctions aux adolescentes, dénigrement de celles qui gardent leurs poils. La norme intégrée signifie que la plupart des femmes l'ont intériorisée en croyant que c'est leur pensée profonde, elles ne "voient" plus la pression extérieure, qu'elle soit implicite ou explicite et ne remettent jamais en question l'épilation qui devient un geste automatique comme se laver les dents.
Bigre, après avoir lu ce tableau peu flatteur de ma personne, il ne me resterait plus qu'à retirer immédiatement cette page ou alors, me tirer une balle, tellement je devrais avoir honte de ce que j'ai écrit.
JAMAIS je ne me permettrais de juger le travail de quelqu'un sans avoir essayé de comprendre ce qu'il a fait, même si les idées défendues sont opposées aux miennes. J'ai réagi sur son blog en postant un droit de réponse, c'est normal, j'étais mis en cause de façon injuste. J'ai donc rédigé une longue réponse mais en restant très poli et en ne manquant pas de respect à l'auteure. Peine perdue, ma réponse a été supprimée à deux reprises, sans explication. J'ai donc été obligé de poster ma réponse ailleurs, vous pouvez la lire sur le forum de Miel. Elle a d'ailleurs écrit le même genre de papier concernant MIEL, preuve que ce nous écrivons l'ébranle bien plus qu'elle ne le pense. Car si réellement, on n'est pas touché par un texte, on ne passe pas du temps à le démolir à coups d'arguments fallacieux.
Cette personne est en fait ce qu'elle me reproche : elle développe une pensée unique puisqu'elle refuse de laisser sur son blog des réponses qui n'abondent pas dans son sens et elle ramène tout à elle ("ma propre vision", "mon credo", "mes valeurs", etc.), se moquant pas mal de celles qui souffrent pour ne pas se faire insulter et comme elle trouve du plaisir dans la souffrance (ce qui est très parlant, ça rappelle les rituels de mortification), tout le monde devrait faire pareil. Je serais un tyran mais c'est elle le tyranneau qui ordonne que je me taise. Elle n'arrête pas de me juger en pensant que c'est moi qui juge les femmes qui s'épilent, elle débite des clichés et des contradictions tout au long de son harangue, elle fait appel à des concepts n'ayant rien à voir avec ce que j'explique, etc. C'est un phénomène de projection très courant : ce que l'on est, on le projette sur les autres.
Elle relaye fidèlement le message de l'idéologie dominante : "consommez nos produits et services superflus en croyant disposer de votre libre arbitre et dénoncez ceux qui pourraient vous détourner de notre bonne parole". On pourrait croire qu'elle est une rebelle mais elle hurle avec les loups de l'industrie cosmétique, des médias, qui formatent les femmes en les culpabilisant pour qu'elles ressemblent à des fillettes prépubères.
26. Les naturistes, les écolos et l'épilation
Y a-t-il un lien entre naturistes et écolos ? C'est ce que je vais essayer de démontrer.
Voici un extrait (datant de 2007) d'un site de smoothies, les naturistes intégralement épilés.
If you would think that a smooth and hairless body is a fad, inspired by Philips, Gilette and other shaver manufacturers, you are wrong! The women in ancient Egypt already shaved. Greek women and later Roman women followed their example. It gave them beauty, youth and innocence.
A smooth and hairless body was the standard of beauty, youth and innocence for a woman in Egypt. All over Egypt the women had smooth and hairless bodies. Except for their heads. The wife of the divine Farao set the example and every Egyptian woman took care that there was not a single hair on her body.
Smooth is young, youthfull, innocent. Courtesy of "Helios", a former Dutch naturist magazine: "The new trend: away with pubic hair!"
Smoothies, Smoothie Club.... Until recently this word was unknown in the naturist world, but now it is becoming fully accepted: naturists, but simply barer than nude!
Traduction : si vous pensez qu'un corps lisse et sans poils est une lubie inspirée par les marchands de rasoirs, vous vous trompez ! Les femmes dans l'ancienne Egypte étaient rasées. Pareil pour les Grecques et les Romaines. Cela les rendait belles, jeunes et innocentes.
Un corps lisse et sans poils était un standard de beauté, de jeunesse et d'innocence pour les femmes en Egypte. Partout en Egypte, les femmes étaient épilées intégralement, excepté la tête. L'exemple est venu de la femme du pharaon et toutes les femmes égyptiennes ont pris soin de ne plus avoir de poils sur le corps.
Le lisse est jeune, juvénile et innocent. Avec l'autorisation de Helios, un ancien magazine naturiste hollandais : "la nouvelle tendance : basta, les poils pubiens !"
Lisses, le club des lisses. Jusqu'à récemment, ce mot était inconnu dans le monde naturiste mais maintenant, il est totalement accepté : naturistes, mais simplement plus nus que nus.
Je ne sais pas par où commencer devant un tel ramassis d'inepties. Je ne remets pas en cause le choix de ces gens de se raser mais c'est bourré de clichés et de contradictions.
S'il faut se dénuder complètement, pourquoi ces gens gardent-ils leurs cheveux ? Ce sont aussi des poils, non ? Ah oui, c'est vrai, on enlève les poils sexuels et ainsi, on redevient des enfants, on est juvénile, innocent, beau. Ce jeunisme dégoulinant n'est pas sans rappeler certaines idéologies fascistes.
Pour la partie historique, le contexte misogyne de l'époque est soigneusement omis, comme si les femmes avaient eu le choix de décider, voir les chapitres sur l'épilation dans l'histoire.
On pourrait penser que ce courant est minoritaire. Malheureusement, il n'en est rien. D'après des naturistes du forum de MIEL, on tournerait autour des 80 à 90% d'hommes et de femmes intégralement épilés, en France. Mais dans les pays nordiques, c'est plus équilibré.
En 2007, sur le forum vivrenu.com, voici ce qu'on pouvait lire
- Question hygiène, oui c'est indéniable, odeur corporelle, surtout à ce niveau absente après épilation.
- Pour moi, l'épilation, ce n'est pas dans un but esthétique. C'est avant tout une question d'hygiène qui m'a amené à essayer.
- Oui, le mieux c est l épilation intégrale d un point de vue esthétique c est totalement en harmonie avec la nature
- Moi aussi, ma copine m'a demandé de m'épiler pour l'hygiène et la beauté.
- A lire toutes ces interventions, je n'ai plus qu'une envie : me raser !
- il s'agit simplement de vivre avec son temps, ne le croyez-vous pas ?
- Pour nous, cela est principalement une question d'hygiène : plus de mauvaises odeurs !
- Je n'aime pas la pilosité indomptée
Sur ce forum, il est possible de voir des vidéos de naturistes. Pour avoir accès aux vidéos, il faut créer un compte sur le forum, c'est gratuit.
On remarque que dans les années 90, les pubis naturels dominaient. Mais depuis le début des années 2000, la tendance s'inverse complètement.
Pour les écolos, c'est plus subtil. Depuis quelques années, le discours général tend à un "retour à la nature", moins de produits chimiques, de conservateurs, de polluants. Tout cela est légitime et j'y participe d'ailleurs. Mais à côté de cela, les femmes écolos sont pratiquement toutes épilées (aisselles et jambes) ! Et oui, le retour du naturel s'arrête à la PF.
On voit d'ailleurs fleurir des conseils pour une épilation sans produits chimiques, "comme au bon vieux temps". Au lieu de se dire "et si j'arrêtais de m'épiler", on change seulement de méthode d'épilation. Je ne généralise pas, il y a des résistantes à l'épilation parmi les écolos mais ce conformisme dès qu'il s'agit de la PF est affligeant.
Je pense donc que sur le plan de la PF, une majorité d'écolos rejoint la majorité des naturistes : oui à la nature, non aux poils !
27. Pilosité et animalité
C'est bien le seul domaine sur lequel certains partisans de l'épilation et d'autres des femmes naturelles sont d'accord. Les premiers pour s'en affranchir, les seconds pour la revendiquer.
Il faut se plonger dans l'histoire pour comprendre d'où vient cette prétendue animalité des poils.
C'est parce qu'on s'arrêtait aux apparences à l'époque que les poils de l'humain faisaient penser à l'animal. C'était une interprétation erronée de la fonction de la pilosité alors que depuis quelques dizaines d'années, on a compris le rôle physiologique de contrôle de la transpiration des poils aux aisselles, par exemple. C'est comme pour les croyances médicales. Pendant des siècles, on a cru que les humains avaient des humeurs et que c'était un dérèglement de ces humeurs qui expliquaient les maladies (d'où l'expression "mauvaise humeur"). Entre-temps, les scientifiques ont expliqué que ce n'était pas possible mais pour les poils, les gens restent accrochés à cette idée "animale" qui est absolument aberrante. Dire au 21ème siècle qu'un homme poilu (ou une femme poilue) ressemble à un singe est aussi absurde que de dire aujourd'hui qu'on tombe malade à cause de la bile ou de l'atrabile.
On remarquera d'ailleurs que chez les anciens Grecs, cette animalité ne dérange que si c'est sur le corps d'une femme, preuve de l'ineptie de l'argument.
Je remets le passage déjà cité de Zwang, dans son livre "le sexe de la femme", paru en 1979.
Dans un chapitre particulièrement odieux du livre qu'il a eu le front d'appeler L'Erotisme, Bataille explicite la joie sadique qu'éprouvent ceux qui lui ressemblent à dénuder, dévoiler les parties pileuses de la femme et à lui faire honte de cette animale pilosité. Animale... si l'on veut, car si Bataille n'avait pas été un parfait ignorant en zoologie (comme en paléontologie) il aurait su que la vulve des quadrupèdes et même des anthropoïdes est glabre. Le poil vénusien et vulvaire est un ornement spécifiquement humain, spécifiquement féminin.
En 1986, Marc-Alain Descamps parlait dans son livre L'invention du corps du rejet de "l'animalité" comme une des causes de l'épilation.
Par opposition à l'animal. Malgré ce qu'en dit Desmond Morris, I'homme n'est pas du tout un singe nu ; il a des poils partout, sauf sur la paume des mains et la plante des pieds. Mais il cherche à effacer l'ignominie de son passé animal, et encore plus la femme. Il est notable qu'à l'instar des animaux, on puisse utiliser le terme de mâle pour l'homme (ce qui le flatte), mais pas de femelle pour la femme (ce qui la blesse mortellement). Les poils qui évoquent le plus l'animal sont ceux du pubis, puisqu'on parle de toison pubienne. Et il faut bien noter que cela a été gommé durant toute notre civilisation. Depuis les Grecs, les hommes ont toujours aimé représenter le corps de la femme en peinture ou en sculpture, mais jamais ils ne l'ont représenté telle qu'elle est en vérité avec sa toison pubienne. Il y a eu une censure universelle et unanime. Et l'humanité s'est donc inventé un modèle idéal de la femme, complètement irréel. Le plus curieux est que cette toison pubienne qui lui fait si horreur, car elle évoque l'animal, n'existe chez aucune espèce animale. Personne ne semble jusqu'à maintenant avoir fait la remarque que les animaux ont des poils partout, sauf justement là où en a l'homme. Les poils humains ne sont donc pas des vestiges de la toison animale, mais des productions plus récentes. Les animaux ont des poils sur la tête, sur le dos, le long de la colonne vertébrale, sur les pattes parfois. Mais jamais ils n'ont de poils au pubis, au périnée, aux aisselles ou sur les seins, même pas une seule espèce de singes, qui sont pourtant les plus proches de l'homme. Au contraire des animaux, les poils humains semblent n'avoir aucun rôle protecteur. Ils apparaissent dans les creux et les zones de transpiration, et semblent avoir pour seul rôle de retenir et d'amplifier les odeurs sexuelles. De même, on tient les poils pour frustes, sauvages, négligés, mais curieusement, c'est l'homme blanc qui est poilu comme un singe (à l'inverse plus exactement), pas l'homme noir ou jaune qui est presque entièrement glabre. Et précisément tous les Blancs, même les Aborigènes australiens ou les Ainous des îles japonaises. Personne ne peut dire encore pourquoi.
Le paléoanthropologue Pascal Picq explique au début du documentaire "Sa Majesté le Poil" (2011) que les poils humains ne sont absolument pas un résidu animal mais sont apparus en fonction de l'évolution.
Donc pour moi, l'argument "animalité" ne tient pas la route une seconde. Tant qu'on y est, on peut s'enlever les membres inférieurs parce que les animaux en ont aussi. Où arrêter de faire l'amour en levrette car beaucoup d'animaux qui s'accouplent le font dans cette position. C'est curieux mais je n'ai encore jamais entendu un fana de l'épilation dire qu'il n'aimait pas cette position sexuelle car ça lui rappelle l'accouplement de deux chiens. Plus sérieusement, ce qui distingue l'animal de l'homme, c'est la capacité de l'humain à raisonner, à ressentir des émotions, de l'empathie, pas besoin de chercher de pseudo-raisons corporelles.
28. Les femmes qui ne s'épilent pas
Je ne vais pas faire de statistiques ni d'étude sociologique, je déteste cette façon de mettre les gens dans des petites cases. Il n'y a pas de profil type pour les femmes qui ne s'épilent pas. Malgré tout ce qu'on entend comme clichés débiles : c'est sûrement une lesbienne, une hippie, une marginale.
Le seul point commun pour 90% de ces femmes, c'est une prise de conscience dépassant largement le cadre de la PF : bien souvent, elles sont plus respectueuses de la nature, plus tolérantes envers les autres personnes ayant des "différences", elles tiennent un discours féministe (parfois à leur insu).
Il y a des témoignages de femmes "résistantes" sur le site de MIEL
Voici ce que disait la féministe anglaise Anji sur son blog
Every woman I know who has resisted the hairlessness propaganda and quit shaving has felt the same way - comfortable, liberated, having taken one step further to free themselves from the misogynistic standards of ‘beauty’.
Traduction : toutes les femmes résistantes à l'épilation que je connais ont senti la même chose : elles se sentent bien, libérées et ont franchi une étape pour se libérer des standards de "beauté" misogynes.
Voici donc des témoignages de femmes ou d'adolescentes qui ont décidé d'arrêter l'épilation.
- Je ne me souviens pas de ma première épilation mais je pense que j'ai choisi toute seule de la faire, sûrement par conformisme. Je me suis épilée/rasée pendant environ 5 ans. En ce qui concerne mon déclic, ça s'est passé suite à une discussion que j'avais eue avec mes amies. Elles disaient qu'elles pensaient à faire l'intégrale pour leur 1ère fois. J'étais la seule à ne pas vouloir toucher à mon pubis. J'étais inquiète, je me disais que je devais peut être me raser quand même alors je suis allée chercher des infos pour voir ce qu'on conseillait de faire sur le Net. Et là je suis tombée sur le site MIEL qui déconseillait l'épilation en général. Du coup, je me suis posée la question du pourquoi je m'épilais/rasais et la réponse m'est venue toute seule: "Ça ne sert à rien." Maintenant, ma peau est moins sèche, je suis contente de rendre un bon service à mon corps en le laissant en paix et ça m'amuse beaucoup de voir mes amies se prendre la tête parce qu'elles se sont coupées en se rasant, parce qu'elles ont des points rouges ou parce qu'elles ne se sont pas bien épilées. (Aurélie, 18 ans)
- Ma première épilation disons plutôt rasage a été avec une copine, j'avais environ 11, 12ans. On l'a fait pour s'amuser pour faire comme les grandes, ensuite plus tard à l'adolescence j'ai commencé l'épilation. J'ai arrêté le rasage des aisselles en 2009, peu après avoir lu l'article sur Miel qui a été pour moi le déclic (même si j'ai toujours trouvé ce rituel aberrant, je m'épilais machinalement tout en pestant...). Je suis très contente de mes poils aux aisselles et je compte bien les garder, je m'y suis adaptée très vite, ils ne me gènent pas, je n'y pense plus et à force d'habituer mon regard à avoir des poils sous les bras je trouve même celà joli ! J'attends de voir en Eté comment je gère ça. Mon compagnon globalement s'en fout, il m'aime, la seule chose qui ferait barrière je pense c'est le regard désapprobateur des autres et d'avoir à se justifier pour moi....quelque part si on me juge sur mes poils, on le juge directement lui aussi (du genre "beark elle a des poils ! le pauvre comment il fait!"). (Anaïs, 31ans)
- J'ai commencé à m'épiler les jambes à l'âge de 12 ans. J'étais en vacances, dans un parc d'attraction et je ne sais pas pourquoi j'ai pris conscience à ce moment là que toutes les femmes autour de moi avaient des jambes glabres. Mes soeurs plus jeunes (pas encore ado) avaient un duvet blond de fillette qui se voyait à peine, mais moi j'ai eu l'impression d'un seul coup en me comparant aux autres d'avoir d'énormes poils noirs sur les jambes, et je me suis sentie extrèmement honteuse. En rentrant le soir j'ai demandé à ma mère comment on faisait pour s'épiler. J'ai donc essayé de m'épiler avec son épilateur, mais ça faisait un mal de chien. Du coup je me rasais et j'ai utilisé aussi des crèmes dépilatoires.
Un an plus tard je débarquais à Paris pour faire mes études de musique, toutes les filles de 13 ans s'épilaient, et la plupart se maquillaient. J'ai commencé à mettre des T-shirts plus décolletés (style débardeur), et à me raser également les aisselles. J'ai aussi commencé à me maquiller.
Un ou deux ans plus tard, j'étais tellement complexée que je ne pouvais pas sortir dans la rue sans être maquillée. Je pensais que j'étais laide, donc que je me devais d'être au moins parfaitement élégante.
Un jour j'ai essayé de me raser le pubis intégralement, mais ça ne m'a pas plu, et ça n'a pas plus à mon copain non plus qui est maintenant devenu mon mari.
J'ai connu mon mari jeune, j'avais 16 ans. Lui m'a toujours trouvée belle telle que j'étais, épilée ou pas.
Après la naissance de mon fils, nous avons eu une prise de conscience sur le plan écologique. On a commencé à remettre en question notre mode de vie. L'épilation en a fait partie, c'est là que j'ai découvert le site du MIEL, leurs arguments m'ont tout de suite convaincue.
J'ai arrêté de m'épiler, j'avais 20 ans, et ce fut une libération ! Curieusement je n'ai pas eu tant de regards négatifs que cela sur ma démarche, je pense que les gens voyaient que j'assume totalement mon choix, et je n'ai pas non plus une pilosité si voyante que cela. J'ai vraiment la sensation de m'être réapproprié mon corps, et je me trouve belle maintenant, ce qui n'était pas le cas avant. Arrêter de m'épiler m'a ouvert à d'autres démarches (arrêter le soutien gorge, accepter la nudité, être à l'écoute de mon corps et ne plus le maltraiter) qui vont toutes dans ce sens d'une meilleure connaissance de soi et d'une libération corporelle. Au niveau de l'esprit, j'ai bien plus l'impression d'être en accord avec mes convictions écologistes et féministes en arrêtant un geste polluant rendu quasi-obligatoire par notre société de consommation patriarcale.
Maintenant je monte sur scène et je pose pour des photos avec mes poils, ça me ferait tellement bizarre de les enlever ! Et je ne pense pas que cela choque les spectateurs, vu les remarques qu'on m'a faites sur mon jeu scénique.
Mon mari m'a toujours soutenu dans ma démarche, il m'aime comme je suis naturellement ! Et d'autres mecs ont essayé de me draguer lors de soirées, ou même dans la rue alors que mes poils étaient très visibles, donc les célibataires n'ont pas à avoir peur ! (Lise, 23 ans)
- Qu'est-ce qui m'a décidé d'arrêter l'épilation ? C'est un redressement des choses. Qu'est-ce qui m'a fait commencer quand j'avais 11 ans? La pression sociale. Aussi, je commençais à être remarqué par les gars. L'attention me plaisait. Je suis rapidement devenue une "hot girl" -- cheveux blonds, gros maquillage, talons-haut, épilation, vêtements sexy et attitude de flirt.
J'ai arrêté j'avais 16 ans, beaucoup d'amis et un copain. Presque du jour au lendemain. Parce que ça n'avait plus de sens. Je ne comprenais pas POURQUOI je m'épilais. Pour raisons hygiéniques? Non, j'avais fait des recherches. Parce que c'était plus féminin? Ah là, je m'en foutais! Et quand ça pousse sur le corps féminin, c'est féminin un point c'est tout. Et je me suis mise à vraiment faire de la recherche, et tout ce que je trouvait me forçait à admettre que l'épilation était un mensonge. Et bon, j'ai vu que certains ont compilé des listes exhaustives des raisons pour ne pas s'épiler. Toutes ces raisons sont valables pour moi aussi.
Un petit conseil pour les femmes non-épilées: quand vous sortez en public les aisselles ou les jambes visibles, pensez à autre chose (aux tâches de la journée, au film que vous avez vu le soir d'avant...) et si le regard des autres devient insupportable, rappellez-vous que vous êtes fortes et que vous n'avez pas tort d'être comme vous êtes, qu'être poilue n'enlève rien au fait que vous puissiez être aussi une personne aimable, tolérante, ouverte et généreuse.
On doit mener cette lutte mais sans toujours avoir à y penser ---- si cette chose nous hante sans cesse et nous rend malheureuse, c'est qu'on a oublié ce que c'est de vivre en toute liberté. (Mélissa, 25 ans)
J’ai commencé à m’épiler à 13 ans, car une femme s’épile au même titre que les hommes se rasent la barbe, ma mère m'y a poussé aussi, hé oui une femme s'épile, c'est automatique! A 17 ans, j’ai constatée que le poil devenait une obsession chez moi, et j’en avais marre de m’épiler, de perdre du temps et d’avoir mal, alors par curiosité j’ai laissé pousser mes poils de jambes quelques mois, et par pression je me suis réépilée, j’ai vécu ça comme une mutilation, de même que pour mes aisselles, que j’ai laissé pousser à cause des coupures provoquées par le rasage. Aujourd’hui il m’est impensable d’enlever mes poils, je suis bien mieux avec. Dommage qu’une pression (tacite) ainsi que cette norme que la femme doit être épilée soit là…qui touche même maintenant une zone intime, le pubis! Quand j'ai commencé à arrêter, ma famille m'a fait des commentaires, une femme doit s'épiler! Les amis trouvaient pas cela joli. J'ai tenu bon car j'étais tellement mieux. Et puis j'ai pris conscience que l'épilation, si ce n'est pas un geste esthétique, est absurde, on a des poils, c'est naturel. Malheureusement l'absence quasi totale de pilosité féminine dans notre vie fait penser que c'est moche sur une femme, pas naturel, alors que c'est juste qu'on n'est pas habitué à en voir. (Alice, 21 ans)
Première épilation à l'adolescence, par conformisme. Je n'ai jamais été très régulière car je n'ai jamais été vraiment convaincue par la nécessité de la chose, mais j'y revenais quand même, surtout l'été, pendant toute la période où j'étais complexée et que je cherchais à ressembler aux autres (15-25 ans). Et puis l'hiver revenait, et je laissait tomber à nouveau, sauf de temps en temps pour un rendez-vous amoureux, mais c'était une corvée. Jusqu'à ce que je rencontre mon futur mari, qui trouve que les poils c'est joli, c'est sexy, et que l'épilation c'est complètement idiot. Il ne m'en fallait pas plus pour tout arrêter ! J'y gagne du temps libre bien sûr, et une confiance en moi puisque je sais que mon mari aime ces poils tout doux (alors que justement c'est cette confiance que je cherchais avec l'épilation, et que je ne trouvais jamais vraiment...)
On pourrait penser suite à ce témoignage que c'est par flemme que je ne m'épile pas, et que j'accorde peu d'importance à mon apparence ou à ma féminité. Je peux même en rajouter : je ne me maquille pas, je ne porte pas de talons hauts, je ne vais jamais chez une esthéticienne... Et pourtant, je me sens ultra sexy et désirable, principalement grâce à mes vêtements pour le monde extérieur, et grâce à mon corps pour mon mari. (Karine, 30 ans)
J'ai commencé à m'épiler quand mon corps a changé et à cause des canons standards de beauté auxquels il faut souscrire pour être socialement acceptable pour ne pas se faire charrier par les copines et tenter de plaire aux garçons. J'ai fait un gros complexe à l'adolescence et pendant plusieurs années ensuite sur la pilosité de mes jambes et du maillot.
J'ai arrêté de m'enlever certains poils par revanche sur un complexe stupide qui m'a pourrit la vie pendant plusieurs années, dans une démarche de lutte contre la dénaturation et la dévalorisation de ce que nous sommes, instinctivement et esthétiquement par la société de consommation. Je continue à m'épiler les jambes parce que je préfère ainsi mais je suis beaucoup moins obsédée qu'avant.
Pour le maillot et les aisselles, pas mal de mes partenaires m'ont décomplexé et donné beaucoup d'arguments pour m'aimer comme je suis. Le site du Miel a aidé aussi. Mais les efforts pour s'accepter comme ça sont variables et je me re-conforme à la tendance de manière régulière. Je ne peux pas dire que je sois totalement libérée de cela.
Pour les aisselles, je ne les épile plus depuis deux ans. Pour faire de l'imprégnation visuelle. Peut-être que les gens ne trouvent pas ça beau, mais ils voient que ça existe et c'est un début d'habituation, un encouragement pour les autres femmes qui voudraient mais qui n'osent pas. Récemment une amie m'a dit trouver ça sexy chez moi, ça m'a fait énormément plaisir et du coup c'est décidé je les garde, même avec des bustiers ou débardeurs.
L'argumentaire du Miel sur le rôle des poils est bien fait, je le ressers régulièrement. M'étant déjà rasée intégralement, j'ai pu constater le rôle d'absorption des chocs de la touffe et le fait que la peau soit plus sensible avec conduction des mouvements légers par les poils. Et toc, les poils c'est plus sensuel !
Je suis encore sensible aux normes sociales, notamment lorsque je vais à des soirées de danses de société et que je ne connais personne. Mais pour le reste, je fréquente principalement un entourage qui partage mes valeurs et me conforte dans mes choix. (Gaby, 29 ans)
Je n'avais jamais pensé à m'épiler avant que ma mère ne me fasse remarquer vers 14 ans que mon poil sous mes aisselles (la) dérangeait. Elle a voulu me raser/m'épiler, je n'ai pas voulu. Elle a dit qu'elle devait au moins me couper le poil par hygiène, je ne voulais pas mais je me suis soumise à sa coupe (elle ne voulait pas que l'on sorte ensemble de la maison sinon). Après ça me piquait, je me sentais mal dans ma peau et je voyais ma mère comme un bourreau. Pendant l'adolescence j'ai épilé mes aisselles pendant deux ans et j'ai rasé mon pubis et mes jambes deux fois lorsque j'avais 17 ans et une autre fois j'ai décoloré les poils de mes jambes en espérant qu'ils passeraient ainsi un peu plus inaperçus. Si je me suis rasée ou épilée, c'était uniquement pour faire cesser ce regard dégoûté de la part des autres sur moi. A 17 ans j'ai rencontré un garçon qui n'avait aucun problème avec ma pilosité, je n'ai donc pas senti de pression au sein de mon couple pour me raser. Pour le reste, je montrais mes poils le moins possible dans mes lieux d'étude et l'été, je subissais les commentaires et les regards en me sentant bien seule... A 19 ans j'ai rencontré un autre homme, plus âgé, qui lui non plus n'avait aucun problème avec ma pilosité car il n'avait connu pratiquement que des femmes naturelles. J'étais dans un milieu marginal où on ne me jugeait pas sur ma pilosité, ça me permettait de souffler un peu. A 22 ans, j'ai rencontré un autre homme qui vivait bien ma pilosité en privé mais ne l'assumait pas du tout en public. Ça a été un réel problème pour la suite de notre relation. Puis à 24 ans, j'ai rencontré l'homme qui allait devenir mon mari et bien qu'au début, il ait été surpris de ma pilosité même s'il était au courant que j'étais une femme naturelle, il l'apprécie aujourd'hui et ne voudrait pas me voir m'épiler simplement pour paraître "normale" aux yeux des autres. Pour être honnête, ne pas me conformer a la norme de l'épilation a été pour moi un parcours du combattant mais si j'avais définitivement cédé, je me serais sentie une autre femme et non pas celle que je suis réellement. Pour moi l'épilation, le maquillage, la mode, la norme en général ça ne m'a jamais évoqué autre chose qu'une perte d'authenticité et je n'ai eu qu'à penser ainsi pour déranger, pour être jugée agressante alors que la réalité sur moi est toute autre. Aujourd'hui je me vois comme une idéaliste qui voudrais que les apparences ne triomphent pas et que l'homme voie les différentes de chacun comme la richesse de ce monde. (Catherine, 28 ans)
Ma première épilation remonte à mes 15 ans. Avec le recul, je trouve ça beaucoup trop tôt pour cultiver son apparence ! Et dire qu'aujourd'hui, les filles commence encore plus tôt ! Ceci à cause d'une forte pression sociale (je ne vois d'ailleurs pas d'autre raison pour commencer à s'épiler, je mets au défi toutes les filles de ce monde de me dire qu'il y a grand plaisir à le faire !) Pour ma part, je faisais ça uniquement par contrainte et par souci de plaire aux autres. Je ne me posais pas cette question jusqu'au moment où j'ai reçu une remarque humiliante de la part d'une camarade de classe (ah, là là ! Les filles entre elles, c'est juste une joie !). Depuis, mon corps m'est devenu laid et décidée à ne plus jamais revivre ça, je plongeais dans la spirale infernale de cette mutilation quotidienne.
Et puis voilà presque trois ans que je ne m'épile plus. Mon partenaire qui ne supporte pas le masochisme m'a vivement encouragé d'arrêter. Alors pourquoi continuer cette corvée si mes poils conviennent à mon homme ?
Je me suis en partie libérée de ces soucis d'épilation. C'est un gagne temps et un poids en moins au coin de la tête. Quel agréable retour à la simplicité ! Je dirais même que le processus d'acceptation de mon corps se met doucement en route, et ça c'est long et vraiment pas facile. C'est difficile parce que les pressions extérieures sont toujours là. Finalement, je ne suis pas plus à l'aise et en confiance vis-à-vis des autres. Pour l'instant je n'accepte ma pilosité qu'en milieu naturiste, où je trouve que le regard est plus tolérant à ce niveau-là, même si une grande majorité de naturistes ne partage pas mon choix ! Etrange... (Jenny, 23 ans).
Je garde mes poils depuis trois ans. Avec quelques épilations pour réduire la masse parce que tant d'années de rasage et d'épilation ont rendu un truc qui serait sûrement pas ça si j'avais laissé faire. J'essaie ce que j'appelle un "retour au sources" pour en venir à une pilosité qui me plaise et que je garde.
J'ai commencé à me raser quand javais 13-14 ans, peut-être même avant. Je faisais de la natation et c'était inconcevable pour le milieu dans lequel je vivais de garder ses poils. Personne autour de moi n'aurait eu l'idée de la faire et donc, pas moi, petit bout de femme qui cherchait de la reconnaissance dans les yeux des autres.
L'arrêt de l'épilation (puisque j'étais passée du rasoir à l'épilateur même pour les aisselles et le maillot) s'est fait progressivement entre le moment où la peau de mes aisselles est passée dans la machine et puis après parce que je n'avais pas le regard des même personnes, que je ne fréquentais plus la piscine, etc.
Aujourd'hui, je trouve joli et esthétique une aisselle naturellement poilue mais je n'assumerais pas mes poils devant tout le monde. Il y a des milieux où c'est plus facile que d'autres. Je trouve le corps beau et intime et je ne crois pas que ce soit une bonne idée de le divulguer à des personnes qui n'en auront aucun respect.
Ce qui a changé, c'est toute me personne. Pour moi ce n'est pas le fait d'assumer mes poils qui m'aide à être moi c'est d'être plus moi qui m'a aidé à garder mes poils.
M'accepter comme je suis profondément. Féminine et plus proche de sa nature et de la nature et je me sens plus sensuelle, plus en accord avec mon corps. Je n'en suis plus spectatrice tentant d'être spectaculaire. Je fais ce que je veux, ce que je sens.
Et puis j'ai une relation plus douce et sympa avec mon corps qu'avant je détestais, méprisais et connaissais très peu. J'accepte d'être une femme et je trouve même ça vraiment cool!
PS : il est important de dire que ce retour aux sources fait chez moi partie d'une révolution interieure globale et que sans ça, je n'aurais pas fait ce que je veux faire de ma vie et j'aurais continué plus ou moins de me laisser déterminer par l'extérieur. (Anna, 25 ans)
Je ne me souviens pas avoir eu honte de mes poils. A peine m'ont-ils étonnée lorsqu'ils ont commencé à poindre vers l'âge de neuf ans. Un peu plus tard au collège, mes jambes et mes bras se sont recouverts d'un duvet un peu plus conséquent. Les bras et le pubis quant à eux s'ornaient d'une fourrure noirâtre que je considérais alors juste comme "quelque chose de nouveau, de différent".
Un jour, lors des vacances d'été, mon père s'est mis en tête (après délibération avec ma mère, sans doute) de me raser les aisselles dans la salle de bains. Les coups de rasoir me faisaient mal et je saignais. Je me suis alors sentie comme honteuse, humiliée.
Un peu plus tard, ma mère doubla de tissu en coton épais le bas d'un maillot de bain un peu trop transparent et qui laissait donc voir que je possédais des poils pubiens. Le tout sans explication aucune, comme d'habitude. Néanmoins, tout était là conçu pour que je considère mes poils comme des intrus.
Alors je pris l'habitude d'exécuter moi-même (forme de libération que de ne plus subir ça des autres !) ce rituel. Vite fait, au rasoir, un bref coup sur les jambes avec un peu de savon sous la douche. Pour les bras, c'était plus difficile car ces derniers étaient très creux et je me ratais souvent. Il m'est même arrivée de me couvrir de pansements (imaginez l'aise, de se coltiner pareille chose sous les aisselles) tant je saignais, et ceci des années durant !
Mais tout cela n'était pas encore suffisant pour mes premiers "petits copains". "Ah, ah... Tu as un peu de moustache quand même". Tu devrais t'épiler davantage", qu'ils me disaient, un peu dégoûtés. A croire que seuls les "poils de tête" étaient tolérés !
Période de sociabilisation oblige, je prenais note et m'exécutais mollement pour avoir la paix : après tout, qu'étaient ces quelques minutes de plus à prendre pour "se soigner" sous la douche ?
(Bien sûr avec le recul je me dis que j'aurais dû leur tenir tête, leur dire "Et toi, tu penses faire quoi de tes poils ? Tu les trouves mieux que les miens peut-être ?" mais à vrai dire je n'avais guère conscience de tout ce qui se tramait derrière cette injonction et de plus, les poils des autres ne me dérangeaient en rien, surtout lorsqu'ils étaient masculins...).
Puis je suis devenue féministe, ce qui m'a amenée entre autres à discuter avec d'autres personnes de cette question, ainsi j'ai décidé d'arrêter de me raser. Comme ça, juste pour voir.
Alors j'ai pris plaisir à faire la connaissance de mes poils, que je pensais d'une autre texture, d'une autre couleur. Poils de jambe, poils de ventre, poils de bras et du dessous... A l'extérieur c'était une autre histoire, je n'assume toujours pas vraiment tant certaines personnes se montrent parfois bornées et cruelles en dépit de la tolérance tant vantée ça et là ! J'ai d'ailleurs fait fuir bien des hommes à cause de mes poils aux aisselles (les plus voyants, et de loin) que je me contente aujourd'hui d'"épointer" pour éviter l'effet "pattes d'araignée".
Parfois j'ai l'impression qu'on me regarde comme une personne sale, négligée, ou plutôt étourdie ou un peu folle (puisque finalement rien de mon aspect ne peut laisser penser que je ne me lave pas ou que je ne prends pas soin de mon apparence). Parfois aussi, j'ai peur d'attirer les fétichistes de poils, ils doivent bien exister au même titre que ceux qui fantasment sur les femmes obèses et je trouve cela assez malsain. Je ne veux pas attirer ou repousser, je ne veux pas qu'on me dise que mes poils sont "jolis" ou pas. Je veux qu'on les laisse être là, c'est tout.
Aujourd'hui c'est quand je me retrouve toute seule face à une foule donnée que je n'assume pas, ou alors vis-à-vis de ma famille, tant j'ai peur que cette vision ne soit un motif de crise ou je ne sais quoi. Je me sens encore trop faible pour supporter tout ça, et pourtant, je sais bien qu'au fond de moi, je n'ai pas tort. Il y a actuellement un véritable problème de pilophobie, les poils sont de moins en moins tolérés, même chez les hommes, on dirait. Je suis triste d'apprendre que la génération qui suivit la mienne est encore bien plus emmerdée que moi avec les histoires de traque aux aisselles ou au pubis velu. Que dis-je, il n'en faut plus un seul au risque d'être mise au ban alors que "de mon temps" si j'ose dire, quelques poils apparents n'auraient je pense pas tant choqué que ça non plus". (Charlotte / Jambe de Chien, 31 ans).
Je ne me suis jamais épilée, mais de temps à autre je me rasais, à vrai dire je ne savais pas trop pourquoi, c'est vrai, mes poils ne m'ont jamais dérangée. Je suis plutôt à l'abri des pressions étant donné qu'en général, je me moque pas mal de l'opinion bien-pensante et moralisatrice, mais bon, je le faisais quand même au moins pour savoir. Il y a deux ans déjà que j'ai arrêté, et mon Dieu, je ne me suis jamais sentie aussi bien dans ma peau. J'ai un fort sentiment de dignité et de fierté, depuis, je ne me prends plus la tête avec ces futilités qui gaspillent du temps et de l'argent, sans compter la repousse qui est très très désagréable (points rouges, irritations, et aspect esthétique affreux). Maintenant ma peau est en très bonne santé, elle s'hydrate de façon naturelle, grâce au système pileux justement, et pour l'avoir testé concrètement, des aisselles naturelles transpirent beaucoup moins, voire pratiquement pas, que des aisselles glabres. J'ai même arrêté le déodorant et la peau respire tellement mieux ! Et je ne sens pas mauvais pour autant (eh oui, la magie de l'eau et du savon). Et c'est aussi vrai qu'on est moins obsédée par les apparences quand on abandonne cet état d'esprit, on se sent tellement mieux, et libre surtout, du moins intérieurement. De toute façon, si ça peut rassurer celles qui ont peur de "ressembler à un homme", la pilosité féminine est très distincte de la pilosité masculine: les zones denses sont moins nombreuses (maximum les avant-bras, entre le genou et les chevilles, et bien sûr aisselles et pubis) et mêmes sur ces zones, les poils sont beaucoup moins longs et plus fins. Bref, soyons des femmes, des vraies, et non des créatures open-source qu'on modifie et modèle à volonté. (Leyla, 23 ans, de confession musulmane)
J'ai commencé a me raser les aisselles vers 11 ans (dès que les poils sont apparus, en fait et j'ai eu des problèmes de transpiration qui s'aggravaient) car j'ai toujours trouvé ça sale, même si je savais que des hommes (surtout) et des femmes ne se les rasent pas. Quand j'étais en 6ème, je vivais mal mon passage de l'enfance à l'adolescence, je ne voulais pas grandir. J'ai commencé à me raser le sexe de temps en temps sans pouvoir tout enlever : seulement devant. Quand j'avais 12 ans et demie, j'ai remarqué de + en + souvent des poils sur les jambes (en particulier à cause de la pression sociale) et j'ai demandé a ma mère si elle pouvait me les enlever, elle était d'accord et elle m'a mis du produit dépilatoire, je ne m'épilais pas tous les mois car on n'avait pas le temps d'y penser. Durant les vacances d'été 2008, j'étais triste de ne pas avoir les jambes épilées et j'avais peur du regard des autres. J'ai invité une copine à venir dormir chez moi et mes poils aux jambes ne la dérangeait pas apparemment (récemment, elle a vu des photos de moi sur Facebook où on voyait mes poils aux aisselles et elle n'a pas eu l'air d'y faire attention, elle m'a dit que je suis belle sur toutes les photos) mais j'ai quand même voulu m'épiler. Quelque temps + tard, après avoir parlé de mes jambes à ma grand-mère, elle m'a proposé d'aller chez l'esthéticienne et j'étais d'accord, après avoir pris un rdv là-bas, je me suis sentie sale pendant la route car j'étais pas encore épilée, je voulais qu'elle m'épile les jambes et les cuisses et je lui ai demandé de me faire un maillot classique (on m'a déjà fait la remarque à la piscine en 6ème, même si ça n'avait rien de méchant), j'avais mal pendant l'épilation et je résistais a la douleur, j'étais contente du résultat. Je suis aller 2-3 fois chez cette esthéticienne. Je me suis épilée pendant 2 ans, ça m'arrivait aussi de faire les sourcils, surtout au milieu mais ça me dérangeait beaucoup moins que le reste.
Un jour sur le site ados.fr, je suis tombée sur un topic parlant de l'épilation, j'ai tout lu (les liens également, en particulier celui du site M.I.E.L.) j'étais une des seules à avoir été tolérante envers le choix de l'auteure du topic, tandis que les autres avaient l'air de s'en foutre, voire pour certains lui manquer du respect. Après avoir lu quelques textes de M.I.E.L., j'ai décidé d'arrêter de m'épiler les jambes et le maillot classique.
Depuis que j'ai arrêté de m'épiler, j'ai l'impression de reprendre le contrôle de moi-même, d'avoir fait un grand pas dans la confiance en soi (me foutre du regard des autres) et même, de me sentir propre ou d'avoir le sentiment de m'être bien lavée. J'ai toujours trouvé le sexe féminin poilu + beau que quand il est glabre. Pour les jambes, je n'aimais pas l'effet trop lisse quand je les touchais car ça me rappelait des jambes de petite fille en CE1 (impression que j'ai eu à ma 1ere épilation) et les aisselles, je les trouve + douces au naturel parce que quand je les rasais, j'avais des irritations et quand je devais porter un corset pour mon dos, j'avais très mal, même a travers un t-shirt et je transpirais +.
Je n'ai jamais eu de copain et beaucoup de gens intolérants pensent que j'aggrave mon cas alors que c'est faux. Depuis 2009, j'ai commencé à me faire draguer sur le Net, j'ai beaucoup parlé de sexe avec des mecs et parmi eux, il y a des intolérants, d'autres qui s'en foutent et d'autres qui aiment ça. Quand je dis que j'ai des poils sur le sexe, il disent que c'est gênant pour le cunni alors qu'il n'en ont jamais fait pour la plupart, que leur poils pubiens ne m'auraient pas poser de problème et qu'ils devraient plutôt me demander comment s'y prendre pour faire un cunni, poils pubiens ou non.
Pour ma famille, mon père qui est très poilu a accepté facilement mon choix, mon frère de 11 ans trouve que mes poils aux aisselles sont sales et rigole chaque fois qu'il voit mes jambes ou que je lève les bras, ma mère et ma grand-mère paternelle voulaient que je continue de me raser les aisselles à cause de l'hygiène et l'esthétique mais elles ont fini par accepter mon choix.
Au collège, on m'a déjà dit que j'ai des poils aux bras alors que ce n'est qu'un duvet et une autre fois, quand j'ai levé la main, on voyait un tout petit peu de poils dépasser de mon t-shirt et le mec qui était assis à côté de moi était dégoûté et l'a fait savoir à toute la classe. Au bout d'un moment, j'ai la flemme de me justifier en particulier devant des cons.
Lors d'un pique-nique à Paris, on ne me disait rien sur mes poils aux aisselles, à part une fille disant qu'une cousine à elle n'avait pas le droit de s'épiler et elle voulait comprendre mon choix. Quand j'étais dans un centre de loisirs pour ados de 13 à 17 ans, il n'y avait que 2 mecs tolérants, quelques jeunes indifférents et le reste intolérant, les animateurs étaient indifférents aussi. Mes aisselles étaient le + critiquées, en particulier avec l'argument sur l'hygiène. On me disait d'acheter une tondeuse, que les hommes aussi le font (on me prenait pour une conne car il y avait quand même des mecs avec des poils et on ne les critiquait pas alors que moi si, parce que je suis une fille), que je trouverai jamais de copain, etc. et quand je me justifie et que je parlais du site M.I.E.L., on me balançait le même argument à la con auquel j'ai déjà répondu (l'eau et le savon ça existe encore). Les enfants de moins de 10 ans s'en foutent, les ados sont les + intolérants (à part quelques exceptions) et les adultes acceptent mon choix, que ça leur plaise ou non. Quand on critique ma pilosité, on dirait que je suis la moche qui a des poils alors que quand je me regarde dans la glace, je me trouve belle, désirable etc. Mon acte de résistance, je le vis ± bien selon les situations et je jure de ne plus jamais me raser et m'épiler, et si jamais je le fais, je préférerais me cacher pour pas qu'on pense que je me préoccupe de l'avis des autres. Au fond quelque part, je ne me voyais pas m'épiler et raser toute ma vie. (Rebecca, 15 ans)
Je me rase les aisselles depuis que des poils y poussent et les jambes depuis que j'ai 13-14 ans. Ça m'a toujours gonflé de "devoir" enlever mes poils, mais bien évidemment je le faisais quand même, pour ne pas avoir les remarques. Par contre, j'ai toujours fait ça au rasoir, je ne me suis jamais épilée : je refusais de devoir me faire mal pour "ça". Le rasoir avait l'avantage d'être rapide et indolore.
Au bout d'un moment, j'ai commencé à prendre conscience que je devais me battre pour mon "droit à ne pas vouloir m'épiler" (à 18 ans).
Alors que j'étais assez déterminée et que j'avais laissé les poils de mes jambes repousser (pas ceux des aisselles), j'ai vu une émission avec des cousines où une femme qui ne s'était pas rasé les jambes provoquait le dégoût chez un prétendant et mes cousines trouvaient que le gars avait raison.
Là, ma détermination vacille... Comment se battre contre ça ? Quelles seraient leurs réactions en voyant mes jambes ?
Et comme le lendemain on allait à la piscine, forcément... j'ai repris mon rasoir. Je me sentais vraiment mal (et désespérée face à ce conditionnement incroyable).
Quelques semaines plus tard, je rejoins ma petite soeur de 13 ans, qui n'a jamais touché à ses poils et qui ne s'est jamais posé de questions sur son apparence physique, devant la télé. Sur M6, commence une émission sur l'épilation : et voilà que défilent des dizaines de filles qui expliquent qu'elles le font toutes, qu'elles en ont marre de leurs poils, que c'est moche, que les garçons préfèrent quand c'est lisse, qui expliquent les différentes techniques pour les enlever... Comme d'habitude, ça me déprime. Et puis, à la fin de l'émission, je vois ma soeur se lever, le visage sans expression, et se diriger vers la salle de bain sans rien dire. Et là, je sais ce qu'elle va faire. Parce que c'est exactement dans ces conditions là que j'ai utilisé un rasoir moi aussi la première fois. Sans savoir pourquoi vraiment, mais il faut le faire, parce que tout le monde le fait. Et effectivement, j'ai pu vérifier plus tard qu'elle avait commencé à se raser les jambes.
Et là je me dis, c'est pas possible. Je peux pas laisser faire ça, je peux pas laisser ma soeur, du haut de son innocence, se laisser enfermer là-dedans sans comprendre pourquoi, parce que la télé l'a dit, parce qu'elle a peur du regard des autres.
Alors j'ai laissé mes poils repousser, et surtout, l'air de rien, je les ai exhibés devant elle, y compris pendant les vacances d'été, à la plage. Comme je suis blonde, ils ne sautent pas aux yeux (et je n'ai pas eu de remarques), mais je voulais qu'elle voie que moi je résistais à la pression des autres, que je ne m'épilais pas, et qu'elle n'était pas obligée de le faire non plus. Et j'ai vu qu'au bout d'un moment, elle avait arrêté de raser ses poils dès qu'ils repoussaient. Une fois la fin de l'été arrivée, ils étaient de nouveau longs. J'étais vraiment contente et j'espère que j'ai pu lui enlever, au moins partiellement, ce poids-là, qui est lourd à porter alors qu'il ne sert à rien.
Après, rien ne me dit qu'elle ne va pas tout enlever à nouveau quand elle devra aller à la piscine avec ses amis, mais bon, je voulais surtout qu'elle sache que ce n'était pas obligé, et que j'étais là avec elle...
Pour moi, c'est important de se donner le courage de faire ce genre de choses pour le transmettre à ceux pour qui c'est plus difficile, et notamment les plus jeunes à qui on empêche de se poser des questions, les timides, les hésitants... et ceux pour qui on est un modèle.
Depuis la rentrée scolaire, j'ai cessé de me raser les aisselles également... Quel étonnement de me voir avec des poils sous les bras pour la première fois de ma vie ! Je les trouve marrants, j'aime bien. Mais je n'ai pas encore osé les montrer, je les cache (c'est pas trop dur pour l'instant, c'est l'hiver). Je veux absolument avoir le courage de rester ainsi, mais je dois avouer que la réaction des autres me fait vraiment flipper, et je crois que je ne suis pas du tout prête à les montrer encore... Et ça me ferait beaucoup de bien, et ça me donnerait beaucoup de courage, si je n'étais pas seule, si quelqu'un de mon entourage était comme moi. Mais j'espère que d'ici à ce que je "doive" vraiment les montrer (robes, retour du printemps...), j'aurai gagné en détermination. (Marie, 19 ans)
A 12 ans, pour les cours de piscine du collège, j'ai commencé à m'épiler les jambes avec l'aide de ma mère, et les aisselles sans son accord. Ça a tout de suite été très compliqué, car je suis très poilue. Quelle que soit la méthode (crème, rasoir, cire) et le temps passé, je n'ai jamais réussi à avoir les jambes lisses, c'était un vrai casse-tête. Dépitée, j'ai jeté mon maillot de bain à la poubelle quand j'avais 14 ans, et j'ai abandonné l'idée de porter des jupes ou des shorts. Puis, à 16 ans, j'ai commencé à avoir des poils sur le menton (cela relève de l'hirsutisme). Je les ai épilés à la pince pendant des années, jusqu'à y passer 45 min par jour, ce qui a fini par m'attaquer sérieusement le moral et l'estime de moi, en plus de m'abîmer la peau et de me donner des torticolis. Heureusement j'ai eu plusieurs amants, et presque aucun n'a été dérangé par mes poils, ni par mes jambes toujours mal épilées, ni par mes poils de ventre ou de dos, ni par ma petite moustache, et cela m'a bien aidée à garder confiance en moi.
A 28 ans j'ai finalement réalisé à quel point la nécessité de m'épiler me pourrissait l'existence, j'ai compris que ce ne sont pas mes poils qui sont un problème, mais l'interdiction absolue de les laisser paraître. J'ai eu recours au laser pour les poils de mon menton, et j'ai arrêté d'essayer d'enlever les autres poils. Je ne me mets toujours pas jambes nues, mais je me sens forte et fière de m'être libérée de cette contrainte absurde qui ne m'a causé que des ennuis. Du coup, j'ose montrer mes poils d'aisselles dans presque toutes les circonstances, et je remonte mes pantalons ou mes collants jusqu'aux cuisses quand je fais du vélo. Mais l'interdit est tellement ancré que depuis que je les ai laissé pousser, je rêve souvent de mes poils de jambes et des réactions violentes des gens. Le tabou est si énorme que j'ai dû insister pour que la dermato me dise du bout des lèvres que seuls les poils du menton sont "anormaux" et que les poils épais des cuisses, du ventre et de la poitrine ne relèvent pas de l'hirsutisme, mais d'une pilosité abondante.
Je regrette de m'être empoisonné la vie pendant toutes ces années. Je ne veux plus contribuer à perpétuer cette obligation imbécile. A force de nous épiler gentiment sans réagir, la norme est maintenant, paraît-il, aux pubis glabres et à l'épilation masculine. Comment aurais-je fait si c'était la norme quand j'avais 12 ans? Je ne me trouve pas bien jolie, pourtant rien ne m'a complexée comme mes poils. Rien d'autre dans mon physique n'a été une préoccupation permanente, rien d'autre ne m'a empêchée de faire des choses que je voulais faire, rien ne m'a fait détester mon corps ni ne m'a fait pleurer de rage et de honte. Aujourd'hui je suis en colère et j'ai honte non pas d'être poilue, mais de m'être imposé ces tortures morales et physiques. (Claire, 29 ans)
J'ai dû commencer à m'épiler vers 14-15 ans. Avant ça, je faisais quand même attention à ne pas mettre des vêtements montrant mes poils. Malgré l'avis de ma mère sur la question, je n'aurais pas pu supporter de ne pas m'épiler durant l'adolescence. Je me souviens que ce qui me dérangeait le plus, c'était mes poils des aisselles et ceux qui dépassaient un peu du maillot. Donc, un jour j'ai décidé de les enlever par la pire méthode possible : la crème dépilatoire. Tous les inconvénients du rasage sans les avantages. En gros, ça fait super mal (et pendant longtemps, contrairement à la cire) et les poils ne sont détruits qu'en surface, donc c'est comme s'ils avaient été coupés.
À l'époque, je me suis demandé si ça valait le coup de faire les mollets et la ligne entre le pubis et le nombril (happy trail). Mes mollets ne me paraissaient pas forcement poilus au point où une épilation serait indispensable mais j'ai dû me dire que ça serait mieux sans poils. Je me suis joyeusement brûlé la peau sur les zones suivantes : aisselles, mollets, haut des cuisses à l'extérieur du maillot et happy trail. La sensation de ne plus avoir de poils sur les mollets est assez étrange et pas forcement désagréable. Par contre, quand ça repousse, c'est l'horreur. Surtout, si pour une raison ou pour une autre, on a le malheur d'avoir la chair de poule : ça piiiique, ça graaaatte... De plus, récemment, j'ai découvert que ça n'était pas désagréable non plus de sentir le vent souffler dans ses poils.
Par la suite, j'ai utilisé diverses méthodes dépilatoires ou de camouflage au fil des ans : cire chaude, cire froide, cire au sucre, épilateur, rasoir, crème décolorante...
J'avais l'impression que les poils des jambes étaient très visibles et donc, je continuais à les épiler. Les poils du happy trail sont devenus beaucoup plus longs et épais et ceux du haut des cuisses descendent maintenant beaucoup plus bas, a peu près 5 cm. J'ai également épilé divers poils du visage : menton, lèvre supérieure, sourcils. Pour le menton et la lèvre supérieure, j'ai d'abord utilisé la pince, puis je les ai décolorés, puis carrément rasés en prévision d'une épilation laser. J'ai fait deux séances d'épilation laser il y a un an, ce qui n'est pas suffisant pour tout faire partir mais ça, je le savais. J'espérais que cela suffirait pour enlever les poils qui me dérangeaient le plus. En ce moment, je me tâte pour le faire une troisième fois. J'ai à nouveau des poils assez visibles et assez longs. Au moins pour le menton, la moustache me dérange moins. Je coupe juste les poils du bord trop longs qui peuvent me rentrer dans la bouche.
Ça fait plusieurs mois que je ne m'épile plus. Au niveau des mollets, je me trouve soit très poilue, soit pas trop en fonction de la lumière. Au niveau des aisselles visuellement, ça ne me déplaît pas forcément mais ce qui me dérange, c'est que ma peau est plus brune qu'ailleurs. J'ai peur que les gens s'imaginent que mes aisselles sont sales, dans la mesure où ils associent déjà les poils avec la saleté. Ceux du haut des cuisses et le happy trail sont ceux auxquels j'ai le plus de mal à m'habituer mais c'est aussi ceux avec lesquels j'avais le plus de problèmes : poils incarnés (même en rasant, c'est dire), boutons, bleus (à cause de la cire, la peau est trop souple à cet endroit-là). J'essaye de m'habituer à mon corps avec des poils mais c'est pas vraiment évident.
La raison principale pour laquelle je remets en question la pratique de l'épilation, c'est que c'est insoluble. Ce n'est jamais parfait. En témoigne d'ailleurs la diversité des méthodes proposées. Aucune n'est totalement satisfaisante. Évidement, ça fait mal et ça prend du temps et de l'argent et tout et tout... mais à la limite, s'il suffisait d'avoir mal de temps en temps pour avoir une peau supposée "parfaite" en permanence, je ne sais pas si j'aurais cherché plus loin. Mais dans le combat contre la nature qui veut qu'on soit poilues, force est de reconnaître que la nature sait se défendre. On est censé ne présenter qu'une peau toute lisse, à la limite les petits points rouges dus à l'épilation sont acceptables en public (même si on ne les voit jamais dans les magazines) mais dès qu'il s'agit de poils incarnés, de pores infectés, de poils déjà visibles mais trop petits pour être épilés, je me sentais mal dans ma peau et je cachais. C'était particulièrement autour du pubis que ça me dérangeait. J'ai toujours porté des maillots de bain une pièce, donc le happy trail n'était pas un problème mais tout ce qui dépasse sur les cuisses me donnait l'impression d'être particulièrement poilue. J'étais consciente que toutes les femmes avaient des poils aux aisselles, au pubis et aux jambes, donc j'épilais (sauf le pubis) mais les petites repousses visibles me dérangeaient moins, c'était "normal".
J'ai l'impression que les femmes passent leur temps à combattre une monstruosité intérieure qui ressurgit inlassablement : le fameux "yeti" mentionné régulièrement sur les forums concernant l'épilation. C'est comme si nos poils étaient des pattes d'araignée qui nous sortent du corps. Quand une femme dit qu'elle s'épile parce que ça la fait se sentir "plus jolie", moi je comprends "moins monstrueuse".On ne devrait pas avoir besoin de s'épiler pour avoir confiance en soi. Dans cette situation, si on veut arrêter de jouer au yoyo entre les moments où l'on apprécie son corps parce qu'il est glabre et les moments où on l'a en horreur parce que des poils commencent à réapparaître, on a deux solutions : soit on passe par la très longue et coûteuse épilation laser, encore faut-il avoir la bonne couleur de poils avec la bonne carnation, soit on apprend à aimer son corps tel qu'il est, même si c'est plus long et plus difficile. C'est ce à quoi j'aimerais arriver, mais je n'en suis pas encore là. (Hélène, 25 ans).
J'ai commencé à m'épiler vers 13-14 ans les jambes, le pubis, les aisselles, les sourcils, j'ai même rasé une ou deux fois les poils qui relient le pubis au nombril, évidemment il y en a quelques-uns qui désormais repoussent bien bruns, longs et durs comme des poils de pubis... Quand il y en a de trop voyant je le retire à la pince à épiler.
Je ne sais plus trop pourquoi j'ai fait ça, probablement parce qu'il n'y avait pas de raison particulière : je ne me souviens plus de ma pilosité d'alors, d'avant que je passe le premier coup de rasoir mais elle ne devait pas être bien fournie, d'autant plus que j'ai les cheveux plutôt clairs, alors ça devait être pareil pour mes poils. J'ai fait ça en pensant que s'épiler ça voulait dire "prendre soin de soi", et que moins on en laissait, plus c'était beau et féminin.
Le hic, c'est que ça n'a jamais été beau, à commencer par le fait que ma peau n'a pas trop apprécié. Mes jambes ça va, elles sont un peu sèches probablement à cause du rasoir mais sans plus ; j'ai eu deux espèces de boules dues à des poils incarnés, une sous chaque aisselle qui sont restées très longtemps mais qui n'étaient ni voyantes ni douloureuses et ont fini par partir ; c'est la peau du pubis et autour qui a souffert. J'ai eu pas mal de poils incarnés, souvent des pas bien dramatiques, mais toujours des trucs qui enlaidissaient cette partie de mon corps. J'ai eu le bonheur aussi de me faire opérer à l'aine d'un kyste sébacé, toujours pour cause de poil incarné que j'ai laissé macérer pendant quelques mois par gêne de parler de cette partie de mon corps et par hantise à l'idée de le montrer.
Pendant cette période, je m'épilais très souvent (au rasoir ou à la crème dépilatoire, j'ai essayé l'épilateur pendant quelque temps mais je n'ai pas été assez masochiste pour tenir le coup), même en hiver quand personne ne voyait mes jambes ou mon sexe. Mais je le faisais car qu'aurait pensé un garçon s'il m'avait vue poilue ? Je rêvais toujours d'avoir un petit copain, alors je me préparais continuellement pour celui qui viendrait me déshabiller, en ayant fermement intégré l'idée que les poils, ça allait repousser les mecs.
Puis à force, je me suis calmée. Je ne sais plus quand exactement, c'est venu progressivement de toute façon, mais on va dire que vers 18 ans je ne me prenais plus trop la tête. Quoique, il pouvait m'arriver rarement de me raser les jambes en hiver pour moi, car je ne supportais pas de voir des jambes si moches avec tous ces poils, je ne m'épilais plus que quand on pouvait voir ces jambes, ou mes aisselles. Je crois que ça correspond à peu près à la période où j'ai réalisé que les poils, ça ne dégoûtait pas tous les mecs, donc, très bonne chose, j'ai laissé mon pubis tranquille pour de bon, en finissant par n'épiler que le maillot. D'autre part, avec le temps j'ai décidé que j'en avais marre de me prendre la tête avec l'épilation, de me soumettre à l'idée que pour être belle, faut se faire du mal et passer des heures dans sa salle de bain.
Aujourd'hui, j'en suis à un stade où je veux arrêter complètement, mais je ne m'en crois pas capable. Je n'arrive pas à trouver mes jambes poilues jolies. Le problème, c'est la tronche de ces poils : durs, hirsutes, on dirait parfois des poils de barbe, même s'ils sont quand-même clairs. Et j'aime attirer les regards d'hommes sur moi, j'aime plaire (en me relisant j'ai l'impression que toute ma vie ne tourne qu'autour de ça...) ; j'ai peur avec des poils sur les jambes de ne plus attirer de regards flatteurs. Mais l'avantage, c'est que ne m'épilant presque plus jamais, ils repoussent beaucoup moins vite.
J'ai tout de même arrêté complètement l'épilation de mes sourcils (que je faisais à la pince à épiler) au début 2010. J'ai vraiment fait une connerie en les épilant, d'autant plus que je me souviens que des camarades de classe m'avaient demandé si je me les épilais alors même que je n'avais pas encore commencé cette connerie, comme pour dire que j'avais de la chance de ne pas avoir besoin de les retirer... Evidemment, si je n'avais jamais commencé, mes sourcils auraient été bien moins fouillis que maintenant, mais ça va, là ils sont largement supportables.
Cet été correspond à la première période où j'ai décidé de faire ma "rebelle" en montrant quelques poils. La première fois, j'étais en maillot deux pièces au bord d'une rivière assez fréquentée, j'étais poilue sous les aisselles, des poils dépassaient de mon maillot, et j'avais pas mal de poils aux pattes. J'étais pas super à l'aise, mais j'étais avec mon copain à qui je plaisais. Aurais-je osé s'il n'avait pas été là ? Pas sûr. Ce qui est amusant, c'est que nous étions entre autres avec sa belle-soeur et la fille de celle-ci qui a 5 ans. La belle-soeur, qui avait dû être interrogée sur l'utilité de l'épilation par sa fille, lui répond, alors que moi et mes poils sommes juste à côté d'elle : "parce que les poils c'est pas beau sur les filles" ! Je crevais d'envie d'intervenir, de protester, mais bon ce n'est pas à moi de faire l'éducation de la petite.
Globalement, cet été je n'ai pas trop rechigné à laisser mes poils, étant dans un milieu où en général on s'en fout du physique. Je crois que je ne me suis rasée qu'une fois, pour faire plaisir à mon copain qui m'aimait avec des poils, mais pas trop quand-même.
Plus tard, j'ai fait les vendanges. Il a fait beau, donc il m'est arrivé de mettre des débardeurs ; il suffisait donc que je lève les bras pour qu'on voie mes poils aux aisselles. Je pense que beaucoup de gens l'ont vu, et même si je n'étais pas complètement à l'aise, j'étais fière de moi et je crois même que j'étais contente d'avoir à lever les bras pour montrer ma pilosité. Je suis quelqu'un de bien dans sa peau, donc là je le montrais et je me la pétais, et personne ne m'a fait de remarques désobligeantes. Il y a juste un garçon qui m'a demandé si je m'épilais, par curiosité, ou peut-être pour me montrer aussi qu'il trouvait ça étonnant, sinon je sais que ces poils sous mes bras ne m'ont pas porté préjudice par rapport aux regards des hommes car j'avais confiance en moi. (Marie 21 ans).
Témoignages transmis en 2011
Je ne sais plus de quand date ma première épilation mais elle a été provoquée par la pression que je ressentais autour de moi, le besoin de faire comme les autres pour ne pas me sentir rejetée. Je rasais de temps en temps mes aisselles par peur du regard des autres. Ces rasages étaient faits lorsque mes aisselles étaient visibles (plage, piscine, été).
Depuis 2 ans environ, j'ai décidé de laisser mes poils tranquilles, j'ai eu envie de suivre la logique de mon corps, de mes sentiments, de mes opinions et non de la norme imposée.
Le site et le forum de MIEL m'ont beaucoup aidée pour affirmer mon opinion et me rassurer dans ma décision (échanger avec des personnes dans la même situation). Je n'ai jamais été focalisée sur l'aspect superficiel du corps. Ce choix me fait gagner du temps et m'épargne des moments inconfortables, en résumé, j'ai un peu plus le temps pour profiter de la vie !
Je me sens bien dans mon corps et mes poils mais je n'assume toujours pas de les montrer en public, il y a encore un blocage concernant le jugement des autres. J'espère un jour dépasser ce stade. En attendant, je me sens libérée d'un poids. (Marie B., 22 ans).
J'ai commencé à m'épiler à 13 ans. Je viens d'en avoir 26, et ça fait bizarre de penser que j'aurais déjà pu passer la moitié de ma vie à m'épiler !
À l'époque c'était une histoire de pressions extérieures, quand on est encore dans le système scolaire, on court souvent certains risques à être "différent". Aussi une histoire de "passage à l'âge adulte". Avoir assez de poils pour devoir les épiler, pour moi, ça voulait dire être devenue une femme. Et puis ça allait de soi, pour moi, c'est ce qu'on faisait en grandissant, on s'épilait, parce que c'est comme ça. Je n'y avais jamais vraiment réfléchi.
Avec le temps, j'ai commencé à connaître ce que beaucoup d'autres femmes vivent : l'impression que je n'étais "pas sortable" si pas bien épilée, par exemple. En même temps, je ne m'épilais les jambes qu'en été, et je portais des pantalons le reste du temps. Pour mes aisselles, j'utilisais des crèmes dépilatoires, après avoir essayé diverses techniques. J'ai rasé mon pubis une ou deux fois par curiosité, et absolument détesté. Je suis vite passée à une méthode qui varie entre ne pas y toucher du tout ou raccourcir certains poils pour des raisons pratiques, sans jamais en raser complètement. J'ai cessé de toucher à ceux qui sont généralement les "premiers à partir" : ceux des cuisses, de l'aine, du bas-ventre.
Pour moi, le déclic a été un séjour en Amérique du Nord. Aussi bizarre que ça puisse paraître, là-bas le stéréotype est que les Françaises ne s'épilent pas. Après avoir discuté avec des hommes qui ne cachaient pas que pour eux, ça faisait partie de ce qui rend les Françaises sexy, et des femmes qui me disaient qu'elles m'enviaient, mais que chez elles, c'était une obligation, j'ai remis en question cette pratique qui me semblait absurde.
À mon retour en France j'ai cessé de me raser ou de m'épiler définitivement. J'avais 20 ans à l'époque.
Au départ, il m'arrivait de surprendre des regards curieux, réprobateurs ou dégoûtés, mais le temps passant, j'ai cessé d'y faire attention. Les seules remarques (du genre "c'est sale" ou "c'est moche" ) ont eu lieu sur Internet, jamais en personne.
Beaucoup de femmes me demandent comment les hommes réagissent. Les hommes posent moins de problèmes que les femmes, très sincèrement. Entre les amis avec qui j'ai discuté du sujet et les hommes avec qui j'ai eu une relation, les réactions ont été variées mais jamais négatives : il y en a qui s'en moquaient complètement, d'autres (surprenant par leur nombre) qui m'ont confié qu'ils préfèrent les femmes avec des poils.
Mon petit ami actuel n'avait jamais connu de femme qui ne s'épilait pas (et très peu qui ne s'épilaient pas intégralement) et a été surpris au départ, me disant qu'il aimait l'absence de poils mais qu'au final il s'en fichait un peu et que c'était mon choix. Une de ses ex l'avait confronté ("ça te paraît pas sale ? Ça doit te faire bizarre, non ?" ) et il lui a répondu (je l'ai appris par la suite) qu'en fait il aimait mieux avec des poils, maintenant (nous étions ensemble depuis quelques mois).
Tous les hommes que j'ai connus m'ont toujours encouragée à poursuivre mes convictions, et semblant toujours ravis de voir que j'avais pris cette décision moi-même au lieu de suivre le troupeau.
Beaucoup de femmes réagissent négativement pour, à mon avis, deux raisons. L'une d'entre elles est les femmes qui détestent s'épiler mais se pensent obligées. Il me semble que ça les dérange de voir qu'on peut très bien refuser de le faire. Qu'elles se disent "si je dois subir ça, tout le monde devrait avoir à le faire !"
L'autre est le contraire, certaines femmes qui préfèrent s'épiler pour diverses raisons et pensent que je leur impose un jugement moral, comme si le fait de ne pas m'épiler insultait toutes les femmes qui le font.
Personnellement, je trouve l'idée d'épilation ridicule, pour moi c'est une censure de la sensualité féminine. Mais je suis la première à dire qu'il s'agit d'un choix personnel, et que toute femme qui veut s'épiler devrait être libre de le faire, et que toute femme qui ne veut pas s'épiler devrait être libre de s'en abstenir.
Il me semble qu'il serait tout aussi déplorable d'imposer la norme inverse, celle de l'épilation interdite, que d'imposer l'épilation obligatoire.
Cela dit, mes discussions me poussent à croire que si les femmes faisaient vraiment ce qu'elles préfèrent, une minorité s'épilerait, et non une majorité comme c'est le cas de nos jours. Alice V. (26 ans)
- Je ne me suis jamais épilée, je me suis rasée seulement par curiosité, uniquement le bas des jambes, et encore juste 2 ou 3 fois, le temps de savoir "ce que ça fait". Pour moi se raser ça faisait partie du paquetage "découverte de la féminité" quand j'étais ado, mais ça m'a vite paru absurde, contraignant, inutile et même malsain.
À une époque, il m'est arrivé, trois ou quatre fois en deux ans, de me tondre le pubis, mais c'était plus pour mon partenaire, et finalement là aussi j'ai arrêté, les poils font partie de ma sexualité. C'est pas drôle sans.
J'ai toujours adoré mon propre corps, et comme pour tout mon corps, je trouve mes poils beaux, féminins, sympa en particulier les poils de mes bras, mais aussi ceux de mes jambes, de ma nuque, de mon dos.... de mon ventre... etc. Je ne suis pas hirsute pour autant, quoi que ça ne me dérangerait pas, mais il n'y a pas un seul endroit (en dehors des paumes de mes mains et de la plante de mes pieds) où l'on ne puisse voir mes poils. Mais je m'en fiche.
Quand je vais à la piscine, je vais à la piscine, point barre. La chose qui me préoccupe le plus c'est d'avoir bien mis mon bonnet de bain... mes poils ça ne regarde personne, sauf si je le demande.
Je suis bien plus obsédée par mon acné par exemple dans la vie courante.... mes poils, je n'y pense même pas.
Je suis étonnée du nombre de femmes qui me demandent ma recette magique pour "vivre avec". Laura (23 ans)
- Je ne vois pas souvent des filles aussi, voire plus, poilue que moi. Du coup ma vision des poils est différente des autres femmes. Je suis à la fois très sensible au fait d'être poilue (et ce sentiment de virilité ne m'est pas bien tolérable, j'accorde) et d'un autre côté, un poil de plus, un poil de moins, qu'est-ce que ça change ?
Je me sens terriblement bien quand je suis épilée. Quand je ne le suis pas, c'est plus difficile, mais de toutes façons, je n'ai pas le choix car j'ai toujours des poils. Si ce n'est pas les jambes, les aisselles et le maillot, ce sera toujours les bras, le dos. Oui, ce n'est qu'un duvet sur les bras, le dos mais ce sont des poils et ils sont noirs et j'ai la peau blanche. La plupart du temps, je ne suis pas épilée ou c'est en stade de repousse sur les jambes et les aisselles et je le supporte par obligation, mais parfois, une à deux fois par an, je vais chez l'esthéticienne et je fais la totale : jambes, aisselles, maillot. Je suis comblée pendant 2 à 4 semaines et rebelote. Et de temps en temps, je m'épile moi-même, un coup les aisselles, un coup les jambes. Mes poils ne m'empêchent pas de m'habiller comme je veux. Je me mets en maillot de bain poilue, je mets des débardeurs avec les poils des aisselles qui dépassent, je mets des jupes, des pantacourts/bermuda (pas trop court quand même...car trop de décalage entre les poils et le côté sexy du court) avec des poils aux pattes, et ça au grand désespoir de ma mère. Mais sinon, je ne le vis pas trop mal. Mes poils m'handicapent dans mon sentiment de féminité surtout. J'aimerais me sentir femme mais mes poils m'en empêchent. D'un côté, j'aime ce sentiment de liberté quand je tente d'assumer mes poils en public. D'un autre, ils me rendent malheureuse et tenter de les assumer n'y change rien. Dès que je vois une femme sans poils là où moi j'en ai, même quand je suis épilée (cad : bras et dos), ça me renvoie en pleine gueule que moi, ce n'est pas le cas.
Oui, je résiste, de manière générale, mais je questionne beaucoup ce "choix" car je suis plus poilue que la moyenne des femmes, je pense, et je suis brune et j'ai le teint plutôt clair. Heureusement, je me suis habituée à mes propres poils mais cela reste une question pour mon bien-être : "à quels moments faut-il que je m'épile et quand est-ce que je peux ne pas m'épiler pour être suffisamment bien dans ma peau ?" Le regard des autres est si pesant pour moi.
J'ai commencé à m'épiler les jambes et les aisselles, alors que j'étais en cinquième, vers 12 ans. Je venais de subir des moqueries de la part d'autres filles et j'ai commencé à prendre conscience de mes poils. C'est ma mère qui m'a conseillé l'épilation, plutôt que le rasage. C'est elle qui a payé et qui m'a emmenée chez l'esthéticienne. Peu de temps après, je demandais qu'on me blondisse même les poils des bras mais le résultat n'était pas terrible. La première fois que j'ai épilé le maillot, je devais avoir 15 ans ; la deuxième et dernière fois que j'ai épilé le maillot, j'ai demandé un ticket de métro (quasi-intégral), c'était l'année dernière. C'était important pour moi de tester ça, pour voir combien je pouvais trouver mon sexe "propre" et désirable sans poils. Et effectivement, j'ai adoré être glabre. Le reste du temps, je débroussaille juste cette partie de mon anatomie à coup de ciseaux.
Ça prend des heures de m'épiler les jambes et les aisselles. Motivation à ne pas le faire : l'épilation est un geste parmi tant d'autres, quand on est une femme, qui nous empêche de passer du temps à nos loisirs et à la réflexion. Je n'ai aucun scrupules à ne pas m'épiler. Je ne me sens pas feignasse ou négligée. De toutes manières, un poil de plus ou de moins, je ne suis pas à ça près, comme je le disais...
Je suis obligée de résister dans de telles conditions. En 2-3 semaines, il y a une première repousse des poils. Je ne vois pas l'intérêt de les cacher sans cesse. Je n'irais plus souvent à la piscine, sinon. Si je montre mes poils, c'est seulement parce que je veux me sentir libre de me déplacer où je veux, quand je veux, avec les vêtements que je veux : épilée ou non. Je ne veux pas que mes poils soient une contrainte.
Le fait de voir des femmes ne pas s'épiler, ça m'aide beaucoup mais c'est si rare. Puis, je reste jalouse des blondes et des filles qui ont 3 poils qui se courent après, c'est certain. Anna (23 ans)
Témoignages transmis en 2012
- Je m'appelle Ingrid et j'ai eu 40 ans tout pile cette année.
Ma première épilation, je l'ai faite vers 14 ans et demi, 15 ans... une de mes premières sorties, pour laquelle j'ai voulu mettre des bas. J'ai alors pensé que cela serait plus joli avec les jambes rasées, car on voyait mes poils à travers les bas. Je pense que j'ai été influencée par l'image de la femme véhiculée par les médias car ma mère s'épilait parfois mais n'était pas une acharnée de la chose et il lui arrivait très souvent de rester des mois sans le faire. En tout cas, elle ne m'a pas poussée à le faire mais n'y a pas non plus vu d'inconvénient quand je lui ai demandé pour le faire.
Ce fut la première fois mais ensuite, je n'ai plus jamais laissé repousser. Les aisselles et le maillot, je les ai rasées plus tard, vers 17 ans, je pense. Au début, j'élaguais la coupe maillot juste pour que ça ne dépasse pas du maillot en allant à la piscine.
C'en est resté là durant quelques années, jusqu'à 30 ans environ. Je me suis ensuite retrouvée célibataire. Et là, probablement poussée par l'image véhiculée par les médias, et aussi par envie et besoin de plaire, de retrouver un compagnon, je suis devenue complètement pilophobe. J'ai chassé le poil jusque dans ses moindres recoins, pratiquant l'intégrale pendant plusieurs années. Je pensais, sans vraiment trop y réfléchir, que ma séduction passait par là, et qu'il fallait «être nette et impeccable» pour plaire aux hommes.
A vrai dire, mon propre schéma corporel était à cette époque tellement déformé que je ne supportais pas de voir des poils sur mon corps.
Puis, il y a deux ans, j'ai rencontré de jeunes femmes militantes. Elles ne se rasaient pas. On en a parlé. Elles m'ont évoqué les raisons qui les motivaient. J'ai trouvé ça logique, et sain. Ça a été un déclic pour moi, comme une évidence. Au fait, je n'y avais jamais réfléchi. Je me pliais à ce diktat depuis des années sans même y réfléchir, sans remettre cette règle absurde en cause. Cela eut lieu lors d'une marche de plus de deux semaines, en pleine nature, lors de laquelle je n'ai évidemment pas eu l'occasion de me raser. Ça m'a permis de franchir le cap, de poser ma réflexion par rapport à mon rapport à mon corps au naturel. J'ai alors fait le choix de tenter l'expérience, de laisser mon corps à nouveau au naturel, et de tenter de le réapprivoiser de cette facon. Au début, ça n'a pas été évident. Cela faisait tellement longtemps que je n'avais plus vu mes jambes avec des poils. Ce fut surtout dur pour les jambes : c'est la partie de mon corps qu'il m'a fallu le plus de temps à réapprivoiser. Celle aussi qui est le plus exposée au jugement des autres. Encore maintenant, deux ans plus tard, alors que je parle ouvertement de mes poils et des raisons de mon choix, je me surprends encore à avoir le réflexe de les cacher.
L'arrêt de l'épilation fut pour moi une réelle redécouverte de mon corps: la douceur de la peau au naturel, le confort et le côté agréable et sensuel des sensations retrouvées. L 'odeur de mes phéromones aussi, qui sont souvent cachées quand on s'épile. Je trouve d'ailleurs que je transpire beaucoup moins depuis que je reste naturelle. Contrairement à une idée reçue, je reste également fraiche plus longtemps : ma transpiration sent moins fort et moins vite...Mais aussi, au niveau psychologique, cela m'a permis d'accepter mon corps, d'apprendre le lâcher prise, le fait de ne plus se harceler soi-même avec la honte de ne pas être épilée à la perfection. Je redécouvre ma liberté, la fierté d'être moi, juste moi au naturel, et de l'assumer tel quel (ça ne plait pas aux autres? tant pis pour eux, c'est moi, et j'aime ce que je suis : mes poils en font partie intégrante).
J'ai aussi enfin compris pourquoi, au niveau purement physiologique, durant toutes ces années, j'ai souffert d'infections intimes (cystites et vaginites à répétition, inexpliquées, durant des dizaines d'années: un vrai calvaire). Elles ont entièrement disparu depuis deux ans... Je n'ai fait le lien qu'il y a peu, en lisant un article expliquant le rôle protecteur du poil, qui protège l'organisme contre l'intrusion bactérienne indésirable. Disparus aussi les problèmes récurrents de dermatoses sous les bras, de peau de crocodile sur les jambes...
Enfin, j'ai retrouvé la fierté de mon corps, la fierté de ce qu'est être une femme, par delà les apparences mercantiles que veut nous imposer la société de consommation... un gain énorme de temps, et d'argent aussi. Plus besoin de crèmes, de rasoirs, de trucs et de machins antipoils. Plus besoin même d'y penser: ça libère l'esprit.
L'arrêt de l'épilation a été une révélation pour la réappropriation de ma féminité, une rencontre avec une part de moi que je ne connaissais pas : une découverte du féminin sacré qui existe en moi comme en chaque femme.
Je suis châtain moyen à foncé. Mes poils sont assez fins, et j'en ai assez peu. Mais ceux des jambes sont un plus foncés et se voient plus que ceux des aisselles.Probablement à cause du traitement intensif que je leur ai prodigué pendant quasiment 25 ans. Qu'il y en ait beaucoup ou peu, et qu'ils se voient trèsfort ou non n' a pas été et n'est pas un critère qui est intervenu dans ma décision de laisser mes poils tranquilles. Même si j'en ai relativement moins que certaines femmes, ils se voient tout de même bien. J'ai toutefois remarqué que ma pilosité diminue fortement au fil du temps: moins j'y touche et moins j'en ai.
Je parle souvent autour de moi de ma démarche. Et j'ai une amie qui a également cessé de se raser. Elle commence à en parler à son tour. Quelques unes de mes copines n'ont pas encore franchi le cap mais commencent à en parler et à se poser des questions à ce sujet. Je pense que les arguments leur parlent tout de même. Et puis il y a les "irréductibles" : mais bien entendu chacun fait ce qu'il veut: je n'ai rien contre l'épilation chez les autres. Je réclame juste le droit à pouvoir m'en dispenser pour moi et pour toutes les autres femmes qui le désirent.
Au début, je pensais sincèrement que ça serait un problème avec les hommes, au niveau de la séduction. Et puis, je me suis rendue compte qu'en fait, pas du tout. Les quelques partenaires qui ont traversé ma vie depuis ces deux années n'y ont en tous cas pas fait la moindre difficulté. Les hommes que je rencontre me savent féministes, ils le sont tous aussi : c'est la condition sine qua non de notre union en quelques sortes. J'explique la démarche, et ils s'y accommodent très bien. L'un m'a dit préférer sans poils parce qu'il n'a pas l'habitude, mais qu'il apprendrait à s'habituer. Un autre m'a dit qu'en fait, il s'en fichait éperdument.
J'en discute également souvent avec mes amis masculins. On échange à ce sujet. Et je me rends compte que tous les goûts sont dans la nature, et cela tombe bien, car elle propose la diversité. Je suis étonnée à quel point les hommes sont finalement beaucoup moins attachés à ces détails que ne se l'imaginent souvent les femmes. Et les hommes qui ont un problème avec les poils, et bien ils ne sont juste pas faits pour vivre un bout de chemin avec moi : voilà ! (Ingrid, 40 ans)
- Vers l’âge de 14 ans, j’ai eu envie de m’épiler. Pour moi, c’était pour faire comme les grandes, pour essayer quelque chose de nouveau. J’ai donc commencé (très motivée) à « m’attaquer » à mes jambes. Après 30 sec, je me suis arrêtée : c’était beaucoup moins cool que je ne le pensais. Je me suis dit : « Mais, qu’est-ce que tu fais là ?? ». Pour moi, cela n’avait plus de sens, c’était ridicule (il n'y avait aucune raison de faire ça) ! A partir de ce jour, je n’ai plus jamais touché à un épilateur… Au début, c’était facile à assumer, j’étais encore assez libre dans ma tête, je ne sentais pas la pression de la société. Mais, plus le temps a passé, plus je me sentais mal à l’aise. J’entendais des remarques d’autres filles qui disaient trouver tellement moche une fille avec des poils, avec l’âge, tout devenait plus compliqué (je me sentais en décalage) !
Alors un jour, j’ai pris la décision de ne plus mettre de top (c’était les poils sous les bras qui me posaient le plus de problèmes). Pendant un moment, cela a été une très bonne solution, mais la pression devenait de plus en plus forte. Alors, j’ai commencé à m’éclaircir les poils des jambes pour oser mettre des jupes. Des doutes ont commencé à m’envahir, j’en avais marre de devoir toujours faire gaffe à ne pas lever les bras à la piscine, de ne jamais pouvoir mettre de top. Alors, je me suis rasé 2-3x sous les bras pour pouvoir être comme les autres filles. Mais, à chaque fois, je trouvais ça trop bête, et c’était quelque chose de très désagréable. J’étais contente de « retrouver » mes poils après qu’ils aient repoussé !
Après, j’ai découvert le forum de MIEL et je me suis rendu compte que je n’étais pas la seule, ce qui m’a énormément aidé ! Et maintenant je continue comme je peux, mais je n’ai plus de doutes !!! Flavia (23 ans)
- Je suis née en 1976. Je ne me souviens pas vraiment de ma première épilation, mais c'était très vraisemblablement parce que c'était "normal" autour de moi. Je n'étais déjà pas trop intégrée dans les groupes que je fréquentais, qu'est-ce que cela aurait été avec "du poil aux pattes". Mais, à vrai dire, je ne me suis pas posé la question. C'était juste normal de s'épiler quand on grandissait. J'ignore quand j'ai commencé (sans doute entre 15 et 20 ans. Avant?) et j'ai arrêté à passé 35 ans.
Un amant m'a "demandé" de m'épiler intégralement le pubis. Ce n'était pas le premier qui le demandait et dans ma tête, c'était clair que c'était NON: je ne suis ni actrice de porno, ni fillette pré-pubère. Cette fois, je me suis renseignée via le net (merci Y. qui m'a renseigné notamment le site sur lequel je témoigne aujourd'hui). Et je me suis rendu compte que ce n'était pas stupide de dire non. Je me suis rendu compte aussi que oui, c'était possible de faire autrement, d'assumer, malgré le regard des autres.
Quelque chose qui m'a bcp motivée, c'est B, petite puce née en 2006 et dont je m'occupe très régulièrement. j'avais envie qu'elle ait des modèles de femmes qui s'acceptent telles qu'elles sont. Des modèles, je ne peux pas, mais un modèle, je peux. Et puis, effectivement, j'avais des poils incarnés, ça me prenait du temps et de la douleur... Me rendre compte que ce n'est ni un geste de santé (que du contraire), ni un geste d'hygiène a été un choc pour moi. Effectivement, aujourd'hui, ma peau va mieux. Cela fait environ 6 mois que j'ai arrêté de m'épiler. Mes aisselles me plaisent. Mon pubis aussi. J'apprivoise mes jambes.
Je suis déjà allée danser quelques fois en "top" à fines bretelles. Pas eu de réaction (visible en tous cas).
Quelques amants (je suis polyamoureuse) m'ont vue dans le plus simple appareil. Plusieurs sont d'abord déroutés, surtout les 20-30 ans, il semble que dans cette tranche d'âge la norme soit l'épilation (quasi) intégrale. L'un d'eux m'a fait un chouette cadeau : "Au départ, je trouvais ça bizarre, mais maintenant, j'aime ton corps tel qu'il est, avec tous tes poils. même tes jambes." Il faut dire que ce sont les poils de ces dernières qui l'embêtaient le plus ("tu pourrais au moins raser tes jambes"...)
Je suis allée ce matin à la piscine avec B et ma petite soeur (de 4 ans ma cadette). J'avais averti cette dernière en lui demandant si c'était ok pour elle d'aller nager avec le yéti. Elle m'avait répondu : "de toutes façons, dans l'eau, ça ne se voit pas", oubliant qu'elle est blonde (et que non épilée, ses poils sont à peine visibles) et que je suis châtain sur le crâne et plutôt brune foncée ailleurs... Pour cette sortie, recherche toute une matinée d'un maillot me permettant de préserver mon intimité (dont les poils pubiens font partie, pour moi). Pas trouvé dans tous les magasins d'une grand rue commerçante de Bruxelles. J'ai vu sur le net que dans un magasin de sport, j'aurais pu trouver mon bonheur (j'irai prochainement).
Remarque de ma petite soeur "quand je ne suis pas épilée, ça ne se voit pas, mais c'est pas beau". Je lui ai répondu que mon pubis me plaît avec ses poils...
Bref, arrêt suite à une prise de conscience, un ras-le-bol de ces exigences de paraître. merci à A. qui a des aisselles naturelles, à C. qui laisse ses jambes tranquilles, à ma mère qui n'a pas toujours été épilée (elle n'a commencé que "tard")...
Merci aussi à ma mère qui n'a pas poussé de hauts cris quand je lui ai dit que j'avais décidé de cesser de m'épiler, elle avait l'air de trouver cela normal, naturel. Peut-être parce que je fais des choix différents de ceux de la société pour différentes choses...
Mes différents partenaires ont l'habitude que je fasse les choses pour moi et non "pour faire plaisir". Cela plaît à certains, à d'autres pas. Mais ce qui compte d'abord, c'est que cela me plaise. C'est le cas des aisselles et du pubis, cela viendra pour les jambes. Mais je sais que retourner à la piscine seule ou porter des jupes, ce ne sera pas tout à fait simple.
Je crains d'aller à l'école (j'enseigne) en montrant les poils de mes mollets et d'avoir une remarque me disant que c'est négligé. Je vais d'abord travailler sur ma confiance en moi avant de donner du grain à moudre.
Un changement en entraînant souvent un autre, je me suis renseignée sur les soutiens-gorges et ai décidé de m'en passer aussi (depuis 1 mois? 2 mois?). Bref, j'écoute plus mon corps, ses ressentis, mes envies... Nurja (36 ans)
Un témoignage amusant et ô combien instructif où l'on voit comment passer de zéro poil (une boule de bowling avec 3 trous) à "poilue partout"
Sur le blog américain hairypits, on peut lire des témoignages en anglais de jeunes femmes résistantes, la plupart postent d'ailleurs une photo de leurs aisselles et expliquent en quelques mots les raisons qui poussent à ne pas ou plus s'épiler. Il faut avoir à l'esprit qu'aux USA, la pression pilophobe est beaucoup plus forte qu'en Europe, elles ont donc encore plus de mérite que les Européennes.
Encore des blogs étasuniens dans le même genre : Hairy Pits Club pour les aisselles et un autre spécial jambes
En voici un autre pour bras et jambes
Si vous ne vous épilez plus et que vous désirez partager votre expérience, vous pouvez m'envoyer votre témoignage (une dizaine de lignes maximum), je le rajouterai dans la liste.
Pour me faire part de vos commentaires, cliquez ici
ou alors, inscrivez-vous sur le forum de MIEL afin d'échanger avec moi et d'autres résistant-e-s à la norme d'épilation.
Date de la dernière mise à jour : 20 mai 2013